‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 57 sur 450 · DE S · texte numérisé non relu

DE S

ayoit dit qu'elle serait ce jour-là av^ lui en paradis (4), o( elle ne fu( pas plutôt sé- AQrée de soq corps que voilà qu'il la rnena im enfèc Oui, car \\ devais éke avec noure Seigneur , et notre Seigneur étQit dévalé i^ «ufeci . ^Ue y alla donc avec lui. Vrai Qjeu ! Que devait-Qlle pepser eu descendaal > et voyaut cf» abtmas devant $es yeux iptélâelirë^te çroid qu'elle di^oit avec 4Qh.-

Qui m^ fera la grâce , d mon Ai>u , gû^

fet (I) â Ëtavec David : iVoi», je. ne çrani- 4ra9 t)t«i mal; cor, Seigneur, /u «s avec fno» (3). Vou , ma chère fllle , pendant que nos réfutions vivent , je ne me trouble point. Quenou9 mourions, que tout ren- KficsQ , il ne m'en chaut , pourvu que cela subsiste. Les nuits nqus sont (les joursj quand Dieu est en notre cœur , et les jbur^ sont des nuits quand il n^y est point.

Eour nos filles (4) , vous np sauriez feillir i cuivre l'avis de votre confesseur.

Il n'est pas besoin de dire en conieasioif ces petites pensées , qui comme mouche^ pas^t fit viennent devant vos yeux , nf r-afittdisspment des goûts que vous avez eT\ Kos voeux ; par tppt cela ne sont point péchés , m^is ennuis , mais inpommodjt^â.

Pressé donc , je ferme cette lettre. Je prie notre Seigneur qu'il vous rende de plus en plus sienne ; qu'il soi^ le protecteur de vos Résolutions , le défenseur de votre viduité , le directeur do votre obéissance ; qii'il soit votre tout , e( tout vôtre. Je prie cette sainte ab))esse , notre chore dame e^ reine, qu'elle nous soit à jamais propicp, et nous fasse vivrp et mourir en son fils. Je suis incomparablement, ma chère fille, je suis tout vôtre es pntraiiies du fils et de la mère.

LETTRE LXXVm.

I Jiu(pil|(é es^ I9 ve^m P»:ppifo «M» yeuv^ç : en uuoi elle consisie Âpplicaliou e( Drati(|uc. Il eut WiMc 'd^ibéditefâuVlÀ' vie' et 1a moVide flélVé'Sèlgrféui'. Rethédes ao'x lenCaUonè cdâlre U foi. Avis sur l'exercice des yerius.

!•' novembre 1608.

Mon Dieu ! que j'ai de cœur et do pas-

(1) HiHlIe meeain erlt \a para(|J90. Ltic , o. xxiii, t. 48.

(i, Qdft'inttn 'trlbôat ot io torerho tirotegas' me, et defcodu me? Joa. c. iv, v. 13.

- MlloQ tlmebo mtla qoonlam la m«€um es. fê. xxn, v. k,

(4) Lee filles de madame de ChaipUli-

DE SALES

ston au 90inrice da voira e$prit \ Vous no le saurif» a^se^ croire , p^a çb^re s^eur : je m'en trouve tant que cela ^pl sullit pour me persuader que c'«st de la part do

notre Seigneur; caç U u'-oçt pas pqçsiblc,

pp me semble , que tout le monde en?çMnble m'ep pAt tant donner; au moins je n*çn ai jamais tant aperçu (*cz lui.

C'est aujourd'hui ia tête de tous les saints ; et faisait IWtce à no^ matines solennelles, voyant que notre Soigneur commence les béatitudes par la pauvreté d'esprit, que S. Augpstin interpr.àte de k sainte et très-désirablp vertu d'humilité , je me suis ressouvenu que vous m'aviez demandé que Je vous envoyasse quelque chose d'icelle; et il m'est avis que je ne Tai pas fait dans ma derniè|po lettre , quoique bien ample , et peut-être trop longue. Sur cela Dieu m'a donné tant de choses pour vous venir écrire , que , si j -avois assez de loisir , il m-est avis que je dirois merveilles.

