‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 69 sur 450 · VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

VILLAGEOISE

envoyé à S. François de Sales, commaniqqé w lui à madaioe de Chaulai.

(Tirée 4a k via da Salât, par Gh.-Aaff. da SalMj

MiaUlaltML

Monseigneur, puisqu'il vous platt savoir / l'histoire de la bonne Marraine, je tâcherai de la raconter le mieux qu*il me sera possible Elle étoit fille de Pierre Boutay , dit Cody , marchand de sel et de fer, bourgeon et habitant de La Roche, et de Margueri^ Daragon. On lui donna au baptême le non de Pernette (c'est-à-dire Pétronille). Son père la laissa en mourant sous la conduite de sa mère, qui l'instruisit soigneusement et sincèrement dans tous les exercices de 11 piété chrétienne ; c'est pourquoi dans sa JMnesse elle conçut le désir d'être religieuse, maisses parons et olliésne voulurent poiaty ■ ^ donner leur consentement . en effet la nature ne lui avoit pas donné assez de forea pour supporter les rigueurs de la religiop.

Ayant donc atteint Tâge de vingt ans, elle fut mariée à Pierre du Mugnal d'Arenlon, ^ qui avoit levé boutique de toutes sortes de merceries à La Roche, mais principalement de draperie : elle vécut toujours trés-saintement aveclui. Quoique son mari fût assez fâcheux, elle entretenoit en la maison li piiix et la concorde. Elle avoit la chai^ de ^ toutes les alTiaircs domestiques , dont elle s'acquittoit fort bien ; elle ét^ût soigneuse, r prévoyante, jamais oisive, très-libérale en- r vers les pauvres, toujours de bonne Intel* :: ligencc avec ses parens et ses voisins Z

Elle entendoit tous les jours la messe', quoique l'église fût fort éloignée : elle ne 3 manquoit à aucune prédication , et après I lesavoirentendues^elleenredisoitlespri»' ^

DE S. FR4nÇQlJS DE SALES. *^

cipeles choses à ses domestiques, louant les vertus, et exhortant à fuir les vices. Elle ieânoit exactement tons les vendredis ; les jours des veilles, des quatre-temps et de caièmey ellenemangeoit que du pain et des légumes, et ne buvoit de vin que la moitié de son verre : si elle avoit plus soif, elle ne buvoit que de Tcau. Jamais elle ne s'assit à table chez elle. Elle visitoit les malades, et •asistoit aux enterremens autant qu'il lui étoit possible.

Elle enseignoit le catéchisme et la piété i ses serviteurs, leur payoit leur salaire arec toute sorte de justice et d'équité, et étoit trè^-obéissante à son mûri, et trèshui|i|))Q.

Elle se confessûit et communioit tous les mois une fois, et bien souvent de quinze en quinze Jours, avec une grande prépalation. Elle récitoit Ip cl^apelet tous les Jours, non-seulement une, mais trois ou quatre fois. Elle aimoil et honoroit beaucoup les vierges et les personnes chastes.

Elle a porté le cordon de S. François à gros nœuds sur sa chair toute nue, même au fit, l'espace de vingt ans, dentelle étoit tout éeorchée.Elleselevoit du lit toutes les nuits inné certaine heure avec sa seule chemise, nii en hiver, soit en été, sous le bon plaisir de son mari, avec lequel elle couchoit d'oriioaire, et prfoit Dieu de la sorte, ou médiloit Tespace d'une heure.

Si par hasard elle n'avoit pas la commodité d'entendre la messe, elle s'enfcrmoit dus son cabinet, et là prioit Dieu l'espace it deux heures. Presque tous les ans elle fidsoit un pèlerinage à Saint-Claude, et en- Toyoit souvent de bonnes aumônes aux frère^ mineurs de rObservancc, d'Annecy et deQuses. Quand son mari étoit absent, elle eonclioît si)r la paille ou bien sur une couverture de gros drap. Elle parloit presque toujours des quatre fins de l'homme, et parloit fort souvent à son mari sur l'incertitude de l'heure de la mort.

Enfin, il faudroit que j*cmployasse bien do temps si je voulois raconter les actions de sainteté que cette bonne femme a faites devant les hommes ; car, pour les autres œuvres de piété qu'elle a faites devant Dieu seulement, il n'y a personne qui puisse Ifê raconter. Elle cachoit de telle sorte ses belles vertus, qu'il fut toujours fort difflcile de les remarquer Jusqu'au pre-

mier dimanche de juin (Oi selon que nous autres laïques avons coutume de compter, c'est-à-dire, Jusqu'fiu quatrième jour, où elle s'en alla à l'église paroissiale d'Amancy, tenant une petite croix dpns ses mains. Étant déjà fort foiblc, elle sy confessa et conununia.

Les deux iours suivants (2) , lundi et mardi, elle fit moudre quatorze coupes de froment, et mit à part neuf quarts de fèves et de pois et une grande quantité de sous de Savoie; et mit un trè&-bon ordre à tout le reste des aflaires de la maison.

