S. FRANÇOIS DE SALES, A UN GENTILHOMMB
Qui reueoloit de grandes frayeurs de la mort el des Jogements de Dieu.
Monsieur, me voici certes en une grande peine de savoir combien vous en avez eu parmi cette forte et fâcheuse maladie de laquelle . comme j'espère, vous relèverez , et dont j'eusse eu infiniment plus de déplaisir, si de toute part on ne m'eût assuré que , grâces à Dieu , vous n'avez été en nulle sorte de danger, et que vous commenciez à reprendre les forces et le chemin de la guéri son.
Mais ce qui me donne plus d'appréhengion maintenant, c'est ce qu'on crie, qa'otttre le mal que vous avez par les acci-
dents corporels, vous êtes surcbar^ d'une violente mélancolie : car je m'imagine combien cela retardera le retour de vôtre santé, et engendrera des dispositions con • traires.
Or, c'est ici. Monsieur, où mon cœur est grandement pressé ; et selon la grandeur de la vive et extrême affection dont il vous chérit plus qu'il ne se peut dire, il a aussi une extraordinaire compassion au vôtre : et s'il vous plaît , monsieur, dites-moi , je vous supplie , quel sujet avez-vous de nourrir cette triste humeur qui vous est si préjudiciable? Je me doute que votre esprit ne soit encore embarrassé de quelque crainte do la mort soudaine et des jugcmensdeDieu. Hélas! que c'est un étrange tourment que celui-là I Mon ame qui l'a enduré six s maines durant, est bien capable de compatir à ceux qui en sont affli-
Mais, Monsieur, il faut que je vous parle un peu cœur à cœur, et que je vous dise que quiconque a un vrai désir de servir notre Seigneur et fuir le péché , ne doit nullement se tourmenter de la pensée de lamortnidesjugemens divins: car encore que l'un et Tautre soit à craindre, si est-ce que la crainte ne doit pas être de ce naturel terrible el effroyable qui abat et déprime la vigueur et force de l'esprit; ains doit être une crainte tellement mêlée avec la confiance en la bonté de Dieu que par ce moyen elle en devienne douce.
Et ne faut pas, Monsieur, que nous révoquions en doute si nous sommes en état de nous confier en Dieu, quand nous sentons des difficultés à nous garder du péché, ni quand nous avons défiance ou peur qu'es occasions et tentations nous ne puissions pas résister. Oh non. Monsieur; car la défiance de nos forces n'est pas un manquement de résolutions, ains une vraie reconnaissance de notre misère. Cest un sentiment meilleur de se défier de pouvoir résister aux tentations , que non pas celui de s'en tenir pour assuré et assez fort , pourvu que ce qu'on n'attend pas de sel forces, on l'attende de la grâce de Dieu.
En sorte que plusicu**s, qui, avec grande consolation, se sont promis de faire des merveilles pour Dieu, qunnd c'est venu au point ont manqué ; et plusieurs qui ont eu grande défiance de leurs forces , el une
I^ade (nlats qs'à rMeannt ik tu idrdqneseent, euHe-dump ont fait merveillea:
parce qae ce grand sentiment de leur loiblrase las s pousaéa à chercher l'aide et le ■econre de Dieu, à veiller, prier eta'huaù- Ber, pour ne point anlrer m lantatian.
Je dis qu'encore que nous ne sentions es Bons ni torces, ni même oonrage quelconque pour résister A la tentation , ai elle ae prdsentoit maintenant à noua, pourvu que nous désirions néanmoina de réùster, et espérions que si elle venoit. Dieu oova aideroit, et lui demanderioiu un eecoara, noua ne denna nullemnit nous caauister, d'sulant qu'il n'est pu betoin de uniir (oujours de la force et du courage, et suffit qu'on espéra et désire d'en ^voir ta tempt et lieu ; et n'est pas besoin qu'on sente en aol aucun signe, ni aucune marque qu'on anra ce courege-là, aios il suffit qu'on espère que Dieu nous aidera.
