‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 70 sur 450 · LETTRE XCVI · texte numérisé non relu

LETTRE XCVI

S. PBARÇOIS OB SALES, A MAIIAMI

DB CIIANTAL. :

Idée da léle et de U vigUance d'un paittar dt ' l'Egliie. Sainieie d'une viUageoise. Peines inl^ rieurrs ; eut de vicUme ; n'en point denands la délivrance, mais lei aou ITrir avec réiigniliw L'aïuour pour Dieu doit être trét-par.

Am OQBiieMtaeBt d*aoit IIML j

Mon Dieu 1 ma bonne fille , que vos let- très me consolent , et qu'elles me repré- •: sentent vivement votre cœur et confiaBee ■ en mon endroit 1 mais avec une si puis ' pureté , que je suis forcé de croire que oels vient de la main de Dieu. "

J*ai vu ces jours passés des monts épouvantables, tout couverlsd'une glace épaisM de dix ou douze piques de haut ; et les habi* tants des vallées voisines me dirent qu'i berger , allant pour recouvrer une si< vache , tomba dans une fente de dooM piques de haut , en laquelle il mourut geli. 0 Dieu ! ce dis-je , l'ardeur de ce berger étoit-clle si chaude à la quête de sa vache, que cette glace ne Tait point refroidie l Ehl pourquoi donc suis-jo si lâche à la quête de mes brebis? Certes, cela m'attendrit la cœur , et mon cœur tout glacé se fondit ancunement.

Je vis des merveilles en ces lieuz-là : les vallées étoient toutes pleines de maisons « ' et les monts tout pleins de glaces jusqu'aa fond. Les petites veuves et les petites villageoises , comme basses vallées , sont si fer- ' tiles : et les évoques , si hautement élevés en l'Église de Dieu , sont tout glacés. Ah 1 . ne se trouvera-t-il pas un soleil assez fort pour fondre celle qui me transit?

A mémo temps on m'apporta un recueit de la vie et de k mort d'une sainte vîllap

la^

geoîse de mon diocèse, laquelle étoitdéeédéeau mois de juin. Que vouIicz>vous que je pensasse là-dessus*^ Je vous en cn- Teirai un jour un extrait; car , sans mentir, il y a je ne sais quoi de bon en cette petite histoire d'une femme mariée, et qui étoit , de sa grâce , de mes amies , et m'amt souvent recommandé à Dieu.

Je Tiens de parler pour vous à notre Seigneur en la sainte messe , ma très-chère ille; et certes je n'ai pas osé lui demander ibsdument votre délivrance ; car s'il lui plattd'écorcher l'oiTrande qui lui doit être frésentée , ce n'est pas à moi de désirer qu'il ne le fasse pas : mais je l'ai conjuré et c<Nijnre , par cette si extrême déréliction par laquelle il sua le sang , et s'écria sur la croix : Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi wfoi^u délaissé (4)? qu'il vous tienne iMijoars de sa sainte main , comme il a fut jusqu'à présent, bien que vous ne sadiiez pas de quel côté il vous tient , ou au noins que vous ne sentiez pas. Certes , mus ferez bien de regarder simplement Mtrç Seigneur crucifié , et de lui protester loire amour et absolue résignation , toute lèche » aride et insensible qu'elle est, sans fMis amusera considérer ni examiner votre Bal , non pas même pour me le dire.

Enfin, nous sommes tout à Dieu, sans réierve, sans division,sans exception quelccnque, et sans d'autre prétention que de rboDneur d'être siens. Si nous avions un aeal ttet d'affection en notre cœur qui ne Ht pas à lui et de lui , ô Dieu 1 nous Tarracherîons tout soudainement. Demeurons donc en paix , etdisonsaveclé grand amou- Kux de la croix : Ju demeurant, que nul WM# tienne inquiéter ; car ^ quant d moi , J0 portt en mon coeur les stigmates iemanJéêUê (2). Oui , ma très-chère fille, ri BOUS savions un seul brin de notre cœur qui ne fût pas marqué au coin du crucifix , loos ne le voudrions pas garder un seul mommit. A quel propos s'inquiéter? Afon •SM, êipêre en Dieu : pqurquoi es-tu hiiie^ et pourquoi me troubles-tu (3) , puisque Dieu est mon Dieu , et que mon eoeor est un cœur tout sien? Oui , ma trcs-

MW, ■tqtid d«reliqiilitl me? Hatth.

