‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 427 sur 450 · FaANÇOIS DE «ALES, A UNE hàMEt · texte numérisé non relu

FaANÇOIS DE «ALES, A UNE hàMEt

De la ré&ignaUon dans les peines, et de la tfdoccar

chroiieiine.

Or sus, que voulez-vous que je vous dise, ma trc'S-cli ère fille, sur le retour de no? misères , sinon qu'autour de l'ennemi Ù

eso

LETTRES

faut reprendre les armes et le courage pour combattre plus fort que jamais. Je ne vois rien de bien grand au billet. Mais , mon Dieu ! gardez- vous bien d*en'rer en aucune sorte de défiance : car cette céleste bonté ne vous laisse pas tomber de ces chutes pour vous abandonner, ains pour vous humilier, et faire que vous vous teniez plus serrée et ferme à la main de sa miséricorde.

Vous faites extrêmement à mon gré de continuer vos exercices emmi les sécheresses et langueurs intérieures qui vous sont revenues. Car puisque nous ne voulons servir que pour Tamour de lui, et que le. service que nous lui rendons parmi le travail des sécheresses lui est plus agréable que cehji que nous faisons parmi les douce urs, nous devons aussi de notre côté Tagréer davantage, au moins de notre volonté supérieure, et bien que selon notre goût et Taniour-propre, les suavités et tendretés nous soient plus douces, les sécheresses néanmoins, selon le goût de Dieu et son amour , sont plus pn fitables , ainsi que les viandes sèches sont meilleures aux hydropiques que les humides, bien qu^ils aiment toujours plus les humides.

Pour voire temporel, puisque vous vous êtes essiiyée d'y mettre de l'ordre, et que vous n'avez pu , il faut donc maintenant user de patience et de résignation , embrassant volontiers la croix qui vous est arrivée en partage ; et selon que les occasions se présentent, vous pratiquerez l'avis que je vous avois donné pour ce regard.

Demeurez en paix , ma très-chère ûlle ; dites souvent à notre Seigneur, que vous voulez être ce qu*il veut que vous soyez, et souffrir ce qu'il veut que vous souffriez. Combattez fidèlement toutes vos impatitînces, en exerçant non-seulement à tous propos, mais encore sans propos, la sainte débonnaireté et douceur à l'endroit de ceux qui vous sont plus ennuyeux; et Dieu bénira votre dessein. Bonsoir, ma trèschère fille : Dieu soit uniquement votre amour.

Je suis en lui de tout mon cœur , votre, etc.

LETTRE DGGCLY.

s. FRANÇOIS DE SALES , A TSKE AAMB.

Âwïs tor ToraisoD , la conrettion, la eamaanioa, les aversions, la douceur clirélieiiiie« la idélili à son état , la conversation

Je proteste, ma très-chère fille, que vmd mon premier loisir. Je dérobe encore parmi mille sortes d'affaires, pour vous écrire an peu amplement sur le sujet duquel vous me parlez pour votre chère ame, à laquelle je vous conjure de dire cordialement ce que mon cœur désire être dit au sien.

Oh 1 que vous êtes heureuse, ma trèschère fille, de vous être déprise du monde, et de ses vanités aussi ! Certes , à ce que j'ai pu reconnaître en ce peu de trmpsque je vous ai considérée, votre ame étoit faite très-particulièrement pour le d vin amour, et non pour le terrestre. Immolez donc souvent toutes vos affections à Dieu par le renouvellement de la résolution que vous avez faite de ne vouloir pas employer un seul moment de votre vie que pour le service de la sacrée dilection de l'époux céleste.

4» Faites soigneusement Texercioe du matin qui est marqué au livre de V Introduction^ et bien que la vitesse de votre esprit comprenne en un seul regard tous les points de cet exercice, ne laissez pas de vous y entretenir autant de temps comme il en faut pour dire deux fois le Pater; et après cola , prononcez de bouche cinq on six paroles d'adoration, et ensuite vous direz le Pater avec le Credo,

2° Vous préparerez, après votre oraison, un mystère de la vie ou passion de notre Seigneur , que vous vous proposerez de méditer, si tel est le bon plaisir de Dieu : mais si étant en l'oraison , votre cœur se sent attaché à la simple présence du bienaimé , vous ne passerez point plus outre, ains vous vous arrêterez à cette présence ; que si au contraire vous ne vous sentez pas attachée à cette présence , bien que toutefois vous y soyez , vous méditerez doucemont le point que vous aurez disposé.

