‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 50 sur 450 · UI · texte numérisé non relu

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vous empresse et vous fait élancer, mais pour néant ; car le maître vous tient attaché sur la perche: ou bien vous n'avez pas encore vos ailes ; et cependant vous maigrissez par ce continuel mouvement du cœur , et allanguissez continuellement vos forces. Il faut faire des essais , mais modérés, mais sans se débattre, mais sans s'échauffer.

Examinez bien votre procédure en cet endroit : peut-être verrez- vous que vous bandez trop votre esprit au désir de ce souverain goût qu'apporte à l'amo le ressentiment de la fermeté , constance et résolution. Vous avez la fermeté ; car qu'est-ce autre chose fermeté , que de vouloir plutôt mourir qu'offenser ou quitter la foi ? Mais vous n'en avez pas le sentiment ; car si vous Taviez , vous on auriez mille joies. Or sus, arrêtez - vous , ne vous empressez point ; vous verrez que vous vous en trouverez mieux , et vos ailes s'en fortifieront plus aisément.

Cet empressement donc est un défaut en vous , et c'est je ne sais quoi qui n'est pas satisfait ; car c'est un défaut do résignation. Vous vous résignez bien , mais c'est avec un mais; car vous voudriez bien avoir ceci et cela , et vous vous débattez pour l'avoir. Un simple désir n'est pas contraire à la résignation , mais un pantellement de cœur , un débattement d'ailes , une agitation de volonté , une multiplication d'élancemens, cela indubitablement est faute de résignation. Courage , ma chère sœur ; puisque notre volonté est à Dieu , sans doute nous sommes à lui. Vous avez tout ce qu'il faut, mais vous n'en avez nul sentiment : U n'y a pas grande perte à cela.

Savez- vous ce qu'il faut faire? il faut prendre en gré de ne point voler, puisque vous n'avez pas encore vos ailes. Vous me faites ressouvenir de Moïse. Ce saint hom* me , arrivé sur le mont de Phasga , vit toute la terre de promission devant ses yeux , terre à laquelle il avoit aspiré et espéré quarante ans continuels , parmi les murmurations et séditions de son armée , et parmi les rigueurs des déserts . il la vit et n'y entra point, mais mourut en la voyant. Il avoit votre verre d'eau aux lèvres et ne pouvoit boire. 0 Dieu ! quels soupirs devoit jeter cette ame ! Il mourut là plus heureux que plusieurs qui mouru-

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i-çui en la ^rre d^ promi^ïifm , pui$qMP Uwu lui fit l'hpnneqf de Tens^pultiirer |ui-: WQUiô. Pr ^k I K-il Y9M3 (allojliDOurirsHn^ poiFC ()q Tcqu dû la gqpiariùiiqp , qii*pi^ ^croitypp pour pelq , ppurvu que votre aii^P ïjîftreçqc à boire ctorn^llcmept en Is| source ci fpnUjfte de vie? Ne vous empressez poiut à dp vains df^sirs, et ipômc ne vous empressez |>a3à ne vous emprpsscr point: allez dqqpcmppf votre chemin , C£|r il est bon'.

Sachpz , m^ trps-chùrc sœur i qu^ je vpiis écris ce3 choses avec beaucoup de dîstraçr lion I et que $i vous les trouvez embroujir \ici , ce np ^rq ps^s nieneillp , far je le suis mpi-paênip ; mais , Dieu merci , sans

îen avoir une crpix, mais vous voulez

sire que Yjjtre croi^ p|, |u uiipnno ifoient entîèreipcnt croix de Jésus - Christ ; ^t quant à l'iin|>Uiitioii d'ieeljqs , et quand aux choix, le |)or) piep $uit rc qu'il rajlct pourquoi : c'est pour notre bien siipsdout.e. K'qiré $.ri^ncur iiii\\na le rhoi:^ ù David ^e

divine {mtjesté. Plus unp pfoix pst dp Dieu, plus nous la devons qjmer.

