FRANÇOIS DE SALES, A MADAlll DE CnANTAL
il faut travailler areo courage à son Mlitet à ta
{»erreciion, soil dans iei consolatloD», «oit daDi es iribulalions. Ce que c'est que l'abje^'lon; sa diiïérenre avec l'huinilité ; en quel sens en dit qu'il faut l'aimer. Vouloir changer d'état e^. •»! grand obslacle à la perrection. Avis sur la eo.'duite que les parons doivent tenir relativement i la vocation de leurs enfans pour un état, soit dans le monde, soit hors du flMBdA, et sttff l'édacêtion qui doit le» y coodaire. Avii lur Im
tentations; ne pai trop y réfléchir. DlM vnt être plus aimé qoe cralnU
ulaofttilBi.
Dieu me veuille assister , ma très-chère fille, pour répondre utilement à votre lettre du 9 juillet. Je le désire infiniment; mais je prévois bien que je n'aurai point assez de loisir pour engoncer mes pensées ; ce sera beaucoup si je les puis pro» du ire
C'est bien dit, ma fille, parles avec moi franchement, comme avec moi , c'eslà - dire avec une ame que Dieu , dt son autorité souveraine , a rendue UNU0 vôtre.
Vous mettez un peu la main à l'oeufrei ce me dit es- vous : eh mon Dieu 1 que voilà une grande consolation pour moi ! Faites toujours cela, mettez un peu la main à l'œuvre ; filez tous les jours quelque pea » soit le jour a la lumière des goûta et clartés intérieures, soit do nuit, à la lueur de la lampe , et parmi les impuiseancee A stérilités.
Le Sage loue d&cehi la femme forte : Sm doigts , dit-il , ont manié le futeau (I). Que je vous dirai volontiers quelque choM sur cette parole 1 Votre quenouille i c'est Pâmas de \'0S désirs : fiiez tous les jouniin peu , tirez à poil vos desseins jusqu'à Teiécution , et vous en chevirez sans dovle. Mais gardez de vous empresser ;'car voiB entorlilleriez votre fil à nœuds» et eraba^ rassericz votre fuseau. Allons toiyours; pour lentement que nous avancionSi noes ferons beaucoup de chemin.
Vos impuissances vous nuisent bew* coup; car, dites-vous « elles vous ganlpot de rentrer en vous-même et de vous approcher de Dieu. C'est mai parler , seei doute : Dieu nous laisse là pour sa gloiie et notre grand profit. Il veut que notre misère soit le trône de sa miséricorde, et nos impuissances le siège de sa toute puissance. Où est-ce que Dieu faisoit résider la force divine qu'il avoit mise en Samson, sinon ea aes cheveux, la plus foiblo partie qui fûtea lui? Que je n*oie plus ces paroles d'une fille qui veut servir son Dieu selon son divin plaisir et non selon les goû ts et agilités eensÀbleft» Çu'ilme tue, ûiiidb,feipihretaien lni%
(1) liltltl i^uf appnlModtniai fimn. PaovaaB. «. jtan
(1) lUamsl oeoMorlt bm, la Ipso ifiitW. te. » ÎA V. il.
Non , ma fille , ces impuissances ne vous empêchent pas de rentrer en vous-même ; mais elles vous empêchent bien de vous plaire en vous-même.
Nous voulons toujours ceci et cela ; et, quoique nous ayons notre doux Jésus sur notre poitrine , nous ne sommes point contens ; et néanmoins c*est tout ce que nous pouvons désirer. Une chose nous est nécessaire , qui est d*être auprès de lui.
Dites -moi, ma chère fille, vous savez bien qu'à la naisssvicc de notre Soigneur les bergers ouïrent les chants angéliques et divins de CCS esprits célestes , TEciiture le dit ainsi ; il n'est pourtant point dit que Notre-Dame et S. Joseph , qui étoient les plus proches de Tcnhint , ouïssent la voix des anges, ou vissent ces lumières miraculeuses; au contraire, au lieu d*ouïr ces anges chanter, ils oyoicnt Tenfant pleurer, et virent, à quelque lumière empruntée de quelque vile lampe , les yeux de ce divin garçon tout couverts de larmes, et transissant sous la rigueur du froid. Or, je vous demande, en bonne foi, n'eussiez -vous pas choisi d'être en Tétable ténébreux et plein des cris du petit poupon, plutôt que u'étre avec les bergers à pamor de joie et d'allégresse à la doui^eur de cotte musique céleste , et à la beauté de cette lumière admirable.