Premièrement , ma chère sœur , il m'est venu en mémoire que les docteurs donnent aux veuves pour leur propre vertu la sainte hurnilité: les vierges' ont la leur, après les martyrs , les docteurs et les pasteurs , chacun la siepne , comme Tordre do leur chevalerie : et tous doivent avoir ou rhumilit^ , car ils n'auroient pas étéexaU tés j'tis ne se fussent humiiiés (4). Mais aux veuves appartient surtout l'humilité ; car qui peut enfler la veuve d'or}i;ueii? elle n!a plus son intégrité ( laquelle néanmoins peut être contre -échangée par une grande huirijlité viduale; cela est bien mieux d'être veuve ayec force huile en lampe , en ne désirant rien que l'humilité avec charité , que d'être vierge sans huile, ou avec peu d'huile) , ni ce qui donne le plus haut prix à ce sexe selonM'eslime du monde ; elle n'a plus son mari , qui étoit son honneur , et duquel elle a pris le nom. Que lui resté-t-il plus pour se glorifier, sinon Dieu ! 0 bienheureuse gloire ! ô couronne précieuse I Au jardin de l'Église, les veuves sont comparées aux violettes, petites fleurs et basses, de couleur rtoii guère éclatante , ni d'odeur trop piquante , mais suavesànîerveille. 0 que c'est une belle fleur aue la veUve chrétienne, petite

(1) Qui te exaltai homlllabltar, et qui se bumillat eul- , taWtor. LVQ, 0. siT, T. il. '

LETTRES

et basse par hamnitél Elle n'est gnère éclatante aux yeux du monde ; car elle les fuit, et ne se pare plus pour les attirer sur soi : et pourquoi désireroit-elle les yeux de ceux do qui elle ne désire plus le cœur ?

L'apôtre commande à son cher disciple qu'il honore lei veuves qui iont vraiment veuves (4). Mais quelles sont ces vraies veuves , sinon celles qui le sont de cœur et d'esprit, c'est-à-dire, qui n'ont leur cœur marié à aucune créature? Notre Seigneur ne dit pas aujourd'hui , Bienheureux ceux qui sont nets de corps , mais de cœur , et ne loue pas les pauvres , mais les pauvres d'esprit- Les veuves sont honorables quand elles sont veuves de cœur et d'esprit; qu'est-ce à dire veuve , sinon destituée et privée , c'est-à-dire , misérable , pauvre et chétive? Celles donc qui sont pauvres, misérables et chétives en leur esprit et en leur cœur , sont louables. Tout cela veut dire , celles qui sont humbles , desquelles notre Seigneur est le protecteur.

Mais qu'est-ce que l'humilité? Est-ce la connoissance de cette misère et pauvreté ? Oui , dit notre S. Bernard ; mais c'est l'humilité morale et humaine. Qu'est-ce donc que rhumilité chrétienne ; c'estl'amour do cette pauvreté et abjection en contemplation de celle de notre Seigneur. Gonnoissezvous que vous êtes une pauvre petite chétive veuve? aimez cette chétive condition ; glorifiez- vous de n'être rien ; soyez-en bien aise , puisque votre misère sert d'objet à la bonté de Dieu pour exercer sa miséricorde.

Entre les gueux , ceux qui sont les plus misérables, et desquels les plaies sont plus grandes et effroyables, se tiennent pour les meilleurs gueux, et plus propres à attirer l'aumône : nous ne sommes que des gueux ; les plus misérables sont de meilleure condition ; la miséricorde de Dieu les regarde volontiers.