SairiEon, qui étoit appela le fOrt, ne aenloit jamais les forcée eurnatunlles dont Dieu l'assigloit, sinon et occasions; et pour cela il est dit que quand il rencontrait les lions on les ennemis , l'esprit de Dieu le uisissoit pour les tuer, et que Dieu, qui ne (ait rien en vain, ne nous donne pas ni la force, ni lo courage quand il n'est besoin do l'employer, mais qu'es occasioDS jamais il ne manque; et partant il faut toujours espérer qu'en toutes occurrences il nous aidera, pourvu que nous le réclamions. Et nous devons toujours nous servir des paroles de David(l) : Pourquoi es-tu triste, mon ame, et pourquoi me troubles-tu?
Espère au 3ei)>ncur : el de l'oraison dont il U8oit(2] : Quand ma force défaillera , Seigneur, ne m'abandoitnez point. Eh bien donc, puisque vous désirez d'étro (eut à Dieu, pourquoi craindrez- vouft votre foiblesse, en laquello aussi bien vous ne devei pasmellre aucune sorte d'iippui? N'cspélez-vous pas en Dieu (3)? Eli! qui ospère en lui, sera-t-il confondu? Non .Monsieur, jamais il ne le sera, ie vous conjure, Uonsiutr, d'iipaiser toutes Icsrt'iiliquesqui se pSiunoiont former en votre e^piit, auxquelles il n'est bL'Soin do répondre outre chose, sinon que vous désirer d'élreCdéle CD toutes occurrences, et que vous espères
que OiM f«« qu vow la Mat, ma qu'a soit besoin d'essayer votre eqtrit s'il II ferait ou non ; car oea stprite aont Ikbpeurs ; et plueieun sont Taillai» quand ib ne voient pas l'ennemi, qui ne la aont pas en sa préîenca ; et «u contraire plotieon craignent avant l'escannoucba, lusqnalsta danger présent donne le courago : il na faut pas craindra la crainta.
V<^ pour ce point, Uoiuïear. An demeurant Dieu sait ce que je voudrais bira et souffrir pour vous voir eatièremaat dilivié. l» «m TOtro,'et«.
LETTRE DCCCLKXVI.
t. FBAHCOIS DB ULES, A miX D&IU.
Ma très-chère fille, c'estmaintenantqw TOUS êtes en aSliction , que vous devez témoigner à notre Seigneur l'amour que vous lui avez à souvent promis et protesté entn mes mains. Ce me sera une extrfne comotatiOD d'upprendra que votre otêur secomporte bien pour te regard .
Recommandez- voua aux prières de saiet Louis, lequel, après avoir longuement assisté et servi les malades de contagion en son armée, s'estima bienheureux d'en mourir, prononçant cette oraison pour ses dernières paroles : J'entrerai en ta maison, 4 mon Dieu ; j'adorerai en ton temple, elaw fesserai ion nom (I).
ReniLitez-vous en Iq volonté divine, q«i vous conduira selon votre mieux pour l'enpriionnenient de votre mari. Je voudrais bien en celle occasion vous donner quelque sorte de bonne consolation, mais je n'ai p» de quoi. Je prie donc notre Soigneur qu'J Eoit votre consolation , et vous fasâe biea entendre [î) gue par plusieurt travaux el iriMations il vous faut entrer a»
royaume ictcituxf et quo les croiiet afflictions sont plus aimables que les contentements et délectations (3); puisque noire Seigneur les a cboîaies pour soi el pour tous ses vrais serviteurs.
Ayez bon courago, ma chère fille, tenez feriao voire confiance en ceJui au service duquel vous vous élci dédiée et abandonnée, car il ne voua abanduotiara (loiiit: et
DE tS. mARgOIS DE SALES.
cependant Je m'emploierai de tout mon cœur, afin d*aîder votre mari envers tous ceux que je crois avoir du crédit pour le faire délivrer, et que je saurai vouloir faire quelque chose à ma considération; et déjà j'ai commencé ce bon office dès avant-hier, i vous chérissant toujours comme ma vraie fille, et tout ce qui vous appartient pour l'amour de notre Seigneur à qui vous appartenez, la volonté duquel soit faite es siècles des siècles. Amen.
LETTRE DCCCLXXVn.