‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 67 sur 450 · F1^C0|SDB SALES, AMADAMEDBGHANTAL · texte numérisé non relu

F1^C0|SDB SALES, AMADAMEDBGHANTAL

Sar le déUcfaemeiit qu'il faal «Toir pour les per- •oniiet même les plus chére«. Avis sur la distrihutu» du temps et remploi de la Journée» et sur plusieurs autres matières intéressant le salit

AaoMT, 8 |alB 1609.

Ce sera donc pour cette prochaine année, sli plaît à Dieu, que nous nous reverrons, m très-chère uUe ; mais cela infailliblelAent, et toujours aux fêtes do la Pentecôte, ou k celle du Saint-Sacrement, sans qu'il spj(be9oln d'attendre aucuneautre assignation, aCn qu'on s'y dispose de bonne heure. Et cependant qu'est-ce que nous ferons?

Nous nous résignerons entièrement et sans réserve à la booae volonté de notre Seigneur, et remettrons entre ses mains toutes nos consolatiops, tant spirituelles que temporelles. Nous remettrons purement et simplement à sa providence la mort et la vie 4ç tous les nôtres , pour faire survivre les ons aux autres , et à nous , selon son bon (daisir ; assurés que nous sommes que , pourvu que sa souveraine bonté soit avec nous, et en nous et pour nous, il nous suffit très-abondamment.

Que Je demandasse de vous survivre ?

Ob! vraiment, que ce bon Dieu en fasse eomme il lui plaira , ou tôt ou tard : ce ne sera pas cela que je voudrois excepter en mes résignations , si j'en faisois.

Mais, ce dites- vous, vous n'êtes pas encore détachée de cec6té-là. Seigneur Dieul qne dites- vous, ma très-chère fille? Vous puis-Je servir de lien , moi qui n'ai point de plus grand désir sur vous que de vous vdr en l'entière et parfaite liberté de cœur dateotantade Dieul llai9 |e vous entends

bien , ma chère fille : vous ne voulez pas dire cela ; vous voulez dire que vous pensez que ma surveillance soit à la £;Ioiro do Dieu , et pour cela vous vous y sentez affectionnée. C'est donc à la gloire de notre Seigneur que vous êtes attachée , non pas à ses créatures : je le sais bien , et en loue sa divine majesté.

Mais savcz-vous quelle parole je vous donnerai bien? c'est d'avoir plus de soin de ma santé dorénavant , quoique j'en aie toujours plus que je ne mérite; et, Dieu merci , ic la sens fort entière maintenant , ayant aosolument retranché les veillées du soir, et le^ écritures que j'y soulois faire, et mangeant plus è propos aussi. Mais, croyez-moi , votre désir a sa bonne part en cette résolution ; car j'affectionne en extrémité votre contentement et consolationi mais avec une certaine liberté et sincérité de cœur , telle que cette alfectign me semble une rosée, laquelle détrempe mon cœur sans bruit et sans coup. Et, si vous voulez que je vous dise tout, elle n'agissoit pas si suavement au cx)mmencement que Dieu ma l'envoya (car c'est lui sans doute) comme elle fait maintenant qu'elle est infiniment forte , et , ce me semble , toujours plus forte, quoique sans secousses ni impétuo* site. C'est trop dit sur un sujet duquel Je ne voudrois rien dire.

Or sus, je m'en vais vous nommer voa heures. Pour coucher, neuf, s*il se peut, ou dix , s'il ne se peut mieux : pour lever , cinq; car il vous faut bien le repos de seul à huit heures : l'oraison du matin è six heures, et durera demi-heure ou trois quarte d'heure; à cinq heures du soir , un peu dç recueillement pour un quart d'heure environ , et la lecture un quart d'heure , on devant ou après : au soir, demi-quart d'heure pour l'examen et la recommandation : parmi le jour, beaucoup de saintes aspirations.

J'ai pensé sur ce que vous m'écrivîtes, que M. N. vousavoit conseillé de ne point vous servir de l'imagination , ni de l'entendement, ni de longues oraisons , et que la bonne mère Marie de la Trinité vous'en avoit dit de même touchant t'imuginafion.

