FRANÇOIS DE SALES, A MADAME L*AB- BESSB DU PUITS-D'onBE
(ptéê et U Blbliolb. da ColMfe des J^ollet . à Paris)
Il prolMte A madame Tabbease du Puits-d'Orbe qiiil est tout déToué an service de son a me et A la réforme de son monastère. Il l'avertit des contradictions qu'elle aura, et l'encourage A tenir ferme; il veut qu'elle commence par tra- ▼ailler A Tintérienr. Il consent qu'elle renouvelle •es ¥œox entre ses mains par écrit. Il dit qu'il a écrit A M. son père pour le faire entrer dans ses vues. Il l'engage A prendre patience sur ce que leurs opinions ne cadraient pas tout A fait ensemble. U lui envoie on écrit sur la méditation : c'est sans doute celui qui est dans cet ou- ▼rage.. II ne peut lui assurer qu'il ira la voir dans sa maison. Il recommande la lecture de table, et de préparer les cœurs A la réforme par lea entretiens spirituels et en insinuant l'amour de la perfection. Il lui conseille de suivre les avis du père de Villars, jésuite, et de ne point s'écarter de ceux qu'il lui a donnés. Il lui apprend la mort de M. l'évéque de Saluce. Il lui désigne les livres propres à son état et A son dessein.Enfin, par oneaposiille, il donne avis A Fabbesse que madame sa mère et lui veulent lui donner mademoiselle de Sales pour pensionnaire.
18 octobra ISM.
Madame , ma très-chère sœur et fille en notre Seigneur , je veux vous mettre ici quelques points à part que je désire vous être particuliers.
Je vous supplie par les entrailles de notre Seigneur de croire , sans aucunement douter, que je suis entièrement et irrévocablement au service de votre ame , et que je m'y emploierai de toute l'étendue de mes forces , avec toute la fidélité que vous sauriez jamais souhaiter. Dieu le veut , et je le connois fort bien : je ne puis rien dire davantage. Sur ce bon fondement j'appliquerai men esprit et mes prières à penser en tout ce qui sera utile et requis pour faire une parfaite réformation de tout votre monastère ; ayez seulement un grand coum;^e et plein d'espérance. C'est tout ce qu'il nous faut pour le présent; car vous serez assaillie sans douto; mais avec Fcsprit
d'une douce vaillance nous cheviitmsda oe bon dessein. Dieu aidant , et pour le présral il faut bien établir Tintérieur de voftcoBiUB et le vôtresurtout, car c'est la vraicet solide méthode ; et dans quelque temps nous établirons à l'extérieur à l'édification de plusieurs âmes. Croyez que j'y penserai à boii escient. Quant au désir que vous avez de refaire vos vœux entre mes mains et m'en envoyer un écrit, puisque vous estimei que cela vous donnera tant de repos , J*eD suis content , pourvu que vous ajoutiez à l'écrit de cette condition , à l'endroit où vous parlez de moi , tauf Pautorité d»
tauê légitimes supérieurs , et ne faut pas que rien de cela se sache.
J'écris à M votre père et le mien une lettre propre , à mon avis , pour gagner son esprit à notre dessein , lequel je ne lui dépeins pas si grand comme il est , parce que cela le rcbuteroit , lui étant proposé tout à coup; et petit à petit il le goûtera indubitablement. Je me dispense un peu do vous en cette lettre-là ; mais vous savei bien que ce n'est tout que pour la gloire de Dieu et votre bien , à quoi je regarde sans plus en tout ceci . Je sais que vous ma tenez |K)ur trop vôtre pour interpréter au* cune chose venante de moi qu'à bien et à droite intention.
11 faut avoir patience en ce qu'il veut ses opinions être suivies , car il fait tout par excès d'amitié ; et j'espère qu'ainsi, comme je lui écris, nous gagnerons beaucoup sur lui. J'écris un mot à madame votre 8œur(4)9 que je ne puis qu'aimer extrêmement étant ce qu'elle est (2). M. votre père me semble le désirer par la lettre qu'il m'a écrite.