.VBVB. T. M.

■Ihi BolMtM ftlt ; «go eDim tUflo «orport BM porto. Ab Cal. g. ti ,

f.ST.

chère fille, priez pour celui qui incessam ment vous souhaite mille bénédictions, et la bénédiction des bénédictions, qui est son saint amour parfait.

LETTRE XCVn.

s. FRANÇOIS DE SALES, A MADAMB DE CnANTAL.

Du soin que les érêqnes doivent prendre de leail

onailles.

Août 1606.

Ma très-chère fille, croyez-moi; Dieu sera glorifié en votre voyage et venue (4) , d'autant que c'e^t lui seul qui dispose , et m'a été les empéchcmens que je voyois naguère devant mes yeux pour le faire sitôt. Riais avant que vous partiez , demandez la bénédiction à M. d'Autun , s*il se ixîut avec permission de vous prévaloir des indulgences qui vous seront octroyées où vous passerez , par les évéques : bien que cela n^soit pas fort nécessaire, si est-il bon. Venez, venez donc, ma tres-chèrc fille; que votre bon ange soit toujours joint à vous, pour vous heureusement amener.

Vous serez consolée do voir ma |x'lilesso en maison, en train, en tout, et do voir notre bel oflice ; car en cela mon chapitre excelle. A Dieu donc , ma très-chère fille , jusqu'à ce temps-là; et en ce temps-là , et en rétemité à Dieu soyons-nous , cl à Dieu sans plus, puis^quc hors de lui et sans lui nous ne voulons rien , non pas mOme nou.-imémes , qui aussi bien , hors de lui et sans lui , ne sommes que de vrais riens.

Je sai$ que vous n*avez |)as besoin d'autres connoissanccs i)Our être consolée, que de celle de Dieu , laquello vous trouverez indubitablement ici , où il attend les pécheurs à pénitence, et les {)énilens à sainteté, comme il fait aussi en tous les cndroitsdu monde ; car je l'ai même rencontré plein de douceur et de suavilé parmi nos plus hautes et âpres montagnes, où beaucoup de simples âmes le chérissoient et adoroient en toute vérité et sincérité , et les chevreuils et chamois couroient çà et là parmi les effroyables «places pour annoncer ses louanges : il est vrai que, faute de dévotion , je n'entendois que quelques mots de leurs langages ; mais il me sembloit

(1) Htdiao do Ckaolil m dlipsutt à voiOr à AsMtf ToIrtofStatéTéfie.

LETTRES

bien qu*ils disoient de beHes choses. Votre S. Augustin les eût bien entendus , 8*il les eût vus.

Mais , ma chère fille , ne vous dirai-je pas une chose qui me fait frissonner les entrailles do crainte , chose vraie ? Devant que nouft fussions tiU pays des glaces ^ environ huit jours » un pauvre berger couroit çà cl là sur les glaces , pour recouvrer une vache qui s'étoil égarée ; et , ne prenant pas garde à sa course, il tomba dans une crevasse ol fcnto de glaces de douze piques de profondeur. On ne savoit ce qu'il éloit devenu , si son chapeau , qui , à sa chute , lui tomba de la tète et 8*arrèta sur le bord de la fcnto, n*cût marqué le lieu où il étoit. 0 Dieu ! un de ses voisins se fit dévaler avec une corde pour le chercher, et le trouva non-seulement inort, mais presque tout converti en glace ; et en cet élat il l'embrasse , et crie qu'on le retire vilement, autrement qu'il mourra du gel. On le tira donc avec son mort entre ses bras, lequel après il fit enterrer.

Quel aiguillon pour moi , ma chère fille 1 Ce pasteur qui court par des lieux si hasar • deux pour une seule vache ; cette chute si horrible que Tardeur de la poursuite lui cause , pendant qu'il regarde plutôt où est sa quête , et où elle a mis ses pieds , que non pas lui-même où il chemine ; cette charité du voisin qui s'abîme lui-même pour ôter son ami de l'abime. Ces glaces ne devroient-elles pas ou geler de crainte , ou brûler d'amour? Mais je vous dis c^ par une impétuosité d'esprit; car, au demeurant, je n'ai piis beaucoup de loisir de vous entretenir. Vive Jésus, et en lui toutes choses I C'est lui qui m'a rendu irrévocablement et inviolablemcnt votre, etc«

LETTRE XCVm.

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