Et pour cela, si vous fuites quelque imagination véhémente, et que vous vous y arrêtiez puissamment, sans doute vous avez eu besoin de cette correçtlop j mais

81 vous la faîtes briève et simple, pour seulement rappeler votre esprit à l'attention , et réduire ses puissances à la méditation , je ne pense pas qu'il soit encore besoin de la du tout abandonner; il ne faut ni s'y amuser ni la du tout mépriser. Il ne faut ni trop particulariser, comme seroit de penser à la couleur des cheveux de Notre- Dame , à la forme do son visage , et choses semblables ; mais simplement en gros, que vous la voyez soupirante après son fils , et choses semblables , et cela brièvement.

De ne point se servir de l'entendement, f en dis de même : si votre volonté sans violence court avec ses affections , il n'est pas besoin de s'amuser aux considérations, mais parce que cela n'arrive pas ordinairement à nous autres imparfaits , il est force de recourir aux considérations encore pour un peu.

De tout cela je recueille que vous devez vous abstenir de longues oraisons, car je n'appelle pas longue l'oraison de trois quarts d'heure ou demi-heure ; et des imaginations violentes, particularisées et longues, car il faut qu'elles soient simples et fort courtes, ne devant servir que de simple passage de la distraction au recueillement ; et tout de même des applications de l'entendement, car aussi ne se font-elles que pour émouvoir les affections, et les affections pour les résolutions , et les résolutions pour l'exercice , et l'exercice pour l'accomplissement de la- volonté de Dieu, en laquelle notre ame se doit fondre et résoudre. Voilà ce que je vous en puis dire. Que si je vous avois dit quelque chose contraire, ou que vous eussiez entendu autrement, il la faudroit réformer sans doute.

J'approuve vos abstinences du vendredi, mais sans vœu , ni trop grande contrainte. J'approuve encore plus que vous fassiez ces ouvrages de vos mains comme le filer et semblables , aux heures que rien de plus grand ne vous occupe; et que vos besognes soient destinées ou aux autels, ou pour les pauvres; mais non pas que ce soit avec si grande rigueur que , s'il vous arrivoit de faire quelque chose pour vous ou les vôtres, vous voulussiez pour cela vous contraindre à donner aux pauvres la valeur; car il faut partout que la sainte liberté et franchise régnent, et que nous n'ayons point d'autre

loi ni contrainte que celle de ranumr» lequel , quand il nous dictera de faire quelque besogne pour les nôtres, il ne doit point être corngé comme s'il avoit mal fait, ni lui faire payer l'amende comme vous voudriez faire: aussi, à quoi qu'il nous convie , ou pour le pauvre , on pour le riche, il fait tout bien, et estég^enient agréable à notre Seigneur.

Je pense que si vous m'entendez bien » vous verrez que je dis vrai , et que je conh bats pour une bonne cause quand je défends la sainte et charitable liberté d'esprit , laquelle , comme vous savez , j*honoro singulièrement, pourvu qu'elle soit vraie et éloignée de la dissolution et du libertinage , qui n'est qu'un masque de liberté.

Après cela j'ai ri vraiment, et ai ri de bon cœur, quand j'ai vu votre dessein de vouloir que votre serge soit employée pour mon usage, et que je donne ce qu*elle pourra valoir aux pauvres , mais je ne m'en moque pourtant pas , car je vois bien que la source de ce désir est belle et claire , quoique le ruisseau soit un peu trouble. 0 Dieul mon Dieu me fasse tel que tout ce que j'emploie à mon usage soit rapporté à son service , et que ma vie soit tellement sienne que ce qui sert à la maintenir puisée être dit servir à sa divine majesté 1

Je ris , ma chère fille , mais ce n'est pas sans mélange d'appréhension bien forte de la différence qu'il y a entre ce que je suis et ce que plusieurs pensent que je sois. Mais bien que votre Intention vous vaille devant Dieu, j'en suis content pour une pièce: mais qui me l'estimera à sa juste vaieurf car , si je voulois rendre aux pauvres son prix selon que je l'estimerai , je n'aurcMS pas cela vaillant, je vous en assure. Jamais vêtement ne me tint si chaud que celui-là, duquel la chaleur passera jusqu'au cœur ; et ne penserai pas qu'il soit violet , mais pourprin et écarlatin , puisqu'il sera , ce me semble , teint en charité. Or sus donc soit dit pour une fois : car sachez que je ne fais pas toutes les années faire des habits, mais seulement selon la nécessité ; et pour les autres années , nous trouverons moyen de bien loger vos travaux selon votre désir.

