LETTRE LXXXIX
s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAMB L'ABBIHI
DU puits-d'orbb.
Il faut faire le bien avec Joie et sans se déOM»ger de ses dcfauls. Avis généraui sur 11 cidian des religieuses, sut les confesseurs eiltawAnaires, sur le maniement des pensions» sur les chapitres cl la charité mutuelle, sur la néccssiié et la manière de f ire revenir au monastère ki religieuses. Avis particulier A une abbesie §■ plusieurs points imporians.
Oui, ma fille, je vous le dis par écrit aussi bien que de bouche , réjouissez-vom tant que vous ))Ourrez en bien faisant; car c'est une double grdceaux bonnes oeuvres, d'être bien faites, et d'être faites joyeusement. Et quand je dis, en bien faisant, je ne veux pas dire que s'il vous arrive qudque défaut, vous vous adonniez à la tristesse pour cela : non , de par Dieu, car oe scroit joindre défaut à défaut, mais je veux dire que vous persévériez à vouMr bien faire, et que vous retourniez toujours au bien , soudain que vous connoltrez vous en être éloi.i^née , et moyennant cette fidé" lité , que vous viviez joyeuse pour le gé^ néral.
J'ai à vous dire , outre l'ancien écrit que je vous envoie , que vous devez tenir l0 cloître et le dortoir fermés aux honunet : ainsi la clôture s'en fera doucement.
Le concile de Trente ordonne à tous lef supérieurs et supérieures des monastères , qu'au moins trente fois l'année ils fassent confesser ceux qu'ils ont sous leurs charges, à des confesseurs extraordinaires; ce qui est grandement requis pour mille bonnes raisons. C'est pourquoi vous l'observerez, faisant venir quelque bon moine » ou quat
que bien dévot prêtre ^ auxquelles toutes aient à se confesser cette fois-là. Je vous ai dit la raison pourquoi toutes s'y doivent confesser, ce qui ne sera point grief à aucune; car celles qui voudront, ne se confesseront que d*un jour ou deux , s*étant préalablementconfessées ; et celles qui voudront pourront en user autrement.
Il feut que ce soit vous, ma fille bienaimée, qui ayez l'administration des pensions; mais députez une des dames, qui ait soin de tenir compte de ce qui s'en emploie.
Il sera à propos, dans vos petits chapitres , de recommander la mutuelle et tendre dilection des unes aux autres, et de témoigner que vous l'avez en leur endroit, mais particulièrement envers celle de laquelle vous m'écrivez, laquelle il faut, par charité, révoquer à une bonne et douce intelligence et confiance avec les autres. Je lui éois un petit mot.
Vous trouverez bien, crois-je, les premiers avis que je vous écrivis, il y a cinq ans, sur la façon avec laquelle vous deviez doucement réduire tous ces esprits à votre bon dessein. Vous y verrez beaucoup de dioees que, pour brièveté , je ne dirai pas maintenant.
Quantàcelle quiestabsente, ilfautécrire i elle ou à son frère , que , pour la plus grande gloire de Bien , le salut de vos âmes , Tédification du prochain et l'honneur de votre monastère, vous avez pris résolution avec toutes les sœurs religieuses, de vivre plus retirées dans votre maison qu'on n'a pas fait ci-devant ; que la chose étant si raisonnable et si honnête , vous ne doutez pas qu'elle ne s'y veuille ranger ; dont vous la conjurez et sommez par l'obéissance qu'elle vous a vouée , hors laquelle elle ne peut faire son salut; lui promettant qu'elle ne trouvera , ni en vous ni es autres , sinon m» douce et très-amiable conversation , laquelle seule, outre son devoir, peut la ( lenioiidre à une sainte retraite , et choses semblables. Si pour cela elle ne revient , il faudra l'arraisonner deux autres fois, avec ' des intervalles de trois semaines. Que si nfin elle ne revient, tous lui manderez qu'elle se détermine donc de n'être plus reçue, et d'être forclose de sa place. Mais je crois que ses parens la feront revenir; et étant revenue , vous la traiterez doucement ai avec pande patience.