Le mercredi (3) ellq commença à parler de sa mort, et prédit qu'elle ^rriveroit le neuvième du mois, à cinq heures du soir; son mari et tous les doniestiques croyoient qu*elle révoit. Elle vcrulut aller à l'église pour recevoir rextréme-OQCtion, mais, outre qu'elle étoit fort foible, son mari le lui défendit, Elle le pri^ néanmoins de faire faire sa bière , ce qu'il lui refusa, et il ne lui permit plus de sortir de la maison. Alors elle lui dit : Mon enfant (car c'est ainsi qu'elle l'appelolt, je ne vous ai Jamais été désobéissante, je ne veux pas l'être sur la fin de ma vie ; mais Je vous prie bien fort de faire faire ma bière à présent que vous en avez le loisir; car si vous attendez à demain, vous vous plaindre; du temps; et lui ne faisoit que rire de tout cela. Cependant la nuit arriva , et durant toute cette nuit elle ne fit qne répéter toutes les prédications qu'elle avoit entendues depuis trente ans, avec admiration de tous les assistans.

Le jour étant venu (i), elle se mit à genoux pour prier Dieu avec son livre d'heures; et étant retournée au lit par le commandement de son mari, elle fit un long discours sur les peines et les travaux que la glorieuse vierge Marie Notre-Dame avoit soufferts, tant en élevant son divin enfant, qu'en Egypte et autre part. Elle tira ensuite de son coffre le linceul dans lequel elle vouloit être ensevelie ; et ayant appelé son fils et ses deux filles, elle leur dit plu sieurs belles choses touchant la crainte et l'amour de Dieu, la charité envers le prochain, et le soin des choses domestiques; après quoi elle donna sa bénédiction maternelle.

(i)4l«ki.-Ci)itif|ita. — mviiti. (4)ijiio,

Son mari vouloit faire venir les médecins de Genève ; mais elle eut horreur à ce seul nom , et lui dit : Plût à Dieu que ces médecins n'eussent jamais mis Le pied dans votre maison ! car ils sont ennemis de Dieu. Elle dîna avec son mari, prenant du vin autant qu'il en peut tenir dans le creux de la main. Après dîner, son mari devant aller à La Roche pour des affaires , elle lui montra tout ce qu'elle avoit préparé et disposé, lui persuada de doter la chapelle d'Âmancy, comme il vous Ta promis, monseigneur, et de faire faire des habits d'église; disant qu'il falloit amasser des trésors dans le ciel(\\ et n avoir plus de goût pour les choses qui sont sur la terre^ mais en prendre pour celles qui sont audessus de nous (2).

Elle vouloit toujours aller à l'église, mais il le lui défendit de nouveau en s'en allant. Elle fut visitée par le curé d'Amancy (3), auquel elle demanda Textrèmeoncticn; ce que toutefois il ne lui accorda pas , ne croyant pas qu'elle fût si malade.

Elle fut encore visitée par sa sœur Nicole, qui vouloit demeurer auprès d'elle ; elle lui dit : Ma sœur, allez- vous-én; vous avez des affaires à La Roche , et vous êtes plus malade que moi ; nous nous verrons bientôt en paradis , avec l'aide de Dieu.

Le sieur François, chirurgien, arriva aussitôt et lui appliqua les ventouses sur les épaules ; pendaut ce temps-là elle perdit la parole et jeta force larmes. Alors le sieur curé pria le sieur Christophe du Monet, vicaire de l'église de La Roche (qui étoit présent), d'aller promptement prendre les saintes huiles : la bonne femme, entendant cela, dressa la tète et leva les yeux au ciel. Son mari revint avec le sieur vicaire, pleurant à chaudes larmes; et la malade ayant reçu le sacrement do l'extrême-onction, et tenant l'image du crucifix entre ses mains, les yeux levés au ciel, rendit doucement son esprit à Dieu, selon qu'elle avoit prédit, le neuvième jour de juin à cinq heures du soir; et alors il fallut bien se hâter de faire la bière.

Elle devint plus belle après sa mort

(I) TbeMiiiliaia Tobli Ui«MiirM In cœlli. Matti. c. ti.

T. ffO.

(t) Qa« fnrtùB ivot ftplto, Mft qa» MV«r ttfiiB.

qu'elle n'avdt été durant ta vie ; mm corps ne rendit point de mauvaises odeurs. Son mari étant fort riche lui Ût faire de belles funérailles, et donna de bonnes et grosses aumônes à cinq cents pauvres. Sa vie fut de quarante-huit ans.

La Nicole , sa sœur , après avoir reçu les sacremensde pénitence, de l'eucharistie et de l'extrème-onction, dans la mèma ! église de La Roche, rofiice deschanoineB ; étant achevé , expira , comme elle lui avoit ' prédit , un jeudi , le 4 5 du môme mois. !

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