Oui'dà , dit S. Pierre, t7 nous est bon titre tct(l), à voir la transfiguration; et C'est aujourd'hui le jour qu'elle se célèbre en TËglise, le6 août : mais votre ubbcssc (3) n'y est point, ains seulement sur le mont du Calvaire, où elle ne voit que des morts, des clous, des épines, des impuissances, des ténèbres , des abaudonnements et défélictions
C'est assez dit , ma fille , et plus que je ne voulois sur ce sujet déjà taqt discouru entre nous : non plus, je vous prie. Aimez Dieu cnicifié par les ténèbres; demeurez auprès de lui ; dites : // fiiesi bon (Tétre teî : faisons-y trois tabernacles , Tun à notre Seigneur, l'autre à Notre-Dame , Tau- Ire à S. Jean. Trois croix sans plus ; rangez- >ous à celle du Fils , ou à colle de la Mère , tolre abbesse ; ou à celle du disciple : partout vous serez bien reçue avec les autres iltode votre ordre, qui sont là tout autour.
(19 tMMfe ftrt M* felO iMI. VAttl. 0. zvo, ?. I,
Ci}UMiiiiêVtent.
Aimez votre abjection. Mais, dites-vous, qu'est-ce cela, aimez votre abjection? car j'ai l'entendement obscur et impuissant à tout bien. lié bien, ma (ille, c'est cela , si vous demeurez humble, tranquille, douce, confiante parmi cette obscurité et impuissance; si vous ne vous impatientez pas , si vous ne vous empressez point, si vous ne vous troublez potnt pour col.i ; mais bien que de bon cœur, je ne dis pî)S j^aioment , mais je dis franchement et fermement, vous embrassiez cette croix et demeuriez en ces ténèbres, vous aimerez votre abjection. Car qu'est-ce autre chose être abject, qu'être obscur et impuissant? aimoz-vous comme cela , pour l'amour de celui qui vous veut comm(; cela , et vous aimerez votre propre abjection.
Ma fille, en latin l'abjection s'appelle humilité , et l'humilité s'appelle abjection , si que quand Notre-Dame dit: Parce qu*il a regardé V humilité de sa servante (1), ^ elle veut dire, parce qu'il a eu égard à mon abjection et villité. Néanmoins il y a quelque differenco entre la vertu de l'humilité et l'abjection , parce que l'humilité est la re connoissance de son abjection : or le haut point de l'humilité, c'est non-si»ulcment , connoître son abjection , mais l'aimer ; et c'est cela à quoi je vous ai exhortée.
Afin que je me fasse mieux entendre, sachez qu'entre les maux que nous souffrons, il y en a des abjects et des honorables ; plusieurs s'accommodent aux maux honorables , peu aux abjects.
Exemple : Voilà un capucin tout déchiré et plein de froid , chacun honore son habit déchiré, et a compassion de son froid ; voilà un pauvre artisan , un pauvre écolier , une pauvre veuve , qui en est de même ; on s'en moque , et sa pauvreté est abjecte.
Un religielix souffrira patiemment une censure de son su|)érieur, chacun appellora cela mortification et obédience : un gentii* homme en souffrira une autre pour l'amour do Dieu, on l'appellera couardise; voilà une vertu abjecte , une soufirance méprisée. Voilà un homme qui a un chancre au bras , un autre au visage : celui-là le cache et n'a que le mal ; celui-ci ne peut le cacher, et avec le mal il a le mépris et l'ab jection Or, je dis qu'il ne faut pas seule* ment aimer le mal , mais aussi l'abjectiott.
(1) IMpèxll kumUilatMi taeïilm «ul\ L.o. «^ i, v. «!•
LETTRES
De pljd, il y a des vertus abjectes et des vertus honorables. Ordinairement la patience, la douceur, la mortification, la simplicité parmi les séculiers , ce sont des vertus abjectes : donner Faumône , être courtois et prudent, seul des vertus honorables.
Il y a des actions d'une môme vertu , qui sont abjectes , les autres honorables. Donner Taumônc et pardonner les ofTenses, sont des actions de charité ; la première est honorable , et Tautre est abjecte aux yeux du monde-
Je suis malade en une compagnie qui s'en imporutne : voilà une abjection con jointe au mal. Déjeunes damo-s du monde, me voyant en équipage do vraie veuve , disent que je fais la bigote, et, me voyant rire, quoique modestement , elles disent oue je voudrois être encore recherchée; on ne peut croire que je ne souhaite plus d'honneur et de rang que je n'ai , que je n'aime pas ma vocation sans repentir : tout cela sont des morceaux d'abjection. En voici d'autre sorte.