Ce n'est pas encore tout : ce dessoin m'a donné mille gaies pensées ; mais je ne veux vous en dire qu'une , que jo faisois le joiir

DE S. nUNÇOIS DE SALES.

ÎK

dfè roctare du Saint^Sacrement (4 ) , le portant à la dernière procession. Je vousdres^ sois, ce me semble , bien de la besogne à filer , et sur une brave quenouille.

Voyez-vous, j*adorois celui que je porlois, et me vint au cœur quec'étoitle vrai Agneau de Dieu , qui été les péchés du . monde (2). 0 saint et divin Agneau, cediioia-je , que j*étois misérable sans vous ! Béliffi ! je ne suis revêtu que de votre laine, laquelle couvre ma misère davant la face de votre Père. Sur cette cogitation , voici . baïe qui dit que notre Seigneur en sa passion étoit comme une brebis que l'on tond sans qu'elle dise tno((3). Et qui est cette divine toison , sinon le mérite , sinon les exemples, sinon les mystères de la croix? Dme semble donc que la croix est la belle quenouille de la sainte épouse des cantiques, de cette dévote Sunamite; la laine de rinnocent agneau y est précieusement fiée, ce mérite , cet exemple , ce mystère. Ormettezavec révérence cette quenouille i votre côté gauche, et filez continuellement par considérations, aspirations et bons exercices , je veux dire , par une lainte imitation, filez, dis-je, et tirez dans le fuseau de votre cœur toute cette blanche et délicate laine : le drap qui s'en fera vous couvrira et gardera de confusion au jour de votre mort; il vous tiendra chaud dans rhiver ; et comme dit le sage , vous ne traindrez point le froid des neiges (i). Et c^est ce que le même sage a peut^lre pensé quand, louant cette sainte ménagère, il dit qa*eUe porta sa main à choses hariies, et ses doigts prirent le fuseau (5). Car qui sont ces choses hardies qui se rapportent au fuseau , sinon les mystères de la passion filés par notre imitation? Là-dessus je vous souhaitai mille etmille bénédictions, et qu*à ce grand jour du jugement nous BOUS trouvassions bien revêtus, qui en érêquey qui en veuves, qui en mariées, qui en capucins, qui en jésuites, qui en vignerons , mais tout d'une même laine Manche et roug^ , qui sont les couleurs de Tépoux.

(I) Utjil*.

(1) meem •fBM Dtl, mm q«l tolUt pMMta oraadl. J«aii.

(I) QmsI •fffti* oorani tondeato m obmotescet. If. c uii. ? . 7.

(4) Koo ilaebit donal tua à frtroribiu nifls. PaoY. c uu. V. il.

(I) ItMai «MB BibU êâ rorila . «I dif III ^u tfff*- Itriai fMM. Fft«*. %. naut f • te.

Voilà, ma cbère fille , ce que j'avois au cœur pendant que j'avois en mes mains l'agneau même de la laine duquel je parle. Mais , il est vrai , vous me venez presque toujours à la traverse en ces exercices divins , sans néanmoins les traverser ni les divertir, grâces à ce bon Dieu. Fais-jo bien, ma chère fille, de vous dire mes pensées? Je pense qu'au moins je ne fais pas mal^ et que vous les prendrez pour telles qu'elles sont.

Or, ces désirs de vous voir éloignée do toutes ces récréations mondaines , comme vous dites^j»e4)euvenL être que bons, puisqu'ils ne, vous inquiètent point ; mais ayez patiencef, nous en parlerons l'année sui* vante, si Dieu nous conserve ici-bas. Gela sulïïra bien ; et aussi n'ai-je point voulu vous répondre à ces désirs de s'éloigner de sa patrie, ou de servir au noviciat des filles qui aspirent à la religion : tout cela, ma chère fille, est trop important pour être traité sur le papier ; il y a du temps assez. Cependant vous filerez votre quenouille , non pas avec ces grands et gros fuseaux, car vos doigts ne les sauroient manier, mais seulement, selon votre petite portée : l'humihté, la patience, l'abjection, la douceur de cceur, la résignation, la simplicité, la charité des pauvres malades, le support des fâcheux, et semblables imitations, pourront bien entrer en votre petit fuseau ; et vos doigts les manieront bien en la conversation de Ste Monique, de Ste Elisabeth, de Stc Liduvine, et plusieurs autres, qui sont aux pieds de votre glorieuse abbesse , laquelle, pouvant manier toutes sortes de fuseaux, manie plus volontiers ces petits, à mon avis, pour nous donner un exemple.

