‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 48 sur 450 · LETTRE LXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXV

S. riANCOU M 8il«M. A MADAUR Va»" 9tSSm PU PU|Ti*n'ORBBp

(Tlrit dn Monitt. de la VlilUt. do Falt»^*erb«.)

Pe It clôture des religieatet; règles sur la condttite d'une abbesse Tis^'Tis de la mère prieure.

• BQTtlIlbra 1694.

J'ai eu du contentement à savoir de vos nouvelles , après tant de tanips que j'avois demeuré sans en recevoir , ma très-c^ère 'fille, par vous-même; car que me peuviant dire de certain de vous ni de vos affsirea tous las autres?

Unis , ma très^ebère fiUe , tous les remèdes humains se sont trouvés inutiles peur bi guérison de cette pauvre jambe, qui vous donne une peine qu'il fautaagemenl convertir en pénitence perpétuelle.

A la vérité , j'ai toujours eu cette cogitation que toutei eas applications réussiroient tfès-mal I ei que c'éloit un coup que la providence céleste vous avoit donné, afin de vous donner sujet de patience et de mortification. 0 quels trésors pouvez-vous assembler par ee moyen I il le faut faire dorénavant , et vivre comme une véritable lose entre les épines (4).

Ifais on m'a écrit que vous étie^ au Puita^'Orbe avec de vos filles , et aue le teste étoit demeuré à Châtjllon : cela est vrai , car je l'eusse deviné. Mais c'a été pour peu I ce me dites-vous , et pour un bon et légitime sujet : je le crois ; mais croyes-moi aussi , ma chère fille , que comme les filles qui ont quitté le monde devroient ne le jamais vouloir voir , aussi le monde qui a quitté les filles ne les vou-

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droit jamais vQir^ et pour peu qu'il les voie , il s'en fttche et murmure. Cest Ip vérité aussi que l'on perd U)ujours quelque cbose aux sorties, qui peuvent, voire ménie avecquelque perte temporelle, être évitées. ^ Pour cela , si vous écoutez mes avis , vous sortirez le moins qu'il vous sera possible , et môme pour oiïlfr les sermons , puisque vous avez bien le crédit d'avoir queUiuefois le prédicateur dans votre oratoire, qui dira des choses toutes propres pour votre aasemblée. Certes, il but avoir quelque ^rd à la voix commune., et faut beaucoup foire de choses pour éviter les bruits des enfans du monde. Certes, si le savais , disolt ce grand spectacle de religion et de dévotioUi saint Paul , si je savoù qu'entnanfeantiê la chair , je donnasse du scandale am prochain , je n'en mangerais jamais (0. Contentez en cela messieurs vos parens , et je crois qu'après vous pourrez confidemment leur demander du secours pour vous bien loger; car il me semble qne je les vois qui disent : Pourquoi loger à commodité des filles qui sortent et vont parmi le monde ? Et le déplaisir qu'ils ont de ces sorties , fait qu'ils en exagèrent la quantité et qualité.

C'est l'ancienne coutume du monde , de trouver qu'il leur esi loisible de parler des ecclésiastiques à toutes mains ; et il croit que pourvu qu'il ait quelque chose à dire sur eux , il n'y aura plus rien à dire sur ses partisans.

Or sus , n'y auroit-il pas moyen que vous sussiez trouver le biais par lequel il faut prendre et garder le cœur de madame la prieure notre soeur; car, encore que, selon le monde , c'est aux inférieurs à rechercher la bienveillance des supérieurs > si est-ce que , selon Dieu et les apÔtres , c'est aux supérieurs à rechercher les inférieurs et à les gagner. Car ainsi fait notre Rédempteur , ainsi ont fait les apétres ; ainsi ont fait , font et feront à Jamais tous les prélats zélés en l'amour de leur maître.

Je confesse que je n'admire nullement que vos proches se scandalisent de voir la froideur de l'amitié qui est entre deux sœurs naturelles , deux sœurs spirituelles, deux sœurs religieuses. Il faut remédier à cela, ma très-chère fille , et ne permettez

(1) Si Mca setodallnt fntrem menn , non mandnaako caroaii ia «tampai, m fMtmB SKHI HUrtjlliSM I Con. 0. Tiu, V. it.

LEITRES

pas que cette tentation dure. Il se peut faire qu'elle ait le tort ; mais du moins avezvous celui là, de ne la pas ramener à votre amour par le témoignage continuel et inaccessible de celui que vous lui devez selon Dieu et le monde.

Vous voyez de quelle liberté j'use à vous dire mes sentimens , ma chère fille , que je désire être toute victorieuse de la victoire que l'apôtre annonce : Ne soyez point taincus par le mal , mais totnguex le mal parle bien (4). Si je vous pariois autrement , je vous trahirois ; et je ne puis ni ne veux vous aimer que tout à fait paternellement , ma très-chère ûlle , que je prie Notre-Seigneur de vouloir combler de ses grâces et consolations. Je salue trèshumblement toute votre chère compagnie.

Votre , etc.

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