‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 49 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE

CHANTAL

AWt tar les tentations qu'exercent sor nous les sécheresses et Timpuissance de rolonté relatifomeot an senrice de Dieu ; moyen de les re- IMOSser et de nous en garantir.

ti norenlve iSOèw

Madame ma très-chère sœur ,

Notre glorieuse et très-sainte maîtresse et reine, la vierge Marie de laquelle nous célébrons aujourd'hui la présentation , veuille présenter nos cœurs à son fils , et nous donner le sien.

Votre messager m'est arrivé au plus fort et malaisé endroit que je puisse presque rencontrer en la navigation que je fais sur la mer tempétueuse de ce diocèse. Ce n'est pas croyable combien vos lettres m'ont apporté de consolation. Je suis seulement en peine si je pourrai tirer de la presse de mes affaires le loisir qu'il faut pour vous répondre sitôt comme je désire , et si bien comme vous attendez. Je dirai ce que je pourrai tumultuairement ; et, s'il me reste quelque chose après cela Je vous récrirai dans bien peu de temps par homme de connoissance, qui va à Dijon et revient.

Je vous remercie de la peine que vous avez prise à me déduire l'histoire de votre porte de Saint-Gaude, et prie ce béni

fî) Ni>ll flMi à «alo,se4 floee In bono malan. Rom. a. «t, T. «.

saint , témoin de la sincérité et intégrité de cœur avec laquelle je vous chéris en notre Seigneur et commun mattre , qu'il impètre de sa sainte bonté l'as^tanoe du Saint-Esprit qui nous est nécessaire pour bien entrer au repos du tabernacle de i'£glise.

Je viens à votre croix , et ne sais si Dieu ii'aura bien ouvert les yeux pour la voir en ces quatre bouts. Je le souhaite infiniment, et l'en supplie, afin que je vous puisse dire quelque chose bien à propos.

I C'est une certaine impuissance, ce me dites-vous , des facultés ou parties de mon

' entendement, qui l'empêche de prendre le contentement de la considération du bien ;

; et ce qui vous fâche le plus» c'est que»

! voulant lors prendre résolution , vous ne sentez point la solidité accoutumée, mais vous rencontrez une certaine barrière qui vous arrête tout court, et de là viennent les tourments des tentations delà foi. C'est bien dit, ma chère fille, vous vous exprimez bien , je ne sais si je vous entends bien.

Vous ajoutez que néanmoins la volonté, par la grâce de Dieu , ne veut que la simplicité et fermeté en l'Eglise, et que voos mourriez volontiers pour la foi d'icelle. Oh ! Dieu soit béni , ma chère fille 1 L'infirmité n'est pas à la mort , mais afin que Dieu soit glorifié en icelle(i). Fous avez deux peuples au ventre de votre esprit, conune il fut dit à Rcbecca : l'un combat contre Vautre, mais enfin le plus jeune surmoH' tera Vaine (2). L'amour-propre ne meurt jamais que quand nous mourons; il a mille moyens de se retrancher dans notre ame, on ne l'en sauroit déloger : c'est l'ainé de notre ame , car il est naturel , ou au moins co-naturel : il a une légion de carabins avec lui, de mouvcmens, d'actions, de passions ; il est adroit , et sait mille tours dt souplesse. De l'autre côté , vous avez Ta* mour de Dieu , qui est conçu après, et ea puîné : il a aussi ses mouvements, inclinations , passions , actions. Ces deux enfoni

(1) InOrmltas bme dod est «d mortem , sed pro f loril Del. Jokn, 0. xi. t. 4.

(S) Oomini» dédit oonceptom RêbACcn; sed collldebaDlurtDotereeJa9parTuli;quasaU : SI sic fatarum ertt, quid nece«M faUconcipercf Gemes. c. xxy. t. 21 elSi.

PerexUqne Isaac nt consolerel Dominom. Qui respondeos ait : Don Rentes snnt in utero too, et duo popoll» Teatre tno dlTldentur, popalosque popolam aupertblt, et amjor MfTlat minori. J6til., t. siat n.

êD un même yentro s'entrebattent comme Ésaii et Jacob ; c'est pourquoi Rebecca 8'écria : N'étoiM pas mieux de mourir fue de concevoir avec tant de douleurs? De ces convulsions s'ensuit un certain dégQûtement, qui fait que vous ne savourez pas les meilleures viandes. Mais que vous importe-t-il de savourer ou de ne savourer pas, puisque vous ne laissez pas de bien manger ^

S*il me falioit perdre Tun des sentimens, je choisirois que ce fût le goût, comme moins nécessaire, voir même que l'odorat, ce me semble. Croyez-moi , xo n'est que le goût qui vous manque , ce n'est pas la vue : vous voyez , mais sans contentement ; vous mâchez le pain , comme si c'ôtoit des étoupes sans goût ni saveur. Il vous semble que vos résolutions sont sans force , parce qu'elles no sont pas gaies ni joyeuses ; mais vous vous trompez , car l'apôtre S. Paul bien souvent n'en avoit que de cette sortelà. Mais je m'arrête trop.

Vous ne vous sentez pas ferme , constante, ni bien résolue. Il y a quelque chose en moi , ce dites- vous , qui n'a jamais été satisfait ; mais je ne saurois dire ce que c'est. Je le voudrois bien savoir , ma chère fille, pour vous le dire ; mais j'espère qu'un jour , vous oyant à loisir , je l'apprendrai. Cependant seroit-ce point peut-être une multitude de désirs , qui fait des obstructions en votre esprit , j'ai été malade de cette maladie. L'oiseau attaché sur la perche, se connoît attaché et sent les secousses de sa détention et de son engagement seulement quand il veut voler ; et tout de même , avant qu'il ait ses ailes , il ne con- Dott son impuissance que par l'essai du vol.

Pour un remède donc , ma chère fille , puisque vous n'avez pas encore vos ailes pour voler , et que votre propre impuissance met une barrière à vos efforts , ne vous débattez point , ne vous empressez point pour voler : ayez patience que vous ayez des ailes pour voler , comme les colombes. Je crains infiniment que vous n'ayez un petit trop d'ardeur à la proie , que vous ne vous empressiez et multipliiez les désirs un peu trop dru. Vous voyez la beauté des clartés , la douceur des résolutions : il vous semble que presque vous les tenez , et le voisinage du bien vous en suscite un appétit de même , et cet appétit

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