3 ' Or vous ferez tous les jours l'oraison, sinon que quelque violente occupation vous en onj poche ; puisque, comme vous m'avez dit, lorsque vous continuez en ce saint exercice, vous ressentez un grand avancement de recueillement , duquel vous êtes privée quand vous Tabandonnez.

i« Mais afin d'accommoder cet exercice 81 utile à la vitesse et incomparable promptitude de votre esprit, il suffira que vous y employiez une petite demi-heure chaque jour , ou un quart d*heure ; car cela avec les élans d'esprit , retraite du cœur en la présence de Dieu , et oraisons jaculatoires qui se feront parmi les heures du jour, suffira très-abondamment pour retenir votre cœur serré et joint à votre divin objet , et même cette oraison pourra se faire pendant la messe pour gagner temps.

(^ Or si en faisant l'oraison , ou vous adressant à la sainte présence, le sentiment se faisoit en la tète , et qu'il en arrivât du travail et de la douleur en cette partie-là , il faudroit relâcher l'exercice , et n'apoliquer pas l'entendement; ains par les pa* rôles intérieures et affectionnées, appliquer le seul cœur et la volonté.* Et c'est pour répondre à ce que vous me dites, qu'au commencement le sentiment de la présence de Dieu se faisoit en la tète, qui parfois vous travailloit fort.

6® S*il vient des larmes, vous les répandrez ; mais si elles viennent souvent et avec trop de tendreté , vous relèverez votre esprit, si vous pouvez, à goûter plus paisiblement et tranquillement les mystères en la partie supérieure de l'âme, non pas contraignant et serrant les soupirs, ou sanglots, ou les larmes, mais divertissant d'une heureuse diversion votre cœur, en le relevant petit à petit à l'amour pur du bienaimé par des doux élans. 0 que vous êtes aimable, mon bien-aimé ! ô que vous êtes relevé en bonté , et que mon cœur vous aime 1 ou autrement , selon que Dieu vous tirera.

7® Et parce que vous me dites que vous n'avez fait que fort peu d'oraison pendant que vous avez été chez vous , votre esprit étant si actif et mouvant qu'il ne se peut arrêter, je vous dis qu'il faut pourtant l'arrêter, et ralentir petit à petit ses mouvements , afin qu'il fasse ses œuvres doucement et tranquillement, selon les occurrences. Et ne vous imaginez pas que la douceur et tranquillité empêche la promptitude et l'œuvre, car, au contraire, elle la fait plus heureusement réussir.

Or ceci se peut faire en cette sorte. Par exemple, vous avez besoin de manger selon la misère de cette vie; il faut que vous

vous asseyez tout bellement, et que vous demeuriez assise jusqu'à ce que vous ayez honnêtement réfectionné votre corps. Vous vous voulez coucher, dépouillez-vous tranquillement : vous vous devez lever, faitesle paisiblement, sans mouvemens déréglés, sans crier et presser celles qui vous servent , et qu'en cela vous alliez trompant votre naturel, et le réduisant petit à petit à la sainte médiocrité et modération : car à celles qui ont le naturel mol et paresseux, nous dirions : Hâtez-vous , d'autant que le temps est cher. Mais à vous, nous vous disons : Ne vous hâtez pas tant, d'autant que la paix, la tranquillité, la douceur d'esprit est précieuse , et que le temps s'emploie plus utilement, quand on l'emploie paisiblement.

8° Je vous dis, mais, ma très-chère tille, je vous le dis fermement, que vous serviez fidèlement la volonté de Dieu et sa providence sur le sujet de votre ancienne tentation , acquiesçant en toute humilité et sincérité au bon plaisir céleste, par lequel vous vous trouvez en l'état auquel vous êtes. Il faut que l'on demeure en la barque en laquelle on est , pour faite le trajet de cette vie à l'autre, et que l'on y demeure volontiers et amiablemcnt; parce qu'encore que quelquefois nous n'y ayons pas été mis de la main de Dieu, ains de la main des hommes , après néanmoins que nous y sommes. Dieu veut que nous y soyons, et partant il faut donc y être doucement et volontiers.

Oh 1 combien d'ecclésiastiques sont embarqués par des mauvaises considérations, et par la force que les parents ont employée pour les faire entrer en cette vocation, qui font de nécessité vertu, et qui demeurent par amour où ils sont entrés par force! Autrement que deviendroient-ils ?