Nous allons, mes sœurs et moi , visiter les malades ; mes sœurs me renvoient à la Visitation des plus misérables , voilà une abjection selon le monde; elles me renvoient visiter les moins misérables, voilà une abjection selon Dieu; car cette visitatien selon Dieu est la moins digne, et l'autre selon le monde. Or j'aimerai l'une et l'autre quand elle m'écherra. Allant aux plus misérables, je dirai : C'est bien dit que je sois ravalée. Allant aux moins misérables : Cestbien dit, car jen*ai pas assez de mérites pour faire une visiU'tion plus sainte.
Je fais une sottise , elle me rend abjecte;
bon. Je donne du nez en terre , et tombe
. en une colère démesurée ; je suis marrie de
rofTense de Dieu , et bien aise que cela me
déclare abjecte et misérable.
Cependant, ma fille, prenez bien garde à ce que je m'en vais vous dire. Encore que nous aimions Tabjection qui s'ensuit du mal , il ne faut pourtant pas laisser de remédier au mal. Je ferai ce que je pourrai pour ne point avoir le chancre au visage ; mais, si je l'ai, j'en aimerai l'abjection. Et en matière du péché, il faut encore tenir cette règle : je me suis déréglée en ceci , en cela : j'en suis marrie, quoique j'embrasse de bon cœur l'abjection qui s'ensuit ; et si Tuo se pouvoit séparer de l'autre, je gar-
derois chèrement l'abjection , et ôterois le
mal et péché.
Encore faut-il avoir égard à la charité , laquelle requiert quelquefois que nous ôtions l'abjection pour l'édification du pro* cliain ; mais en ce cas-là il la faut ôter des yeux (lu prochain , qui s'en scandaliseroit, mais non pas de notre cœur, qui s'en édifie. J'ai chaisi, dit le prophète, d'élre ah* jrct en la maison de Dieu^ plutôt queShor biter es tabernacles des pécheurs (4).
Enfin, ma fille, vousdésirez savoir quelles sont les meilleures abjections. Je vous dis que ce sont celles que nous n'avons pas choisies, et qui nous sont moins agréables; ou , pour mieux dire , celles èsquelles nous n'avons pas beaucoup d'inclination ; mais pour parier net, celles de notre vocation et profession.
Comme , par exemple , cette femme mariée choisiroit toutes autres sortes d'abjections que celles de l'exercice du mariage; cette religieuse obéiroit à toute autre qu'à sa supérieure ; et moi , je soufTrirois plutôt d'être gourmande d'un supérieur en religion que d*un beau-père en même maison (2).
Je dis qu'à chacun son abjection propre est la meilleure , et notre choix nous ôta une grande partie de nos vertus. Qui me fera la grâce que nous aimions bien notre abjection , ma chère fille? Nul ne le peut, que celui qui aima tant la sienne , que pour la conserver il voulut mourir. C'est bien assez.
Vous trouvant plongée en l'espérance de penser d'entrer en religion , vous eûtes peur d'avoir contrevenu à l'obéissance; mais non , je ne vousavois pas dit que vous n'en eussiez nulle espérance ni nulle pensée ; oui bien , que vous ne vous y amusassiez pas , parce que c'est chose certaine qu'il n'y a rien qui nous empêche tant de nous perfectionner en notre profession que d'as* pirer à une autre ; car, au heu de travailler au champ où nous sommes , nous envoyons nos bœufs avec la charrue ailleurs au champ de notre voisin, où néanmoins nous ne pourrons pas moissonner cette année ; et tout cela est [une perte de temps ; il est impossible que, tenant nos pensées et
(1) EloRi abjectuf efie In domo Del mel , naf li qakm habllare In tabernacalii peccatoram. Pt. ulxxiii, t. t.
(I) Madama d« Cbantal demeoroU atM It pèn 4» §m ■tri, •! y «it bWMMp ëa ehagiii.
ispérances d'an autre côté , nous puissions ucn bander notre cœur à la conquête des 'ertus requises au lieu où nous sommes, (on , ma fillo , jamais Jacob n'aima bien Ja pendant qu'il souhaita Rachel; et enez cette maxime , car elle est très-véitable.