Or sus , inq sœur , ma fille , niop amg ( et ceci n'e^t JKis trop , vous le savez bien } , djtps-moi , Dipu n*est-il pas i|iei](eur que l^nquimc? mais rhuninie n*est-il pas un vrai néant en comparaispi) de Qjeu? Et néanmoins voici un bommo , ou plutôt le plus vrai néant c|e tous les iiéanK, la fleur de toute la fiiisère , qui nVnno rien moins la confiance que vous avez" in lui , encore que vôiis en ayez perdu le goîitet le sentiment, que si voui en aviez tous lés sehtimens dii monde : et Dieu n*aura-t-il pas agréable vplre volonté bonne, encore qu'elle soit ïfîans nul sentiment?/? suis\ di-

soîtr •• .... .- -

elle peut sprv

(1) s. Françoii a rendu ce paviafe selon le loxto bébppu. U 'Valcnle porte : Faelut tum iicut ùttr' in pmin4 : Je fuU 4ef enu oouuM une ywa expoi^e à U Idée. Pt. cxvui, t. 8S. * i

voudra, to^t ^e stérilités ^ ^fPOXV\ qWI nous aimions Di^^.

A(ais , avec tOM( pclq , yqus ii'è(es psjs en: cqre ^u pays où \\ n'y a poin( de jour , par you$ avez le jour parfois , pt Djeu vpffj visitp. Est il pD^ l)on , à vofre avis? II t^ éemble que cette vicissitqde vous le ren^ bien savoureux. J'approuvf néannuoins que vous remontriez h notre doux Sauveur^ mais amoureusement et san:; empressement j votre aillictiun j et , comme vous dites ^ qu'au moins il se busse trouver à votre esprit: car il se plaît uuè nous lui racontions le inal qu'il t^ous fnit , et que nous nous plai!;hipns de lui , pourvu qiip ce soit amoureusement et humblement , et à lui-même , comme font les pi^fits enfans quand leur chère mère îps a fouettés. Cppendant il faut encore un pptjt souffrir , et doucement. Je ne pense pas qu'il y ait ai)cun mal do dire à notre Seiiineur . Fenez dçLn$ no» an]e$' Ça Seigneur sait si j'aj jamais communié sans vops des mon dppail de votie vdle.

Non , cela n'a nulle api)arence de mal ; Dieu veut que je le serve en soulfi-ant les stérilités, les angoisses, les tentations, comme Job , comme S. Paul , et non pas en prêchant.

Servez iDicu comqie il veut , vous verrez qu^un joiir il fera tout ce que vous voudri:^, et plus que vous ne sauriez vouloir.

Les livres que vous lisez demi-heuro sont Grenade , Gersoh , |a Vie de Jésus- Christ, mise en françbis du latin de Ludolphe , chartreux ; la mère Thérèse ; le Traité de rallliclion (1), que' je vous ai marqué dans une préc«J(Jen te lettre.

' Eh ! serons-nous pas un jour tous cnsenible au ciel à bénir Dieu éternellemçnl? Je l'espère et m'en réjoui^.

La promesse que vous fi tes à notre Seigneur (je ne jamais rien refuser de ce qui vous seroit demandé en son nom , ne vous sau roi t obliger, sinon à le bien aimer; cVst-à-dire , que vous pourriez Pentendre en telle façon que la pratique çn seroit vicieuse , comme voiis donniez plus qu'il ne faut, et indiscrèU^ment. Cela donc s'entend pn observant la vraie discrétion ; et , en ce cas-là , ce n'est non plus que de dire que vous aimerez bien Dieu , et vous accomnio-

(1) ne la tribulalion. Ce traité fat composa eiic^pefool p«r le pcre Ritedenclrt. eta4lé tndirtt en frt&fbia ftr un au^ Jétoiu.

derez à vivre ^ dire , faire , et donner selon

0on gré.

Je garde les livres des psaumes, et vous

remercie de la musique en laquelle je n'entends rien du tout, bien que je Faime extrêmement quand elle est a^ypliquito à la

louange de notre Seigneur. * Vraiment, quand vous voudrez que je

dépâche j et que je trouve du loisir sans

loiàîr pour vous écrire, envoyez-moi ce

bon-hoqime N.', car , sans mentir , il m'a

pressé si extrêmement que rien plus , et ne

m'a point voulu donner de relûche , pas

seulement d'un jour ; et vous dis bien que

je pe voudrois pas être juge en un procès

duquel il fût solliciteur.