Hé bien, c'est assez, pour ce coup, parlé de la laine de notre agneau immaculé ; mais de sa divine chair, n'en mangeronsnous pas un peu plus souvent ? Oh, qu'eue est suave et nourrissante t Je dis que, se pouvant commodément faire, il sera bon . de le recevoir un jour de la semaine , le : jeudi entre le dimanche, sinon que quelque fête se présentât à quelque autre jour parmi la semaine ; cela pourtant sans bruit, sans incommoder nos affaires , sans lais* ser de filer non plus l'une que l'autre quenouille.

Je me réjouis de voir les bons pères capucins en votre Autun; car j'efl^ière que

LKVTtIBS

Dieu eti sera glorifié, l'ai reçu une lettre que le frère Muthieu m'a eiiToyée de Tho* Don I où ila'eBlarrétû

Je ne siiis où eât notre monsieur l'arche* vèque (4) (do Bourges) : vous me ferez le bien do lui envoyer ma lettre. Je l'honore de toute retendue de mes forces, et ne se pabse aucune célébration en laquelle je no le recommande à notre Seigneur. On m'avoit dit qu'il avoit obtenu un prieuré proche de ce diocèse , c'est Nantua ; mais je n'entt^nds plus rien Ce bon père (i), ca bon onde (3), tout cola m'est bien avant au cœur, et leur aouhailo tout cah que je puis de ^ace céleste , et à ces petits enfans, que jo tiens pour miens, puii>qu'il8 sont vôtres ; Dieu soit leur protecteur A Jamais, et do Celse-Denigne (i), duquel je n'ai rien appris il y a long-temps ; mais Claude m'en dira quelque chose à son retour.

Reste ma petite sœur, de laquelle il faut que jo parle. Je ne révoc[Ue point en douto ai je vous la dois donner, ou non ; car outre mon inclination, ma mèro le veut si fort, qu'elle lo veut avec inquiétude dès qu'elle a su que cotte fille ne vouloit pas élro religieuse ; si que, quand je ne lo voudrois pas, il fuudroit que jo le voulusse. A cet eflet , je vous ai envoyé trenlo écus par Lyon, tant {)0ur la dé|K?nse qui sera nécessaire à l'envoyer prendre, qu'à faire ses petits honneurs avec les filles qui servent madame l'abbesse, avec lesquelles cUo n'aura pas tant demeuré sans les beaucoup incommoder. Or commo cela se doit faire, je ne lo saurols deviner. Il faut, je vous en prie, ma chère Ûlio, quo vous preniez le soin d'en ordonner commo il convient. J'ai bien un peu d'appréhension quo madame votre abbesse ne s'en fâche ; mais il n*y a remède : si n'étuit-il pas raisonnablo de laisser si londonien t dans un monaslero une fille qui n'y veut pas vivro touto sa vie.

Lt avec vous, ne ferai-je point quoique petite cérémonio pour vous remettre ce fardeau sur les bras Y Jo vous assuro que cela no seruit pas en mon f)ouvoir ; mais oui bien do vous supplier, mais je dis conjurer, et s'il se peut dire quelque chose de

(1) André Fré nlol. frJm de madnme de Chantai.

(2) Bénigne Frémiot , président à mortier ao ptrienent éê Itourgofne.

(S) Claude Frémiot.