Humilions-nous , je vous supplie , et ne prêchons que nos plaies et misères à la porte du temple de la piété divine ; mais ressouvenez- vous de les prêcher avec joie, vous consolant d'être touto vide et toute veuve , afin que notre Seigneur vous remplisse de son royaume. Soyez douce et affable avec un chacun , hormis à ceux qui voudront vous ôter votre gloire, qui est votre misère et votre viduité parfaite. Je

(I) VMou hoMfft, qn» vtiè fldwi ml. L Tni. a v, t. t.

me glorifie en mes infirmités , dit rap6> tre ; il m*est mieux de mourir que de pi»* dre ma gloire. Voyez-vous, il aimerait mieux mourir que de perdre ses infirmiléi qui sont sa gloire.

n faut bien garder votre misère et votre vilité ; car Dieu la regarde , comme il ftt celle de la Vierge sacrée. Les hommes r«gardent ce qui est dehors » mais Dim regarde le cœur (4). S'il voit notre bassesse dans notre cœur, il nous fera de grandes grâces. Cette humilité conserve la chasteté, c'est pourquoi, aux cantiquea, cette belle ame est appelée le lis des val< lées. Tenez-vous donc joyeusement humble devant Dieu : mais tenez-vous égaler ment joyeuse et humble devant le monde. Soyez bien aise que les hommes ne tiennent point compte de vous * s'ils vous estiment, moquez-vous-en joyeusement, el riez de leur jugement et de votre misèn qui le reçoit, s'ils ne vous estiment pas, consolez-vous joyeusement de quoi ai moins en cela le monde suit la vérité.

Pour l'extérieur, n'affectez pas l'humilité visible, mais ne la fuyez pas aussi; embrassez-la, mat f toujours joyeusement J'approuve que l'on s'abaisse quelquefoû à des bas services , même à l'endroit dei inférieurs et superbes, à l'endroit do malades et pauvres , à l'endroit des sien en la maison , et dehors : mais que ce soi toujours naïvement et joyeusement. Je h répète souvent , parce que c'est la clef d( ce mystère pour vous et pour moi. J'aura plutôt dit charitablement ; car la charité dit S. Bernard, est joyeuse, et c'est aprè S. Paul. Les offices humbles et d'humiliti extérieure ne sont que Técorce , mais ell conserve le fruit.

Continuez vos communions et exercices ainsi que je vous ai écrit. Tenez-vous cetb année bien ferme en la méditation de h vie et mort de notre Seigneur : c'est h porte du ciel ; si vous vous plaisez à L hanter , vous apprendrez ses contenances Ayez le courage grand et de longue ha leine : ne le perdez pas pour le bruit , e surtout es tentations de ia foi. Notre en nerai est un grand clabaudcur, ne voo en mettez nullement en peine ; car il m vous sauroit nuire , je le sais bien. Mo

(1) Homo Tidetct qa« patent, Oominiu ulem cor. I. Km. 0. xxtr, t. 7.

tu

qwf-voQtde lui et le laisseï faire. Neconteitei point, feites-lui la oique; car tout eeli n'est rien. Il a bien crié autour des mis , et fait plnsieurs tintamares ; mais qooit pour cela les voilà logés à la place ([ill a perdue , le misérable I

Je d^re que vous voyiez le chapitre XLI èê Chemin de perfection de la bienheu- Rose mère Thérèse : car il vous aidera à bien entendre le mot que je vous ai dit si souvent , qu*il ne faut point trop pointiiler co l'eiercice des vertus ; qu'il y faut aller lûndement, franchement, naiVement, à iiTieitle françoise, avec liberté, à la bonne foi, fTOêêo modo. Cestque je crains Tes* prit de contrainte et de mélancolie. Non , ma chère fille ; je déiUre que vous ayez un cour large et grand au chemin de notre Seigneur , mais humble , doux , et sans dissolutions.

Je me recommande aux petites mais pé- Déirantes prières de notre Celse-Benigne ; et si Aimée conunence à me donner quelques petits souhaits je les tiendrai pour trè^cbers. Je vous donne, et votre cœur de Tesve, et vosenfans, tous les jours à notre Seigneur, en lui offrant son Fils. Priez peur moi , ma chère Glle , afin qu'un jour Bo« puissions nous voir avec tous les oints en paradis : mon désir de vous aimer et d'être aimé de vous n'a point de noindre mesure que l'éternité. Le doux Msm nous la veuille donner en son amour et dilection 1 Amen. Je suis donc et veux être éternellement tout entièrement vôtre a Jésus-Christ.

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