Où il y a moins de notre choix, il y a plus de soumission à la volonté céleste. Que ma chère fille donc, acquiesçant à la volonté divine, dise souvent de tout son cœur : Oui, Père éternel, je veux être ainsi, parce qu'ainsi il vous a été agréable que je fusse.

Et là-dessus, ma très-chère fille, je vouï^ conjure d'être bien fidèle à la pratique de cet acquiescement et dépendance de l'état auquel vous êtes; et partant, ma chère fille, il faut que vous nommiez quelquefois es occurrences les personnes que vous sa-

Ter, du nom auquel tous avei BTereton ; et quand vous parlerez à la principale d'irelies, que qui'iqucfois vous employiez parmi vos remontrancoâ des paroles de respect. Ce point est de telle imporlance pour ia pcrfecCion de volro ame, que je l'écrirois volontiers de mon sang.

En quoi voulons-nous ti^moigner notre amour envers celui qui a tant Bouffert pour nous, si ce n'est entre les aversions, répugnances et contradictions? Il faut fourrer notre cervelle entre les épines des difficulti5s, et laisser transpercer notre cœur de la laoce de la contradiction ; boire le fiel et avaler le vinaigre; et, en somme, manger l'absyntbe et le chicotin, puisquec'est Dieu qui le veut.

En somme , ma très-ch6re fille , puisque autrelois vous avez nourri et favorisé do tout votre cœur la tentation , maintenant ,de tout votre cœur vous devci nourrir et favoriser cet acquiescement . Que s'il vous arriroit quelque notable difiicullé sur ce sujet, par te défaut de cette personne , ne remuez rien néanmoins qu'après avair regardé l'éternité, vous être miso en l'indifférence, eta^-rtr pris l'avis d« quelque digne serviteur de Dieu, si la chose pn'sse ; ou mémo de moi , puisque je suis voire père , si le temps permet : car l'cunomî nous voyant vainqueur de celte tentation par notre ncquioscemi-nt au bon pUiisir divin, remuera, je pense, toute sorte d1nventions pour nous troubler.

9° Au reste, que la très-sainte et divine humilité vive et règne en tout et partout, Les habits simples, mais selon la propre bienséance et convenance de noire condition , en sorte que nous n'épouvantions piis, ains alléchions les jeunes dames à noire imitation . nos paroles simples, courtoises, et néanmoins douces : nos gestes et notre conversation, ni trop resserrée et contrainte, et trop relâchée et molle : notre foco nette et décrassée ; et , en un mol , qu'en toutes choses la suavité et modestie rignent , comme il est convenable â une flUe deDieu. Je suis, etc.

Itict

LETTRE DCCaVI.

IW trt»«bère sœur , lu con-

fiance que vous avei en tdoI ma mnnk toujours , et suis néanmoins marri de m pouvoir si Mon correspondre par lettiet,

comme je désirerais : mais notre Set^nr qui vous aime, supplée par tant d'auutances que vous avei là.

J'approuverois qu'en l'oraison vous vods tinssiez encore un peu au petit train, préparant volro esprit par la leçon et disposition des points, sans autre imaginalioa néanoHiins que celle qui est nécessairs pour ramasser l'esprit.

Or sus, je sais bien que quand parbooM rencontre on trouve Dieu, c'est bienfait de s'entrelenir.à le rp^ardor, el arrêter ei lui ; mais, ma chère fdie. de le penser lèsjours rencontrer ainsi a l'impourvu ans préparation , je ne pense pas qu'il soit encore bon pour nous , qui sommes enmn novices, et qui avons plus besoin denmsidérer les vertus du crucifiic l'une aptti l'autre et en détail, que de les admirer ci gros et en bloc.

Or si apri's avoir appliqué notre etpiil à cette humble préparalicn. Dieu ne non donne néanmoins pas des douceurs et svivités, alors il faut demeurer en polienceJi maniçer notre pain l'iut sec, cl rendre noire devoir san- récompense piésenle.

Je suis consolé de savoir l'adresse que vous avez pour vos confes-iions au bon père Rcntil. Je le connois fort de répu!:;lion, et s^iis combien il est bon et soigneui serviteur de noire Seignfur; vous ferei donc bien do continuer vos confessions vers lui et de prendre les bons avis qu'il vous donneia , selon l'occurrence de vcs néces-ilés.