(4) CNI laflU de Dadanv d« ChaattL

plus, que vmi» nyec A nié nuirquer fanit ce qui sera requis pour l'éqtiiper et tenir équipée à votre guise , comme les princesses d'Espagne font quand on leur donne dos filles i)Our menlnes (4) : car cela, je le veux, el très-absolument; voire jusqtl*à lui faire porter un chaperon de drap, si cela appartient à vos livrées. Vous voyez bien, ma chère fille, que je ne suis pas en mes mauvaises humeurs , mais à bon escient je vous conjure. Il faut, Je veut, et, si lo sujet le portait, je commanderois quo vous me marquiez tout ce qu'il faut pOUr cette fille-là : je dis pour soft équipage, puisque, quant au râtelier, il n'eft faut pas parler ; autrement vous m'en diriez mille maux , je le sais bien. J'éeris à M. votre bcftU'i)èro pour le supplier d'avoir agréable la faveur que vous me voulez faire, mais la vérité est qu'en termes de belles paroles Je n'y entends rien : vous le stippléerez s'il vous platt.

Mais ne triomphez-vous pas quand vous m'imposez silence sur vos secrets? Vraiment ce n'est pas moi , ma chère fille, qui ai dit à M. N. quo vous étiez ma fille : il me lo vint dire tout d'abord, comme chose qfie je devois recevoir fort à gré ; et aussi fis-je. Gomme aussi co quo M. de N. me dit, que vous n'étiez i)oint pompeuse , et que vous ne portiez point de vertugadift, et que vous no pensiez pas à vous remarier; mais cela me fut dit si naïvement, ma chère fille, quo je lo crois Et puis vous me défendes de dire vos secrets après que tout le monde les sait. Or birn je ne dirai mot de vos besognes, ni de l'emploi que vous en voulez faire, car à qui, je vous prie, le dirois-jo?

J'aime bien votre petite cadette, puisque c'est un esprit angélique, commo vous mo dites.

Je savois déjà le départ du bon pèro N., ce qui m'avoit fâché ; car il ne sera peutêtre pas aisé de rencontrer Uo esprit si sortablo à votre condition que celui-là. Il me semble que nous nous rencontrions fort bien presque en toutes clioscs. Mois, au bout de là, notre chère liberté d'esprit romédio à tout. On m'a dit qu'en sa place est arrivé un grand i>crsonnai;e des premiers prédicateurs do Franco, mais que jo

(l) Menins. tnmiiies.en espairnol fnenino»,c*ttUA-tHrê mlirtiAnt on hTorta. Ce sont de Jeanea eufana de qoaliié qa'ua met euprèa des pilficcf pcnr éirê ét«Téa «Tee etik.

DE S. FRiUlCMS DE SALES.

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M MnMis mie par mu nom qui est grand et plein de réputation.

Je partirai d*ici à dix jours pour contiiltier ma yiéite cinq mois entiers parmi foutes nos montAgnes , où les bonnes gens m'attendent avec bien do l'afTection. Jo me conserverai tant qu'il me serii possible, pour l'amour de moi, que Je n'aimo que trop, et encore pour l'amour de vous qtii le Voulez, et qui aurez part A tout ce qui «*jr fera de bon, comme vous avez en général en tout ce qui se fait en mon diocèse, selon le pouvoir que j'ai par ma qualité de le etenffluniquer. Mon frère le chanoine (1) toua vouloit écrire; je ne sais s'il le fera. Os pmivre garçon n'est point un bienfait do ftanté : il se traîne tant qu'il peut, avec plus de cœur que de force. 11 pourra se reprendfe pour un peu auprès de sa mèro, pendant qtie Je sauterai de rochers en rochers mr nos montagnes. J'ai écrit à madame du K., de laquelle je n'ai point de nouvelles il y a long*temps : j'entends que ses filles Mmiûrent aprbs leurs carmélites, où elles tie peuvent atteindre, et perdent coeur à la perfection de leur monastère, laquelle elles tMmrroient aisément procurer : c'est l'ordinaire.

H. de N. m'a promis qu'il viendroit avec vous, et seroit votre conducteur, et qu'il Itoit été nourri auprès de vous , et cela me plalt fort : comme aussi ce que vous m'écrirez de Tâmour réciproque de notre sœur de Dijon et de vous; car je la tiens pour tme femme bien benne , brave et franche, ie suis aussi consolé de ce que ces bonnes dames carmélites vous affectionnent , et Vmidrois bien savoir d'où est la bonne sœur Marie do la Trinité. J'en connois de celles de l^aris , et révèro bien fort leur Ordre.