Si j'oublie quelque diose, je le dirai à notre sœur, qui vous ira voir infailliblement , et elle vous chérit bien fort. Pour votre particulier, ne faites point faute de faire l'oraison mentale tous les jours , à la même heure qu'elle se fait au chœur, si vous ne pouvez y aller; et ce pour demiheure. Ne vous tourmentez pas, encore que vous ne puissiez pas avoir des sontimens aussi forts que vous le désireriez , car c'est la bonne volonté que Dieu requiert. Lisez tous les jours un quart d'heure dans des livres spirituels, et ce devant qu'aller à vêpres , ou avant de les lire quand vous n'y pourrez pas aller.
Vous vous coucherez tous les jours à dix heures, et vous vous lèverez à six. Quand vous serez contrainte d'être au lit, faites lire quelqu'une de temps en temps , selon votre commodité. Baisez souvent votrecroix que vous portez; renouvelez les bons propos que vous avez faits d'être toute à Dieu , immédiatement avant le coucher, ou en y allant, ou dans votre oratoire, ou ailleurs; et faites un plus grand renouvellement par demi-douzaines d'aspirations et d'humiliations devant Dieu.
Je vous donne pour votre spécial patron de cette année , le glorieux S. Joseph , et pour votre patronne , Ste Scolastique, soMir de S. Benoit , de laquelle vous trouverez beaucoup d'actions en sa vie , comme en celle de S. Benoît, dignes d'être imitées.
Voyez- vous, Ria très-chère et bonne fille, entreprenez de vous acquérir un grand courage au service de notre Seigneur; car, pour assuré , sa bonté vous a choisie pour se servir de vous, pourvu que vous le vouliez , pour le véritable rétablissement de sa gloire et celle des amcs. En votre maison, vous ne sauriez tenir un chemin plus assuré que celui de la sainte obéissance : c'est pourquoi je me réjouis grandement que vous y soyez aflectionnée , pour l'intention que vous me marquez ; mais ressouvenezvous donc bien de ce que je vous ai recommandé de la part de notre Seigneur, auquel je vous recommande, le suppliant, par sa mort et sa passion, qu'il vous comble de son saint amour, et vous rende de plus en plus toute sienne.
Pour moi , ma très-chère sceur, ma fille bien aimée, j'ai une volonté fort entière A Touadiériri honorer et aervir; et Jamais
LETTIUBS
rien ne m'âtera eette affection , puisque c*fîst en ce mémo 8auveur et pour lui que jf l*ui prise , éUint n janiui* votre humble ' frère et sorvitcuri ctc i
LETTRE Xa
s. FRANÇOIS DE SALES, A MADA3IE DECIIANTAL.
CAnfiaiice el foarolMlon de S. Francoii de Salof à \ê divine Providence.
ASBMf , le i nil INI.
Je reçus la semaine passée quatre lettres des vôtres, Tune du jour de PAques (^) , et les autres trois du 27 avril ; or, plutôt que de retarder davantage , je veux vous écrire tout à la hâte
Je vois ce que vous me dites de ces bon nés âmes , compagnes de vos désirs ; de vos désirs, dis-je, qui se forliflrnt et se rendent actifs dedans votre cœur. Hélas ! ma chère fllle, ils vous réveillent souvent Tesprit, à ce que je vois ; mais croyez bien aue celui que j*ai de conduire le tout à chef et à la gloire de Dieu m'excite aussi très-souvent. Or sus , je veux dire ce mot de vanteric plus souvent que vous, que je crois; mais no faut-il pas tout faire avec une diligence soigneuse , mais douce , mais tranquille , mais résignée! lié bien, j'espère que Dieu sera notre guide.