Je ne \uudrois pas que vous port.iKîei. madame, votre fille à une si frequr^nie communion, qu'elle ne sache bien peser ce qui" c'est que cette fréquente communion. Il y a diffiTcnce enlrc discerner b commirni^m d'entre les autres ]Ktrtirîpations. ot discerner la fréquente communion d';ivoc la r.Tre communion. Si cetle pclita amc di-cerne bien que pour fréquenter In sainte communion , il Tiut avoir benucoup de pureté et de ferveur, et qu'elle v aspire cl <oit soigneuse û s'en parer, alorê je suis bien d'avis qu'on l'en fasse npiHUchor souvent, c'est-à-dire de quinze en quinze jours. Mais si elle n'a pomt d'autre chaleur qu'à la communion, et non point

à toinorliBcation des peUtes imperfccUons plus propre pour cela : oui, je l«n prie , si de la jeunesse, je pense qu'il suffiroit de la c'est iw.ir sngloi

ire , pour laquollc je veux tout vouloir.

Ou'à jamîiis puissc-t-il vivre et rogner en ii(!s amcs!

Jo suis , |.)our cela , madame , ma trèschùre Clloetsœur, votre, etc.

LETTRE DCCCLVII.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UWB DAME MAIIIKK

Il faut supporter avec paiicncc ses propres iniporfet'irons. Avis sur In inëriiiaiion, Quels sont ! -s devoirs el les occupa lions qu'on peut se pe;rneure le jour où l'on a coiuinimie. On ne Hf.-ji pas s'embarrasser dfs jugements du momli', ni, par un excès coTitraire, donner volonl.iir.meiit mauvaise opinion de soi. Il ne faut p^iiil avoir de jalousies spiriiueiles.

Madame ma très-ch6re sœur , je vous vois toujours languissante du désir d'une plus grande perfection. Je loue celle langueur, car elle ne vous relarde point, je le sai< bien ; au contraire, elle vous anime et pique à la conquôter.

Vous vivez, ce me dites-vouri, avec mille imperfections. Il est vrai, ma bonne sœur, mis no tachez-vous pas d'heure à autre de les faire mourir en vous? C'est ciiose certaine que, tandis que nous sommes ici environnés de ce corps si pesant et corruptible, il y a toujours en nous je ne sais quoi qui manque.

Je ne sais si je vous Tai dit, il nous faut avoir patience avec tout le monde, et premièrement avec nous-mêmes, qui nous sommes plus importuns à nous-mêmes que nul autre, depuis que nous savons discer* ner entre le vieil et le nouvel Adam , l*homme intérieur et extérieur.

Or sus , vous avez toujours le livre en main pour la méditation, autrement vous no faites rien. Que doit^il chaloir de cela? Que ce soit le livre en main , et à diverses reprises , ou sans livre, que vous imporlei-\\? Quand je vous dis que vous n*y fussiez que demi-heure, c'étoit au commencement que je craignuis de forcer votre imagination ; mais maintenant il n*y a pas de danger d'y employer une heure.

Le jour qu'on s'est communié , il n*y a ^. j. .. ^ ^. nul danger de faire toutes sortes de bon- Dieu di8|X)sera peut-être quelque moyen • ncs besognes , et travailler : il y en ailroit (1) «Aft., IV, 7 «i 1». ; plus à ne rien faire. En la primitive Ë^iseï

faire confesser tous les huit jours, et communier tous les mois. Ma chère fille, je pense que la communion est le grand moyen d'atteindre à la pcrftîction ; mais il faut la recevoir avec le désir et le soin d'ôter du cœur tout ce qui déplaît à celui que nous y voulons loger.

Persévérez à bien vous vaincre vousmême en ces menues contradictions journalières que vous ressentez : faites le gros de vos désirs pour cela ; sachez que Dieu ne veut rien de vous sinon cela pourmaintenonL Ne vous amusez donc pas à faire autre chose ; ne semez point vos désirs sur le jardin d'autrui, cultivez seulemont bien le vôtre. Ne désirez point de n'élro pas ce que vous êtes, mais désirez d'être fort bien ce que vous êtes; amusez vos pensées à vous perfectionner en cela, et à porter les croix , ou petites ou grandes, que vous y rencontrerez. Et croyez-moi , c'est ici le grand mot , et le moins entendu de la conduite spirituelle : Chacun aime selon son goût i peu de gens aiment selon leur devo ir ei le goût de notre Seigneur, De quoi sérail de bâtir des châteaux en Espagne , puisqu'il nous faut habiter en France? Cestma vieille leçon, et vous l'entendez bien ; dites-moi, ma chère fille, si vous la pratiquez bien.