Mais, voyez- vous , je ne dis pas qu'on ï*Y puisse penser et espérer ; mais je dis |u'on ne s'y doit pas amuser, ni emj^loyer )eaucoup de ses pensées à cela. Il est pernis de regarder le lieu où nous désirons l'aller, mais à la charge qu'on regarde oi^ours devant soi. Croyez-moi, jamais es Israélites ne purent chanter en Babyone, parce qu'ils pensoient à leur pays ; et IK», je voudrois que nous chantassions partout.
Mais vous me demandez queje vousdise si je ne pense pas qu'un jour vous quittiez tout à fait et tout à plat toutes les choses de ce monde pour notre Dieu , et que je ne TOUS le cèle pas , ains que je vous laisse cette chère espérance. 0 doux Jésus ! que vous dirai-je, ma chère fille? Sa toute bonté sait que j'ai fort souvent pensé sur ce point, et que j'ai imploré sa grâce au saint sacrifice et ailleurs; et non-seulement cela, mais j'y ai employé la dévotion et les prières des autres meilleurs que moi. Et qu'ai-je appris jusqu'à présent? Qu'un jour , ma Rlle , vous devez tout quitter -, c'est-à-dire , afin que vous n'entendiez pas autrement que moi , j'ai appris queje vous dois conseiller un jour de tout quitter. Je dis tout : mais que ce soit pour entrer en religion , c'est grand cas ; il ne m'est encore point arrivé d'en être d'avis , j'en suis encore en doute , et ne vois rien devant mes yeux qui me convie à le désirer. Entendez bien , pour Tamour de Dieu : je ne dis pas que non , mais je dis que mon esprit n'a encore su trouver do quoi dire oui. Je prierai de plus en plus notre Seigneur , afin qu'il me donne plus de lumière pour ce sujet , afin que je puisse voir clairement Toui , s'il est plus à sa gloire , ou le non , s'il est plus à son bon plaisir.
Et sachez qu'en cette enquête je me suis tellement mis en l'indifférence de ma propre inclination pour chercher la volonté de Dieu , que jamais je ne le fis si fort; et néanmoins l'oui ne s'est jamais pu arrêter en mon coeur » si que jusqu'à maintenant
je ne le saurois dire ni prononcer : et le non , au contraire , s'y est toujours trouvé avec beaucoup de fermeté.
Mais parce que ce point est de trèsgrande importance , et qu'il n'y a rien q^\ nous presse , donnez-moi encore du loisir et du temps pour prier davantage , et faire prier à cette intention , et encore faudrat-il , avant que je me résolve, que je vous parle à souhait, qui sera l'année prochaine, Dieu aidant ; et, après tout cela , encore ne Youdrois-je pas qu'en ce point vous pnssiez entière résolution sur mon opinion, sinon que vous eussiez une grande tran* quillité et correspondance intérieure en icelle. Je vous la dirai bien au long , le temps en étant venu ; et si elle no vous donne pas du repos intérieur , nous emploierons l'avis de quelque autre , à qui Dieu peut-être communiquera plus clairement son bon plaisir.
Je ne vois point qu'il soit requis de se hâter ; et cependant vous pourrez vousmême y penser , sans vous y amuser et perdre le temps : car , comme je vous dis , encore que jusqu'à présent l'avis de vous voir en religion n'a su prendre place en mon esprit, si est-ce que je n'en suis pas entièrement résolu , et quand j'en serois tout résolu, encore ne voudrois -je pas contester et préférer mon opinion , ou à vos inclinations, quand elles seroient fortes en ce sujet particulier (car partout ailleurs je vous tiendrai parole à vous conduire selon mon jugement, et non selon vos désirs ) , ou au conseil de quelques personnes spirituelles que l'on pourroit prendre.
Demeurez , ma fille , toute résignée es mains de notre Seigneur; donnez-lui le reste de vos ans , et le suppliez qu'il les emploie au genre de vie qu'il lui sera plus agréable. Ne préoccupez point votre esprit par de vaines promesses de tranquillité , de goût , de mérite ; mais présentez votre cœur à votre époux , tout vide d'autres affections que son chaste amour ; et le suppliez qu'il le remplisse purement et simplement des mouvemens , désirs et volontés q^ui sont dedans le sien , afin que votre cœur, comme une mère perle, ne conçoive que de la rosée du ciel , et non des eaux du monde ; et vous verrez que Dieu vous aidera , et que nous ferons prou et au choix et à l'exécution.
