LETTRE LXIV
s. FBANÇOIS DE SÀLBS , A SA SAUfTETB LB PAPE CLÉMENT VIII.
Aanaey. le ft oetobra MM.
Contendit à summo pontiflcoy ut raUm habeal Fulliensium sufreclionem in monatleriam Sancts-Maria-de-AbufidanUâ, tUif monadUi iodé extarbaUs.
Beatissime pater ,
Bonis religiosis melius nihil esse , malis nihil pcjus , et veteres dixerunt , et hâc œtate ità compertum est , ut de illis cum Jcremiâ dici mérité possit , a si ficus sint » bona) , bonas valdè esse ; si mal» , malas » valdè. »
NuIIa verè orbis catholici dicBcesis malarum istarum fîcuum nocumentis adeè patet^ quàm isla Gebennensis , quâ nulla magis bonarum ficuum proventu recreanda foret.
Hic enim , pater beatissime, in ipsa certaminis acie constituti , inimicorum vires cominùs experimur, quorum ingenium est»
ex moribus nostrorum depravatis , EcclesiaD illibatam doctrinam carpere , ac infirmas populi mentes dejicere.
Quo nomine eè magis dolendum est, inter multa monasteria variorum ordinum, quae in hâc dioscesi suntaediGcata,vix unum reperiri posse , in quo religiosa disciplina labefactata , imô potiùs conculcata penitùs non fuerit , ut nequidem vestigium veteris illius flammœ appareat ; adeàobseuratum est aurum , et mutatus est color iffuB op* timuê (4).
(1) Taauk 0. iv* f . t.
Cuiiividim Mio , Balte pNBieiitiort reiiMdio, intdidinm fisri poiie exisUmant periti ranim »itiinBUirei,.,q[iiAm si ex reftNrmttît et refienti SpiritAs stncti igii^ ac« censîs el îsflammatis oongregationibus vin religioei adducantur , et in locum eonim (ut modestMNrimèdicain) qui terrain haetenùs perperAmoœopaverant, niffidantur.
Boe conailio adductus e»t Vespasianug Agacia, ut monasterium SaBctn^Mariae»
de Abundantiâ , cujus ille abbas coromendatariui extitit, religÛMis sancti Bemardi FuUiensibua , quorum bonus odor multis jam ÎD locis manavit , si quâ fieri posset opéré , attrtbueret et committeret , amotis tiàh saK raonaehis , omnibus propemodùm senio ac disciplina religios» cras^ssimâ ignorantiâ non iaborantibus modo, sed penô confecUs.
Res sani^ bona , et omnî acceptione di^ gna , ut pro spiw flores io bortum Eccloo siœ infcrantur.
Id autem ut succederet , omnia cum generali Fulliensis illius copgregationis parata ac daliberata suDt , qum in eam rem necessaria videbantur; ita ut îd prœter unum , sed illud quidem maximum ac prae^ dpuum , desiderari posse videatur ; sedis nlmirùm apostolic» beneplacitum , quo mnnia htee et fiant, et facta constent ac firmentur.
Cum autem hujus rei utilités in hano ovilis Dominici partem , cujus curam apos* tolica vestra providentia mihi demandavit, primùm derivanda sit, non debui commiU tare , quin ego quoque , humillimis ad pe-> dum oscula precibus , à beatitudine vestrâ efllagitem , ut suam paternam et apostoli-* eam gratiam huic negotio liberaliter imper<« Uri dignetur. Christus Dominus sanctita« tem vestram quàm diutissimè nobis ron-* servetincolumem l Beatitudinis vestrfiB,etc,
tt prie le pape de rtUSer l'éubUieenieiil éw pèrei FeailUM au moneeUre 4e Nocre-0tni»d'Abon« dance, à 1% pUfiP dei moinM i^Wqu ea u^U 1 ehassés.
Trèsi-saiDtPère,
Les anciens ont dit , et nous en faisons Texpérience , qu'il n*est rien de meilleur que les bons religieux , et rien de pis que les mauvais ; do façon qu'on peut juste<« ment leur appliquer ce que Jérémie dit def ligues que Dieu lui avoit montrées dans
«M Tiskm mystéffeme : 1 8i lea Hgoat «MU » bonnes , elles sont très-bonnes ; mais si Belles sont mauvaises, elles sont très- » mauvaises. >
Or il n'y a point de contrée en la durétienté plus exposée aux effets pemidenx de ces mauvaises figues , que le diocèse de Genève , qui cependant auroit , plus que tout autre , tant de besoin de n'en avoir qne de bonnes.
Car c'est fc! , très-saint Père , que , plftces au front de Tarmée , nous sommes plus exposés aux assauts des ennemis , dont le génie est de rejeter sur la sainte doctrine de l'Église les égarements des catholiques et la dépravation de leurs moeurs, et d'en profiter pour séduire les esprits foibles.
Assurément il est bien douloureux qu'entre tant de monastères de divers ordres établis dans ce diocèse, à peine il s*en trouve un seul où la discipline religieuse ne soit non-seulement ébranlée et endommagée , mais mémo tout à fait détruite et foulée aux pieds ; en sorte qu'il ne parott plus aucun vestige de cette ancienne flamme et de ce feu tout céleste : tant il est vrai que l'or s*esî obscurci et que sa belle coulewr est passée.
Les personnes les plus sensées ne troavent point de meilleur remède à ce mal , que de tirer , des congrégations nouveUement réformées et animées de l'esprit de Dieu , de saints religieux , pour les mettre en la place de ceux qui , pour ne rien dire de plus , ont occupé la terre en vain.
C'est pour cette raison que l'abbé commendataire du monastère de Notre-Dame* d'Abondance , nommé Vespasien Agacia , a résolu de donner cette maison aux religieux Feuillans , qui suivent la règle de S. Bernard , dont la bonne odeur s'est répandue dans beaucoup d'endroits, et d'en bannir six vieux moines scandaleux oui vivent dans la plus grossière ignorance de la vie religieuse.
C'est sans doute pne très-bonne chose , et qui mérite d'être prise à copur , qu'on plante des fleurs dans le jardin de l'Église , et qu'on en arrache les épines.
Or , afin de réussir plus sûrement dans son projet, l'abbé en a déjà traité avec lo général de$ Feuillans , et a fpit avec lui les arrangements néceasaifos; et il ne rt>sto plus , pour y mettre la dernière main e^.
mdiie rétahlisa^iwit ^lide i |;)erpétuité, que l'approbation du saint-siège.
Comme Inutilité de cette bonne œuvre se teru ressentir à cette partie du troupeau de Jésus-Cbrist que votre soUicityde apostolique m*a confiée , Je n'ai pas dû manquer de me jeter aux pieds de votre sainteté , pour la supplier qu'elle daigne favoriser cette entrepose. Que notre Seigneur Jésus- Q)rist vous conserve pour nous de longues années en parfaite santé 1 J'ai l'honneur d*étre , avec le plus profond respect , trèssaint Père I de votre sainteté , etc.