Je vous prie , réglez vos exercices , et faites en iceux grande considération aux inclinations de votre chef : moquez- vous de ces attaques fi ivoles, par lesquelles votre ennemi vous rcprôsento le monde cx)mme si vous deviez y retourner ; moquez-vousen , dis-jc , comme d'une impertinence ; il ne faut point de réponse à ces tentations que celle de notre Seigneur : Arrière de mot, ô Satan! tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (1). Ma chère ifille, nous sommes au chemin des saints, allons courageusement, malgré les difiicultés qui y sont.

Il me semble que j'ai satisfait à tout ce que vous désiriez de savoir do moi, qui n'ai pas de plus grand désir que de vous servir fidèlement en cet endroit.

Je désirerois bien de vous voir ; mais il n'étoit pas convenable que le voulusse.

où long rammunioient tous les jours , peosez-vouâ qu'iU se tinssent les bras croisés pour rein f Et S. Paul qui diîmit la sainte meiise ordinairement gagnait néaniooiiiB sa vie au travail de ses mains.

De deux seules choses se doit-on garder le jour de la aimmunion , du péché , et des voluptés et plaisirs recherchés : car pour ceux qui sont dus ou exigés, ou qui sont nécessaires, ou qui >« ) rennent par une honnête condescendance , ils ne sont nullomenl délendus ce jour-là; au contraire, ils sont conseillés, moyennant l'observation dune douce et sainte modestie.

Non , je ne voiidroîs pas m'absteoir d'aller en un honnête festin , ni en une honnête assemblée, ce jour-là, si j'en étois prié, bien que je ne voudrois pas les rechercher. Il y a un autre exemple èe gens mariés, qui ce jour-là peuvent ains doivenl rendre leurs devoirs , mais non pas les exiger sans quelque indécence, laquelle néanmoins ne seroit péché mortel : je mets cet exemple exprès.

Vous me demandez si ceux qui désirent vivre avec quelque perrection peuvent tant voir le monde. La perfection, ma chère damo , ne gtt pas à ne voir point le monde, mais oui bien à ne le point goùtor et savourer. Tout ce que la vue nous apporte, c'etfl le danger; car qui le voit est en péril de l'aimer ; mais à qui est bien résolu et déterminé la vue np nuit point. En un mot, ma sœur, la perfection de la charité , c'est la perfection de la vie ; car la vie de notre ame , c'est ta charité. Nos premiers chrétiens étuient au monile de corps, et non de cœur , et ne laissoient pas d'être trè»parfaits. Ma chère ;^ur , je ne voudrois nulle feintise en nous , pas de vraies feintiscs. La rondeur et simplicité sont nos propres vertus.

Hais il me Tàcbe. dites-vous , des mauvais jugement que l'on fait de moi . qui ne fait rien qui vaille ; et on croit que si : et TOUS Die demandez une recette. La voici , ma chère &lle, lelte que lessainUme l'ont i apprise : Si le momie nous méprise, réjouis- H sonamous, car il <i raison, puisque nous I BOmmes méprisable^i ; s'il nous estime, L népriwns son estime et son jugemen t , car ft H eV aveugle. En(|uérez-vous peu de ce B tJM le monde pvo^, ne vous en mettez ■ ipmnt en eooci , méprisez son prix et son

mépris , et le tainn dire ce qn^ voota, ou bien ou mai.

Je n'approuve donc pas q^ne l'on WBa , pour donner mauvaise opinion de soi ;c'M toujours faillir et faire faillir le prochaii: au contraire, je voudrois qœ, tenant hi yeux sur notre Seigneur, nous fisaîoas un œuvres sans regarder que c'est que k monde en pense, ni quelle mine ilenUL On peut fuir de donner bonne opinion di soi , mais non pas rechercher de la domv mauvaise, surtout par des fautes bi tes sprès. En un mot, méprisez presque égibment l'opinion que le monde aura de vau, et ne vous en mettes point en peine. Ik dire qu'on n'est pas ce que le moule pengg, quand il pense bien de vous , cela est bn; car le monde est un dtarlatan , il en dit toujours trop, soit en bien , soit en mal.

