‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 436 sur 450 · FRANÇOIS DB SALBS , A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB SALBS , A UNE DAME

Commeol il faat se comporter dant les grandes

douleurs.

Ma chère fîlle, laissons pour un peu la méditation ; ce n'est que pour mieux sauter que nous reculons ; et pratiquons bien cette sainte résignation et cet amour pur de notre Seigneur , qui ne se pratique jamais entièrement qu*emmi les tourmens :

car d*aimer Dieu dedans le sucre , les petits enfans en feroient bien autant ; mais de Faimer dedans Tabsyntbe , c'est là le coup de notre amoureuse fidélité. De dire : Vive Jésus sur la montagne de Thabor, saint Pierre tout grossier en a bien le courage . mais de dire : Vive Jésus sur le mont de Calvaire, cela n'appartient qu*à la mère et à Tamoureux disciple qui lui fut laissé pour enfant.

Or sus , ma fille , voyez-vous , je vous recommande à Dieu pour obtenir pour TOUS cette sacrée patience ; et n'est pas en mon pouvoir de lui proposer rien pour TOUS , sinon que tout à son gré il façonne ■votre cœur pour s'y loger et régner éternellement. Qu'il façonne , dis-je , ou avec le marteau , ou avec le ciseau , ou avec le pinceau , c'est à lui d'en faire à son plaisir. Non pas , ma chère fille : Faut-il pas faire ainsi?

Je sais que vos douleurs se sont augmentées depuis peu , et à même mesure les déplaisirs que j'en ai ; bien qu'avec vous je loue et bénis notre Seigneur de son bon plaisir qu'il exerce en vous , vous faisant participer à sa sainte croix , et vous couronnant de sa couronne d*épines.

Mais, ce me dites- vous, vous ne pouvez guère arrêter votre pensée sur les travaux que notre Seigneur a soufferts pour vous, tandis que les douleurs vous pressent. Hé bien l ma chère fille , il n'est pas aussi requis que vous le fassiez ; ains que tout simplement vous éleviez le plus fréquemment que vous pourrez votre cœur à ce Sauveur, j et que vous fassiez ces actions. Premièrement, d'accepter le travail de sa main, comme si vous le voyez lui-même, vous l'imposant et fourrant en votre* tète ; V Vous offrant d'en souffrir encore davantage; 3* L'adjurant par le mérite de ses tourmens , d'accepter ces petites incommodi-

tés en l'union des peines qu*il souflHt sur la croix; i* Protestant que vous voulez non-seulement souffrir, mais aimer et caresser ces maux comme envoyés d'une si bonne et si douce main ; 5« Invoquant les martyrs et tant de serviteurs et servantes de Dieu, qui jouissent du ciel pour avoir été fort affligés en ce monde.

Il n'y a nul danger à désirer du remède, ains il le faut soigneusement procurer : car Dieu qui vous a donné le mal , est aussi l'auteur des remèdes. Il faut donc les appliquer, avec telle résignation néanmoins, que si sa divine majesté veut que le mal surmonte , vous y acquiescerez ; s'il veut que le remède vainque , vous l'en bénirez.

Il n'y a point do danger , en faisant les exercices spirituels , d'être assise. Nullement, ma fille ; mais je dis pour beaucoup moins d'incommodités que celle que vous souffrez.

Mon Dieu , ma fille, que vous êtes heureuse, si vous continuez à vous tenir sous la main de Dieu humblement, doucement et souplement 1 Âh ! j'espère que ce mai de tète profitera beaucoup à voire cœur , votre cœur, dis-je , que le mien chérit d'un amour tout particulier. C'est maintenant , ma fille, que plus que jamais, et à trèsbonnes enseignes , vous pouvez témoigner à notre doux Sauveur que c'est de toute votre affection que vous avez dit et direz , Vive Jésus : Vive Jésus, ma fille , et qu'il règne parmi vos douleurs , puisque nous ne pouvons régner ni vivre que par celle de sa mort. Je suis en lui tout entièrement vôtre.

LETTRE DCCCLXXX.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.

Consolations sur la mort de son père.

Or sus , ma très-chère fille , il faut donc que votre cœur souffre l'absence dès maintenant de monsieur votre père , puisqu'entiu la Providence divine l'a tiré à soi et mis hors de cette chétive vie mortelle , en laquelle nous vivons en mourant et mourons continuellement en vivant.

Pour moi , ma très-chère fille , je ne veux point vous présenter d'autre consolation que Jésus-Christ crucifié , à la vue duquel votre foi vous consolera : car après cette mort du Sauveur, toute mort est heu-

reuM Ac«i»(iui, oonune le défunt duqvel J« parle^ meurent au giron el avec le secours de la sainte Église; et quiconque se glorifie en la mon de notre Seigneur , ja*mais il ne se désolera en la mort de ceux qu*il a racbeu^ et reçus pour siens.

Ha fille , qui aspire à rétemité , se soulage aisément des adversités de cette TÎe , qui ne dure que de légers , chétifs et courts momens. En cette éternité, nous jouissons derechef de la société des nôtres , sans jamais en craindre la séparation.