A Dieu, ma chère fille, A Dieu soyons* Bous & jamais , sans n'serve , sans intermission ! au*à jamais il vive et règne en nos cœurs! Amen. Vive Jésus, ma chère fille, et qu'à jamais vive Jésus ! Amen.

Les octaves de Pentecôte et de la Félo- Dieuont été miennes, ma chère fille ; mois seulement pourdcmeurcr ici,ctnon paspour y avoir aucun loisir : de ma vie , que j'aie mémoire , je n*ai été plus occupé à diverses choses , mais bonnes : jo dis ceci pour

^) JMa Fraiifoli d« Sal«, prérM da rhtplira de BtinU nNr»deeiStf«,q«lfM4fHm de CtBètv •»!«• MA a%ff .

m'excuser si jo ne voutf écris pas pioa amplement.

J'oubiioisdo vous prier dem'envdyer, le plus iài que voua pourrez, des chansons spirituelles que vous avez de delà ; faitesmoi ce bien , je vous prie , ma chère flllo , pour l'amour do Diou , qui vous veuiUo bénir et conserver éfiernellcment. Amen*

LETTRE Xail.

a. PAANÇOIS DE SALES A MADAXB OB CUAnCTAI..

Il l'instniit commmt il fabC iopporter aree pk* UenM les déiultUonit les K^nébrei et impulilances tpiriifefllefi de (|uelle roaDiére on peut eion doii fréifuenter les hérciiques.Tranquilliié intérieure de ntfirc saint parmi les traverses : la pureté ei la selidité de son amitié pour le monde, où il dil qu'oo veut Télevor.

#9jaln leoÉ.

Non, de par Dieu, ma très-chère fille, non , je ne serai point en peine , je ne craindrai point, je ne douterai point pour vos impuissances y ni pour lo mai qui est dans votre tétc. Je ne suis pas si tendre maintenant : les douleurs do l'enfantement me sont passées; qu'estrce que je puis craindre de vous à cette heure? Non. je ne sais quoi qui me répond en bien ae Tétat do votre ame.

(4) Rachcl , ne pouvant avoir des enfans, donna on mariage , pour la seconder , à son mari , la bonne fille Bdla ( en ce temps-là il étoit permis d'avoir plusieurs femmes , pour multiplier le peuple de Dieu) : et Bala cnfantoit sur les genoux de Rachel , dont Rachel prenoit les enfans à soi , et les tenoit pour siens; si que Bala sa seconde n'en a voit plus de soin , au moins elle n'en avoit pas le plus grand soin.

0 ma fille , il me semble que je vous ai une bonne fois enfantée sur les genoux de la belle Rachel , de notre très-chère et sacrée abbesse : elle vous a prise à soi ; pour moi , je n'en ai plus le soin principal. Deroeui'cz là sur ses genoux , ou plutôt hum« blcment prosteméoà ses pieds. Voilà la première raison pour laquelle Je ne crains point.

L'autre raison , c'est qu'il n'y a rien à

(1) CsrnMM llaobtl fiAd inrosmoda mml... lii marito sno... : Habeo... fainulam Bala: lii(tr*dera ad lllam. nt parlai tu|ier «mai niM, M liabMv «i illâ llloa. l»edit qat 1111 Bala hi ceajailaïa. qaa, fnfraaaa ad aa flio, ceplt at peperii lliaia. Gaaas. o. xxx, v. l,aiau

LETTRES

craindre. A la mort de notre doux Jésus (4), il se fit des ténèbres sur la terre. Je pense que Magdeleine, qui étoit avec madame TOtre abbesse , étoit bien mortifiée de ce qu'elle ne pouvoit plus voir son cher Seigneur à pur et à plein; seulement elle Pentrevoyoit sur la croix. Elle se relevoit sur ses pieds, fichoit ardemment ses yeux sur lui ; mais elle n'en voyoit qu*une certaine blancheur pâle et confuse ; elle étoit néanmoins aussi près de lui qu'auparavant.

Laissez faire , tout va fort bien : tant de ténèbres que vous voudrez, maiscependant nous sommes près de la lumière ; tant d'impuissances qu'il vous plaira, mais nous sommes aux pieds du Tout-Puissant. Vive Jésus I que jamais nous ne nous séparions de lui, soit en ténèbres, soit en lumière.

