‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 435 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME

L'oniqne remède à la calomnie et I de la disais maler. Avis au sujet de la confession.

Ma très-chère sœur, je n'ai pas eu le bien de voir monsieur N., mais je ne laisse pas de savoir que vous avez été affligée à raison de certains pasquins qui ont couru par delà, et moi je voudrois bien porter tou* jours vos peines et travaux, ou au moins vous aider à les supporter. Mais puisque la distance de nos séjours ne permet pas que je vous secoure d^autre sorte , Je prie notre Seigneur qu'il soit le protecteur de votre cœur, et qu'il en bannisse toute tristesse désordonnée.

Certes, ma très-chère soeur, la plupart de no!9 maux sont imaginaires plus que réels. Pensez- vous que le monde croie ces pasquins? Il se peut faire que quelques* uns s'y amusent et que les autres entrent en quelque soupçon : mais sachez que votre ame étant bonne et bien résignée es mains de notre Seigneur, toutes sortes de telles attaques s'évanouissent du vent comme la fumée ; et plus le vent est gros, plus tôt elles disparoissent. Le mal de la calom« nie ne se guérit jamais si bien que par la dissimulation , en méprisant le mépris et témoignant par notre fermeté que nous sommes hors de prise , principalement en matière de pasquin : car la calomnie, qui n'a ni père ni mère qui la veuille avouer^ montre qu'elle est illégitime.

Or sus, ma très-chère sœur, je vous veux dire un mot que saint Grégoire disoit à.un évéque affligé (1) : Hélas! dit-il , si votre cœur étoit au ciel , les vents de la terre ne ' rémouveroient aucunement ; à qui a re« I nonoé au monde, rien de ce qui se passe de •

(l)Hi(ffts.,v,t. J

fa part da monde ne peut mûre. JelM^vouft aux pieds du crucifix, et voyez combien d'injures il reçoit : suppliez-le par la dou** ceur avec laquelle il les a reçues , qu*il vous donne la force de supporter ces petits bruits qui, comme à sa servante jurée, voua sont tombés en partage. Bienheureux sonk les pauvres, car ils seront riches au ciel t la royaume leur en appartenant : et bien« heureux les injuriés et calomniés , car ila seront honorés de Dieu.

Au reste, la revue annuelle de nos amea se fait ainsi que vous Tentendez , pour les défauts des confessions ordinaires qu*on supplée par celle-ci, pour se provoquer et oxeroeràune plus profonde humilité, mais surtout pour renouvelernon les bompro poÊ , mais les bonnei réiolutiom , que nous devons appliquer pour remèdes aux inclinations , habitudes et autres sourcea de nos off'enses auxquelles nous nous trouverons plus sujets.

Or, il est vrai qu'il seroit plus à propos de faire cette revue devant celui qui auroil déjà reçu la confession générale , afin que par la considération et rapport de la vi# précédente à la vie suivante, on pî^t mieux prendre les résolutions requises en toutes façons ; cela seroit plus désirable : mais les âmes qui , comme vous , n'ont pas celte commodité, peuvent prendre celle de quelque autre confesseur le plus discret et sage qu'elles trouveront.

Pour votre seconde difficulté , je vous dis , ma très-chère sœur, qu'il n'est nullement besoin en votre revue de marquer particulièrement le nombre, ni les menues circonstances de vos défauts , ains suffit de dire en gros quelles sont vos principales chutes , quels vos premiers détractemens d'esprit , et non pas combien de fois voua êtes tombée , mais si vous ôtes fort sujette et adonnée au mal. Par exemple, vous ne devez pas vous enquérir combien de fois vous êtes tombée en colère, car peut-être y auroit-il trop à faire , mais simplement dire si vous êtes sujette à ce dérèglement : si, lorsqu'il vous arrive , vous y demeurei engagée longuement; si c>3t avec beau* coup d'amertume et de violence , et enfin quelles sont les occasions qui vous y provoquent le plus souvent; si c'est le jeu« la hautaineté ou orgueil, si c'est la mélan* ooUe on opiniâtrtté (or nad eoit dit par

emnpie) : et ainsi en peu de tempe ymal^ anreiachevé votre petite revue, sans beaucoup tourmenter ni votre mémoire ni votre loisir.