Je ne puis laisser le mot de madame :

car je oe veux pas me croire plus affectionné que S. Jean révangéliste , qui néanmoins , en l'épitre sacrée qu'il À:rit à la sainte dame Électa, l'appelle madame, ni ôtre plus sage que S. Jérôme , qui appelle sa dévote Eustochiiim madame. Je veux bien néanmoins vous défendre de m'appeiei; monseigneur'; car'çncore que c'est la coutume de deçà d'appeler ainsi les évêqucs , ce n'est pas la coutume de delà, et j'aime la simplicité.

la messe de Notre-Dame, que vous roulez vouer pour toutes les semaines , le pourra bien être : mais je désire que ce ne soit que pour une année , au bout de laquelle vous revouerez , s'il y échoit , et commencez le jour de la conception de Notre- Pâme , jour de mon sacre , et auquel je fis le grand et épouvantable vœu de la charge des âmes , et mourir pour elles s!il éloit expédient. Je devrais trembler en in*cn ressouvenant. J'en dis do même dq chapelet et de VAve maris ste\la.

Je n'ai observé ni ordre ni mesure à vous répondre ; mais ce porteur m'en a levé le moyen. '

J'attends de pied coi une grande tempête y comme je vous ai écrit au commencement, et pour mon particulier, mais joyeusement ; et , regardant on la providence de Dieu , j ^espère que ce sera pour sa plus grande gloire et mon repos , et beaucoup d'autres choses. Je ne suis pas assuré qu'elle arrive ,' je n'en suis que menacé. Mais iK)urquoi vous dis-je ceci? Eh I |k)i!? ce que je ne m'en saurois empêcher : il faut que ipon cœur se dilate avec le vOtre

comme cela ; et puisqu'on cette attente j'ai de la consolation et de Tespérance de bonheur , pourquoi ne vous le dirois-je pas ? Mais à vous seule , je vous prie.

Je prie soigneusement pour notre Celse Bénigne , et pour toute la petite troupe dés Stlcs. Jq me recommande aussi à leurs prières. Bessouvcnez-vous de prier pour ma Genève , afin que Dieu la convertisse.

Item , ressouypoez-yô^ç q^ vqu's comporter avec un grand respect et honneur en tout ce qui regardera le bon père spirituel que vous savez ; et mêine ,' traitant avec ses disciples et epfans spiriiueU, qu'ils ne reconnoissent quo la vraie douceur et humilité en vous. Si vous receviez quelques reproches, tenez- vous douce', humble , patiente , et sans autre mot que de vraie humilité ; car il le faut. Dieu soit à jamais votre cœur, vot;^ esprit, votre repos ; et je suis , madame , votre trèsdéîlié serviteur en notre Seigàeur , etc. A Dieu soit honneur et gloire 1

loor d« la préMotiUon de Notre-Duit , * *' U otfTtmbre i«0«.

J'ajoute ce matin , jour de Sainte-Cécile, que le proverbe tiré de notro S. Bernard , L'enfer est plein de bonnes volontés ou désirs , ne Vous doit nullement troubler. Il y a deux sortes de bonnes volontés. L'une dit : Je voudrois bien faire , mais il me fâche efne loferai pas L'autre dit : Je veux bien faire , mais je n'ai pas tant de pouvoir que de vouloir ; c!est cela qui m'arrête. La première remplit l'enfer , la seconde le paradis. La première volonté ne fait que commencer à vouloir et désirer ; inaiselle n'acl^ève pas de vouloir; ses désirs n'ont pas assez'de courage , ce ne sont que des avortons do volonté : c'est pour quoi elle riemnplit l'onrer. Mais la seconde produit des 'désirs entiers et bien fonnés , et c'est pour cela quo Daniel fut appelé homme de désirs. Notre Seigneur nous veuille donner la perpétuelle assistance de son Saint-Esprit; ma fille et sœur très* aim^e I

LETTRES

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