Vous ne savez pas ce que je pense sur ce que vous me demandez des remèdes. C'est que je n'ai point souvenance que notre Sei- Deur nous ait commandé de guérir la tète de la fille de Sion , mais seulement son cosur. Non , sans doute , il n'a jamais dit : Parlez à la tête de Jérusalem, maisoui bien. Parlez au cour de Jérusalem (2). Votre cœur se porte bien , puisque vos résolutions y sont vives. Demeurez en paix , ma fille , vous avez le partage des enfans de Dieu. Bienheureux sont ceux qui ont le cœur net y car ils verront Dieu (3) , il ne dit pas qu'ils le voient, mais qu'ils le verront.

Mais un petit mot de remède. Courez dans les barrières, puisqu'on lésa mises; vous ne laisserez d'em^iorter la bague , et plus sûrement. Ne vous efforcez point , ne vous mettez point en peine vous-même , puisque vous me parlez comme cela : après les pluies, le beau temps (i). Ne soyez pas si jalouse de votre esprit. Eh bien ! sur des nouvelles scabreuses, il ressent du troublo : ce n'est pas grande merveille qu'un esprit d'une pauvre petite veuve soit foibleot misérable. Mais que voudriez- vous qu'il fût? quelque esprit clairvoyant , fort, constant, et subsistant? Agréez que votre esprit soit

(I) î^xtà borà tenebra ficlc luni snper anlvenam l«rnm osqufl ad uonam boram... Et rirca horam nonani... Jeftu* , Iteram clamaoi Toce mainà , emisil ipiritani. Matth. c xxtii, ▼. M. «te.

(t) LoquImlDl ad cor JeruMlem. et adTocale etm. quo- Biani cifuipifta eat maliiU cjus, dimisaa eslloiquilai II-

1109. IS. c. XL, T. 1.

(3) Bcall raando corde, quonlam Ipsl Deum videbuaL llATTa. c. ▼, T. s.

(4) Poat telnpe^UltelD . iranqulllum facii : et potl lacry- ■atloDem ai flétan , exeliaUoMm lafiUMlia , Mna larael. ToB. 0. lu, r. iS.

assortîssant à votre condition : tm esprit de veuve , c'est-à-dire vil et abject de tout* objection, hormis celle de l'offense de Dien.

Je vis dernièrement une veuve à la suite du saint sacrement ; et où les autres porloient de grands flambeaux de cire blan che , elle ne portoit qu'une petite chandelle que peut-être elle avoit faite, encore le vent réteignit : cela ne l'avança ni recula du saint sacrement , elle no laissa d'être aussitôt que les autres à l'église. Ne soyez point jalouse , encore une fois, vous n'avei pas seule cette croix.

Mais , mon Dieu ! commcncerois-je par là à vous parler de moi, puisque vous le désirez? C'est la vérité, hier, tout le jour et toute cette nuit , j'en ai porté une pa* reille , non pas en ma tête , mais en mon cœur ; mais maintenant elle m'est ôtée par la confession que je viens de faire. Il est vrai, hier tout le jourj'avois une volonté si impuissante, que je crois qu'un ciroo l'eût abattue. Or sus ; mais encore, quand vous auriez toute seule une croix à part, qu'en seroit-cc? Elle en vaudroit mieux, et par la rareté en devroil être plus chère. Mon bon S. Pierre ne voulut pas que la sienne fût pareille à celle de son maître; U la fit renverser : il eut la tête en terre, et le cœur au ciel en mourant.

Servez- vous du peu de lumière que vous avez (1), dit notre Seigneur, jusqu'à œ que le soleil se lève. On ne vous a pas encore ouvert la porte ; mais par le guichet vous voyez la basse-cour et le frontispice du palais de Salomon : demeurez là , il ne messied point aux veuves d'être un petit reculées. Il y a une troupe d'honnêtes gens qui attendent aussi bien que vous : il est raisonnable qu'ils soient préférés. Cependant n'avez-vous pas vos petits ouvrages à faire en attendant? Suis-je point trop dur, ma fille? au moins je suis véritable. Passons outre ; j'ai pou de loisir ; car c'est le jour de notre grande fête S. Pierre (â).