Quant à la troisième difficulté , quelques chutes es péchés mortels, pourvu que ce ne soit pas par dessein d*y croupir, ni avec un endormissement au mal, n'empêchent pas que l'on ait fait.progrès en la dévotion , laquelle bien que Ton perde péchant mortellement , on la recouvre néanmoins au premier véritable repentir que Ton a de son péché même comme je dis, quand on n*a pas longuement trempé au malheur : de sorte que ces revues annuelles sont grandement sahitairesauz esprits qui sont encore un peu foibles; car si bien les premières résolutions ne les ont point in tout affermis , les secondes et troisièmes les affermiront davantage ; et enfin à force de se résoudre souvent , on demeure tout à fait résolu, et ne faut null^nent perdre courage,'ains avec une sainte humilité regarder son infirmité, raccuser,demander pardon , et invoquer le secours du dei. Je nii votre, etc.

LETTRE DCCCLXXVm.

s. FRANÇOIS DE SALBS , A UNB OAMB.

La considération des souffrances da Saoveor esl an moyen excellent pour nous consoler et nous fortiûer dans nos peines.

C'est la vérité, ma très-chère fille , que rien ne nous peut donner une plus profonde tranquillité en ce monde, que de regarder souvent notre Seigneur en toutes les afflictions qui lui arrivèrent depuis sa naissance jusqu'à sa mort : car nous y verrons tant de mépris , de calomnies, de pauvreté , d'indigence , d'abjections , de peines, de tourmens, de nudités, d'injures et de toutes sortes d'amertumes, qu'en comparaison de cela nous connoitrons que nous avons tort d'appeler aillictions, et peines . et contradictions , ces petits accidens qui nous arrivent, et que nous avons tort de désirer de la patience pour si peu de chose ; puisqu'une seule petite goutte de modestie suffit pour bien supporter ce qui nous arrive.

Je connois fort bien Tétat de votre ame, et m'est avis que je la vois toujours devant moi, avec toutes ces petites émotions de tristesse, d'étonnement et d'inquiétude qui

la vont tronbUmt; pares qa'dle ni pis jeté encore assez avant lesfoodemeiisda l'amour de la crois et de l'abjection dedans sa volonté. Ma très-chère fille, on cœur qui estime et aime grandement JésoiF Christ crucifié , aime sa mort , aea peines, ses tourmens, ses crachats, ses vitupères, ses disettes, ses faims, ses soifs, ses ignominies : et quand il lui en arrive qneJqna petite participation, il en jobile d'aise et les embrasse amoureusement.

Vous devez donc tous les jours, non pis en l'oraison , mais à part en vous promenant, faire une revue de notre Seigneur entre les peines de notre rédemption , et considérer quel bonheur ce vous sera d'f participer : voir en quelle occasion ce bienlà voitt peut arriver , c'est-à-dire les contradictions que vous pourrez avoir en tons vos désirs, mais surtout es désirs qui vooi sembleront plus justes et plus légitimes: et puis avec un grand amour de la croix et passion de notre Seigneur, vous vous deva écrier avec saint André : 0 bonne ccoix, Umt aimée de mon Sauveur, quand as reoevrez-vous entre vos bras 1

Voyeifr-vous, ma très-chère fille, now sommes trop délicats d'appeler pauvreté un état auquel nous n'avons ni faim , m froid, ni ignominies , mais seulement quel* ques petites incommodités en nos desseins. Quand nous nous verrons, ressouvenezmoi que je vous parle un peu de cette tendresse et délicatesse de votre cher cœur; car vous avez surtout besoin , pour votre paix et repos , d'être guérie de cela avant toutes choses , et de bien former en vous l'appréhension de l'éternité, en laquelle quiconque pense souvent , il se soucie fort peu de ce qui arrive en ces trois ou quatre momens de vie mortelle.

Puisque vous êtes après à jeûner la mmtié des Avens, vous pouvez continuer jusqu'à la fin : je veux bien que vous communiiez, voire deux jours suivans quand il y aura des fêtes. Allez bien dévotement à la messe après diner, c'est à la vieille façon des chrétiens. Notre Seigneur ne regarde pas à ces petites choses : la révérence consiste au cœur, il ne faut pas nourrir votre esprit en ces petites considérations. Adieu, ma très-chère fille, tenez-moi bien toujours pour tout vôtre : car en vraie vérité je le suis, etc. Dieu vous bénisse. Amen. ,,

Ttl

LETTRE DGCaXXIX.

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