Mais que me dites-vous t que vous portez envie aux autres que je préfère à vont et le pis est que vous dites que vous le » vez bien. Comme le savez- vous bien, M chère sœur î En quoi prétéré-je les autniT Non, croyez-moi , vous m'êtes chère, ri tres-chëre; etje sais bien qne vous ne {»t férerez pas les autres à moi , bieo quevM le dussiez; mais je vous parlerai eo a» Bance.

Nos deux sœurs des champs ont plnsdt nécessité d'assistance que vous qui éla enlaville, en laquelle vous abundezd'eincices , de conseils , et de tout ce qu'il faut, là où elles n'ont nul qui les aide.

Et quant à notre sœur du N., ne voyeivous pas qu'elle est seule, n'ayant point d'inclination à se rangw à la conriance de ceux que M. notre père lui proposetM M. notre père ne goilte point ceux que nous proposons : car, à ce qu'elle m'écrit, U. notre père ne peut approuver ledwii de M. Vardot. Ne dois-jepas plus de compassion à celle pauvre crucilïée qu'à vous, qui , Dieu merci , avez tant de cornowdilésl

LETTRE DCCaVIlI.

lié bien , je veux que vous ayez tout autant d'aversion pour la vertu que l'on es

s. FBAHCOtS DE SALES , A TN lEOtl SEIGNEl'R

Qui *'éloil plaini ou Saint do difflcnllét qiV flioii a priiiii|uerij> .»■..

peat avoir ; je vous assure néanmoins que vous pourrez changer de naturel , et que pourvu que vous fassiez ce que je vous dirai , vous ne rencontrerez point de difficulté à être tel que vous devez, et acquérir toute la perfection qui est conforme à votre qualité.

Monsieur , je vous prie de vous mettre souvent devant les yeux , et de rappeler en votre esprit ce que la très-sage bonté de Dieu a voulu opérer en votre ame , et par votre moyen , en vous donnant des biens, de la faveur et de Tautorité.

Les princes et les grands seigneurs ont pour Fordinaire en naissant, ce que le simple peuple s'efforce d'acquérir avec bien de la peine. Que si quelque chose leur manque , ils peuvent tout en celui qui leur a tant donné ; et il leur suffit de vouloir pour être assez puissans. Mais afin que leur volonté soit plus conforme à la règle de toute bonne volonté, leur perfection doit être de vouloir seulement ce que Dieu veut. Or il est vrai que Dieu ne veut autre chose d'un prince , sinon qu'en régissant tous ses sujets avec crainte et amour , il aime et craigne Dieu avec une crainte filiale, et un amour très-pur , très-saint et très-cordial.

Souvent leur indulgence est une pure cruauté , et leur justice est une très-grande miséricorde : leur exemple est le point d'où dépend le bonheur et le malheur du peuple ; et partant ils doivent tous dire avec Trajan : « Je dois être tel prince envers » mes sujets , que je désirerais de renconji trer un prince , si j*étois sujet. » De même aussi , comme chaque seigneur et chaque gentilhomme est un petit monarque en sa maison, ils ne doivent pas s'oublier de ces paroles de l'apôtre : « Vous qui êtes mal- » Ire , faites à vos serviteurs ce qui est » juste et convenable , vous souvenant que » vous avez un autre maître au ciel (4) , et » des rois sur la terre de qui vous dé- » pendez. »

Ils ne doivent donc pas faire chez eux eonmie des lions, révolter leurs domestiques et opprimer leurs serviteurs; mais leur piété doit être généreuse , et leur courage plein de clémence et de bonté. Cest làieur première leçon, d'où ils apprendront à rendre à Dieu et à leur roi tous les devoirs de leur sujétion ; et à leurs sujets

|t) Om., IV, 1.

tons les offices d*une puissance qui ne doH marcher que sur la justice et sur la bonté.

LETTRE DCCaiX.

a. FRANÇOIS ns SALES , A UN JBUNB SBIGNBUB.

Sur le même sujet.

Qu'ya-t-il qui vous empêche d'être saint? et qu'est-ce que vous voulez , que vous ne puissiez pour ce sujet? Un pauvre homme peut bien en vérité être saint; mais un seigneur puissant , comme vous êtes, peut non-seulement l'être, mais faire tout autant de saints qu'il y a de témoins de ses actions.

LETTRE DCCaX.

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