Je vous dis que vous pouviez voir les huguenots ; je dis maintenant : oui, voyezles , mais rarement ; et soyez courte avec eux , néanmoins douce et reluisante en humilité et simplicité. Le fils (3) de votre

(1) Adbae modicam lumen In Tobli eat : ambolale dùB

Incem habctis. Jokn. o xii, f . S8.

(t) S. Piorre est le pairun de la cathédrale de Geoèfii (9) S Anfutin . flia de aainie Moniqoe, que S. Fcufiolf

■99«lto U BallMM* da maduw de ChaoUI.

ttresse écrivoit un jour à la déne , sa bonne fille spirituelle , et •esque ces paroles : a Soyez avec iques simple et gracieuse comme mbe à leur parier , ayant cornle leur malheur ; soyez prudente e serpent à bientôt vous glisser 3ur compagnie, aux rencontres , sionS) et encore par manière de rare visite. » C'est co que je vous

i fille, j'approuve que vous marlouvements intérieurs qui vous tée aux imperfections et défauts, e cela ne vous inquiète point, însées, il n'est pas requis de s'alles qui ne font que passer ; mais à celles lesquelles, comme font ij vous laisseront leurs germes is dans leurs piqûres, vais vous dire en quatre mots ose de moi. Je voudrois que vous tout entièrement, pourvu que fections ne vous scandalisent, re départ je n'ai cessé de receraverses et grosses et petites; n cœur, ni mon esprit , n'a nultraversé , Dieu merci. Jamais ivité, plus de douceur, jusqu'à s nuages le couvrirent ; et maine je reviens de la sainte messe, rein et clair.

en partie ce que vous désiriez îst-à-dire, pour la réserve des [uises au corps et à l'esprit; je es jours mieux , Dieu aidant : au ai la volonté.

us dirai rien de la grandeur de en votre endroit ; mais je vous qu'elle demeure bien loin aux)utc comparaison : et cette afblanclie plus que la neige , pure ) soleil : c'est pourquoi je lui ai !^nes pendant cette absence , la irir de son effort. Oh 1 cela ne se seigneur Dieu 1 quelle consolael à s'entr'aimer en cette pleine irité, puisque ces ruisseaux en at.

latrc jours que j'ai reçu à l'église ssion un gentilhomme de vingt comme le jour, vaillant comme lauveurde mon amcl quelle joie saintement accuser ses péchés ,

et , parmi le discoorsdlceax, faire ime providence de Dieu si spéciale , si particulière à le retirer par des mouvemens et ressorts si secrets à l'œil humain , si relevée , si admirable I il me mit hors de moi-même. Que de baisers de paix que je lui donnai !

De deux côtés j'ai des nouvelles que l'on me veut relever plushaut devant le monde, l'im suivant le billet que je vous lus dans la galerie de votre salle , Tautre de Rome. Ma réponse est devant Dieu. Non , ne doutez point , ma fille : je ne ferais un clin d'œil pour tout le monde ; je le méprise de bon cœur. Si ce n'est la plus grande gloire de notre Dieu, rien ne se trouvera en moi. Mais tout ceci entre le père et la fille : point plus loin, je vous en prie. Et à propos de fille, je ne veux plus dans vos lettres autre titre d'honneur que celui de père : il est plus ferme, plus aimable, plus saint, plus glorieux pour moi.

Que je serai heureux si je puis servir M. votre oncle (4) un jour l car je le chéris d'un cœur par/ait. Je salue M. votre beaupère (2) avec sincérité , et lui offre mon service. Je souhaite mille grâces à vos petits et petites, lesquels je tiens pour miens en notre Seigneur : ce sont les paroles du fils de votre maltrese, écrivant à Iialica, sa fille spirituelle. Je prie notre Seigneur de vous agrandir en son amour. A Dieu , ma très-chère fille; à ce grand Dieu, disje , auquel nous nous sommes voués et consacrés, et qui m'a rendu pour jamais , et sans réserve , tout dédié à votre ame , que je chéris comme la mienne, ains que je tiens pour toute mienne en ce Sauveur qui nous donnant la sienne, nous joint inséparablement en lui. Vive Jésus 1

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