LETTHES
Quant à nos petites (4), j'approuve que vous leur prépariez up lieu dedans des monastères , pourvu que Dieu prépare dedans leur cœur un lieu pour le monastère:
c'est-à-dire., j'approuve que vous les fassiez nourrir es monastères , en intention de les y laisser , moyennant deux conditions : Tune , que les monastères soient bons et réformés , et èsquels on fasse profession de l'intérieur : l'autre que le temps de leur profession étant arrivé , qui n'est qu'à seize ans , on sache fidèlement si elles s'y veulent porter avec dévotion et bonne volonté; car , si elles n'y a voient pas affection , ce seroit un grand sacrilège de les y enfermer.
Nous voyons combien les filles reçues contre leur gré ont peine de se ranger et résoudre : il faut les mettre là-dedans avec des douces et suaves inspirations ; et si elles y demeurent comme cela , elles seront bien heureuses , et leur mère aussi , de les avoir plantées dans les jardins de l'époux , qui les arrosera de cent mille grâces célestes Dressez-leur donc ce parti tout bellement et soigneusement ; j'en suis bien d*avis.
Mais quant à notre Aimée (^ , d'autant qu'elle vout demeurer on la tourmente et tempête du monde , il faut , sans doute , avec un soin cent fois plus grand , l'assurer en la vraie vertu et piété ; il fimt beaucoup mieux fournir sa barque de tout l'attelage requis contre le vont et l'orage ; il faut lui planter creusement dans son esprit la vraie crainte de Dieu , et l'élever es plus saints exercices de dévotions.
Et pour notre C. B. (3) , je m'assure que M. son oncle aura plus de soin de l'éducation de sa petite ame que de celle de son extérieur. Si c'étoit un autre pncle, je dirois que vous en eussiez le soin vous-même, afin que ce trésor d'innocence ne se perdit. Ne laissez pas pourtant de jeter dans son es|yit des douces et suaves oJeurs de dévotion, et de souvent recommander à M. son oncle la nourriture de son ame . Dieu en fera à son plaisir, et il faudra que les hommes s'v accommodent.
Je ne vous saurois dire autre chose pour Tappréhension que vous avez de votre mal, ni pour la crainte des impatiences à le
(I) Ut flllM cadettet de madame de Cbanlal.
(1) La fllle aînée de madame de CbanUI.
(B) Cala^-AcnlffM, It «tét MdtB* 4t GtekMk
souffrir. Ne vous did-je pas , la preniïère fois que je parlai à vous de votre ame , que vous appliquiez trop votre considération à ce qui vous arrive de mal et de tentation; qu'il ne falloit le considérer que gros 0 modo ; que les femmes et les hommes aussi quelquefois font trop de réflexions sur leurs maux ; et que cela entortilloit les pensées l'une dans l'autre, et les craintes et tes désirs , dont l'ame se trouve tellement embarrassée qu'elle ne s'en peut démettre ?
Vous ressouvient-il de M. N. , comme son esprit s'étoit entortille et entrelacé es vaines crainte sur la (in du carême , et que cela n'a été nullement utile? Je vous supplie, pour rhonneur de Dieu , ma fille, ne craignez point Dieu , car il ne vous veut faire nul mal : aimez-le fort , car il vous veut faire beaucoup de bien. Allez tout simplement à l'abri de nos résolutions , et rejetez les réflexions d'esprit que vous faites sur votre mal , comme des cruelles tentations.
Que puis-je dire pour arrêter ce flux de pensées en votre cœur? Ne vous mettet point en peine de le guérir , car cette peine le rend plus malade. Ne vous eflbrcez point de vaincre vos tentations , car ces efforts les fortifîeroient ; méprisez-les , ne vous y amusez point. Représentez  votre imagination Jésus-Christ crucifié entre >'0S bras et sur votre poitrine , et diles cent fois en baisant son côté : C'est ici mon e.-péranco , c'est la vive source de mon bonheur, c'est le cœur de mon ame , c'est l'ame de mon cœur ; jamais rien ne me déprendra dd ses amours (4) ; je le tiens , et ne le lâcherai point (2) qu'il ne m'ait mise en lieu d'assurance. Dites-lui souvent : Que puis-je atoif sur la terre , ou que préiends-je au ciel $ sinon vous j 6 mon Jésus ? f^ous ête$ H Dieu de mon cœur et r héritage que J9 désire éternellement (3). Que craignezvous, ma fille? Oyez notre Seigneur qui crie à Abraham et à vous aussi : Ne craini point , je SUIS ton protecteur (4) Que
(1) Qui DOS teparablt à charliate Chrlitif Roii. o. vnl T. S5.
(S) Tenoleom, nec dlmitlaio Ca^tic. c. mi. t. 4. KoB dimittam ta , dooee benedixeris mihl. GBivn. e>