Et ne vous troublez point, ma fille , je TOUS prie, de ce que je vous écrivis Fautrc jour touchant la proposition qui se fait de me tirer moi-môme do ma terre et de mon parentage (H] , car rien ne se fera que de par Dieu ; et , de quelque côté que j'aille, sous sa conduite tout ira fort bien et pour vous et pour moi. Non , croyez-le bien, ma chère fille ; mais voyez-vous, n'en parlez à personne. Je vous dis tout, ce ne seroit pas sans répugnance s*il me falloit changer de logis j bien que je ne me sente nullement attaché qu*à quelques anics, d'un lien tout purement spirituel , Dieu merci : mais Dieu tiendra tout de sa main ; car, voyez- vous , ma chère fille , mon ame n'a point de rendez-vous qu'en cette providence do Dieu.
Mon Dieu , vous me l'avez enseigné dès ma jeunesse et jusqu'à présent; j'annoncerai vos merveilles (3).
(I) u S6 mar».
(I) Lonque S. Francoli écrtnt cette 1«ttie, OBtvotl parlé de le imbfeoHtr hon de m pairie.
(Ij paii«, doceUU ne i jm eetai# avâ el «ifne eue ; pifBVMiebo BlraMlle taa. n. ux, v. il
Adieu , ma ehère filto , teMi pour loat assuré que je pense fort aux soina de votre amo, la((iicile m'est chère, prédeuie et aimable comme la mienne propre t et je ne la tiens que pour une même. Dieu nous aime, ma chère filla, il sera toujours avea nous notre unique amour et notre oonfianea, 0 Dieu , que je désire du bien è votra m> prit , ma chèro fille 1 Notre*Darae ioit notro . dame et mattresse 1 je suia , etc. '
LETTRE Xa.
s. FiUNÇO» DS SALES, iNADAlUS W OHAIfTM»
GoDSidéraUon sur le iiint ieeremenL
Mon Dieu 1 que mon cœur est plein de choses pour vous dire, ma fille; car c'est aujourd'hui le jour do la grande fètc do l'Église, en laquelle portant le Sauveur è la procession , il m'a de sa grâce donné mille douces pensées, parmi lesquelles j*ai en peine de réprimer les larmes.
0 Dieu! je mettois en comparaison Iq grand prêtre de Pancicnne loi avec moi , et considérois que ce grand prêtre portoit xm riche pectoral sur In poitrine, orné de douze pierres précieuses , et en icelui se voyoîent les noms des douie tribus des enOans dlsraèfl : mais je trouvois mon pectoral blcB plus riche, encore qu'il ne fût composé que d'une seule pierre , qui est la perle orien«* taie que la mère forte conçut en ses chastes entrailles, de la bénite rosée du ciel; car, voyez-vous , Je tenois ce divin saer^ ment bien serré sur ma poitrine , et m'éloii avis que les noms des enfans d'Israèn étoient tous marqués en icelui , oui , les noms des filles spécialement, et le nom de l'une en* core plus.
L'épervier et le passereau de S. JosefA me revenoient en l'esprit , et me sembloft quej'élois chevalier de l'ordre de Dieu, portant sur ma poitrine le fils qui vit éter* nellement en la sienne. Ahl que j'eusse bien voulu que mon cœur se fût ouvert pour recevoir ce précieux Sauveur, comme fit celui du gentilhomme duquel je vous fis le conte! Mais hélas! je n'avois pas le ooih tcau qu'il falloit pour le fendre , car il ns se fendit que par l'amour , si ai-jo bien pourtant eu des grands désirs de cet amour, mais je dis pour notre oeeur
voilà ce qqe je vous puis dire Bonsoir, ma chère fille , vivez tout en bicu et pour Dieu. Je suis en lui infiniment le vôtre.
Poubliai liier de vous reprendre de quoi vous ne receviez pas en simpicitë la parole de Dieu, ain$ aviez des aversions qui vous la rendoient moins suave des uns que des autres. Oh^ l'humilité et douceur do l'amour de l'époux fait demeurer les épouses humblement et doucement attentives à re- .^evoir la sainte parole. Vive Jésus! ma «très-chère mère , en tout ce que nous sommes , selon l'unité qu'il a faite de nous,
LETTRE Xai.