J'ai bien peur que l'écrit de la méditation ne soit si mal fait que vous ne sachiez pas le lire. Vous prendrez la peine , s'il vous plait , de le faire mettre au net pour le pouvoir lire avec plus de fruit. J'étois si iudisposé quand je le fis écrire , que je ne pus y mettre la main pour l'écriile , me contenlant do le dicter.
Il n'y a nulle apparence humaine que je puisse jamais avoir la consolation de voir le Puits-d'Orbe ; mais legrand désirduquel je suis porté à votre service spirituel , me fait espérer que notre Seigneur m'y conduira par sa providence quand il en sera
(1) Kadanie U proddrolc CruUrt.
(t) Daas la priUf u« d'aaa toUda plélA.
DE S. FRAnÇUlS DE SALES.
lempi(4)9 81 ma chétive coopération e^t requise à votre bon dessein.
Persévérez à faire lire à la table , et même quelquefois en votre chambre , en oompa£^e de vos sœurs. Il faut disposer petite petit la matière de l'entière réforjnation ; et la plus grande préparation c'est de rendre les cœurs doux , traitables et dé- ' sireui de la perfection;
Prévalez - vous de l'assistance du bon père de ViUars , lequel , en réponse du billet que je vous donnai à Saint-Claude , m'écrit qu'il aura un particulier soin dé vous servir. Vous ferez bien de vous arrêter aux dévotions que je vous ai présentées , et de ne point varier sans m'en avertir ; Dieu aura agréable votre humilité en mon endroit , et vous les rendra fructueuses.
M. révéque de Saluce est décédé depuis peu {%), Cétoit l'un des plus grands serviteurs de Dieu qui fût de cet âge , et de mes plus intimes amis : il fut fait évèque en un même jour avec moi. Je vous demande un chapelet pour son repos ; car je sais que si je fusse trépassé devant lui , il m'en eût fait faire la charité comme cela partout où il eut du crédit. Si j'eusse eu le temps à moi , je vous eusse écrit en meilleur ordre ; mais tout ce que j'écris , ce n'est que par morceau , selon le loisir que je puis avoir. Croyez que j'ai bien besoin de vos prières. lies livres que vous pouvez avoir pour le présent , sont : Platus , Du bien de l'état de religion ; Le Gerson des religieux , de Luce Pinel ; Paul Morigie, de l'Institution et commencement des religions; les œuvres de Grenade, imprimées nouvellement à Paris ; Bellintany , de l'Oraison mentale ; les Méditations de Capiglia , chartreux ; celles de S. Bonaventure , le Désirant ; les œuvres de François Arrias ; et surtout l'Imitation de Notre-Dame ; les œuvres de la mère Thérèse; le Catéchisme spirituel de Caociaguerre , et ses autres œuvres. Cela vous suffira , ou une partie avec ceux que je sais que vous avez déjà. Dieu , notre chère SQBur, soit votre conducteur, protecteur et conservateur , votre prétention et votre confiance , Amen. Votre , etc.
Madame , j'oubliois presque de vous dire que ma mère et moi avons fait un projet de
(I) Cala aM airt? é ao 1006.
M U pèia J«t4mI AMiaa, aaptnTant prttra da l*0ntt aaiptrié à U ta da U laiira Ml-
voHs envoyer, après l'hiver prodiain, ma jeune sœur que vous vîtes à Saint-Gaude , en intention que si Dieu la favorise de l'inspiration d'être religieuse , elle le soit, le temps étant venu , par votre grâce et assistance; trop heureuse qu'elle sera d'arriver en cette maison-là à même temps que la dévotion s'y allumera. Que si elle n'est pas digne de ce lieu , ou moi de ce contentement, au moins aura-t-elle co bonheur , où qu'elle aille , d'avoir été en si bon lieu. Et le tout se fera, Dieu aidant , sans aucune incommodité de personne, sinon celle de son esprit. Voyez , madame ma chère sœur , si nous voulons nous obli* ger bien étroitement à votre service ; cela dit sans cérémonie.