J'ai accoutumé do dire à toutes lésâmes qui s'adressent à moi , mais je vous le dis très-perticulièrement à vous, qui êtes si particulièrement ma fille , qu'il faut élever le cœur en haut, ainsi que dit TÉglise au saint sacrifice. Vivez avec des penséea généreuses et magnifiques, qui vous tiennent attachée à cette éternité et à cette sacrée Providence, qui n'a disposé sesmoffliens mortels que pour cette vie étemelle.

Ce cœur ainsi généreusement relevé est toujours humble : car il est étebli en la vérité , et non en la vanité ; il est doux et paisible , car il ne tient compte de ce qui le peut troubler. Hais quand je dis qu'il est doux et paisible , je ne veux point dire qu'il n'ait point de douleur ni de sentimens d'aflliclion. Non certes , ma chère ûile , je ne dis pas cela : mais je dis que les souffrances , les peines , les iribulalions sont accompagnées d'une si forte résolution de les .souffrir pour Dieu , que toute celte amertume , pour amère qu'elle soit , est en paix et tranquillité.

Je vous écris bien pressé , et avant que d'avoir vu pas un des messieurs vos parens ; et ce sera presque ordinairement quo je vous écrirai de même façon , puisque je ne veux perdre Toccasion. Je suis d'une affection incomparable, votre , ete.

LETTRE DCCCLXXXI.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.

Le Saint la console sur la mort de son fils taé à la

guerre.

Madame , bien que je n'eusse pas eu le bonheur do vous connoltro quand j'eus la | prtmiero nouvelle de vos dc[)laisirs, si estce que je no laisse pasd'ètie touché vivement de compassion pour votre cœur, m'i*

maginant oooAieB ibrli liilt été eMi

inopinée secousse ; et si- mes aoduùts cuisent été autant pleins d'efficace , comnie ib le furent d'afléotion et de tendreté , Je crois

que dès lors voueettssfex ressenti quelque sorte de véritable alléf^meiii ; mais i ma» dam6 , les penséee des bommes sont vaiMs' et inutiles en ellee-mémea. Dieu eeul eu le maître et le consolateur dee onira » o'cit lui seul qui apaiaf Jes amea de boniieielonté. Or , cellea-li sonide bonne vokMié èsquelles Dieu met son bon plaiair;ctfl met son bon plaisir es amesquiyseloaa bonne volonté, espèrent en lui.

Que ce fut un bon avis» nuidane. qae celui que vous reçûtes de son insfuratioi, vous proposant de voua retirer pour on pu de la presse de la consolation du monde, quoique bon consolateur , pour en rei»

mettre la plaie de votre coeur èa maina di médecin et opérateur céleste , paisqv même les médecins terrestres oonfesseat que nulle guérison n$ peut se faire sinoi en la quiétude et tranquillité 1 Les parojei intérieures que Dieu dit au coeur afflf|i qui recourt à sa bonté, sont plus douces que le miel, plus salutaires que ie baone précieux à guérir toutes sortes d'ulcères.

Le cœur qui s'unit au cœur de Dieu m se peut empêcher d*aimer et d'accepter enfin suavement les traits que la main de Dieu décoche sur lui. Votre sainte Blaodine (4) ne trouvoit point de plus grand soulagement parmi les blessures de soe martyre , que la sacrée cogitetion qu'elle exprimoit , soupirant ces trois douces paroles : je suis chrétienne. Bienheureux cet le cœur qui sait bien employer ce soupir.

Madame, je vous dirai volontiers pour remède à votre douleur, que qui veut exempter son cœur des maux de la terre, il le faut cacher dans le ciel ; et comme le dit David (2) : // faut musser notre esprit dans le secret du visage de Dieu, et dans le fond de son saint tabernacle. Regardez bien à l'éternité à laquelle voiis tendez y vous trouverez que tout ce qui n'appartient pas à cette infinie durée ne doit point mouvoir notre courage. Ce cher filn est passé de ce monde à l'autre sous ai-

(i) Sainte niandhd. niainyfe tu ircond •lècleevt'^ fliM, étott de ronUilion sflrvtle, m d'un* cui^miM fort fuJble ; elle souffrit arec pliuieors «lUras ekxMMià Lyon.

(t) Wt, us. II.

l^^ynf) auspiOM , è la suite de son devoir envers Dieu et le roi : ne voyez pluB ce passas^ qu'en réterni lé.

if adame , on me presse de donner cette ottre qui est déjà trop longue pour être si pou considérée. Je bénis Dieu , de quoi les aoBurs de sainte Marie vous ont été agréables en cette occasion de votre retraite. Je sais qu'elles se tiennent pour avoir Aé grandement honorées et édifiées de votro séjour parmi leur abjection , ol glorieuses que monseigneur rarchevéquo les ait favorisées de son commandement, qui, en toute rencontre, leur doit élro très-cher, et particulièrement quand il regardera votre consolation. Je suis à jamais de tout mon cœur , votre , etc.

LETTRE DCCCLXXXIL

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