‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 79 sur 450 · LETTRE CXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXV

s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAMB DE ClUNTAL.

Témoignage d'auiilté.

Juin ICOT.

Je pense que maintenant yous étee a> rivée en votre maison , ma très-chère £lie ;

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car voic' justement l'octave de votre d^ part : cl je m'en vais par celle lettre et on esprit vous revoir, pour demander des nouvelles du succis de votre voyage. Vous étes-vous bien portée, ma chère fille? Avezvous point rencontré notre Sauveur en chemin? car il vous attendoit partout. Si avez jo n'en doute nullement. Je Ten al supplié fort souvent, quoique fort froidement, selon mon ordinaire misère ; mais particulièrement à la sainte messe, et en notre exercice du soir (I), aux liUiniesde notre chère Dame et Maîtresse , jo vous ai recommandée et fait recommander à tous nos prêtres, afin de suppléer à mon insuffisance.

Hier, ma chéro fîlle , jo fus si consolé en la grand'messe, voyant que Ton chantoit en musique , ^t quelqu*un mange de ce pain , i7 vivra étemeUement (2) ; et on lo répétoit souvent. ODieul (me vint-il dans lo cœur ) peut-être maintenant môme cette fille le mange. Là-dessus un certain accroissement (respérancc pour vous répandit une suavité bien grande en tout mon esprit. Oui , ma très-bonne fille , il les faut espérer fort assurément , que nous vivrons étcr- Do.lement. Et notre Seigneur, que feroit-il de sa vio éternelle , s'il n'en donnoit point aux pauvres petites et chétives âmes?

Notre bon père Bonivard partit hier, qui, par une pure rencontre do sentiment , approuve infîniment le choix que j'ai fait pour vous. Pour moi , jo le sens toujours plus ferme en mon ame : et puisque , après tant de considérations , de prières et de sacrifices , nous avons fait nos résolutions , ne permettez point à votre cœur de s'appliquer à des autres désirs; mais, bénissant Dieu de rexcellence des autres vocations, arrêtez-vous humblement à celle-ci plus basse et moins digne , mais plus pro* pre à votre suflîsance , et plus digne de votre petitesse. Demeurez donc simplement en cette résolution, sans regarder ni à droite ni à gauche.

Or sus, ma fille, je suis pressé, et faut queje ferme cette lettre. Je me porte bien. Je m'essaierai do garder ma santé , et do

(1/ n rtfil Mtt ddote d« la prière da loir, qa« le lalnt fréqte faiioit publiquennf ut en m maUun arec «es ufflfirn prêtres el mi antrei domestiques , al on l'on récitott lea ll\aaiaa de la aaloie Vierge.

LETTRES

devenir afTectionné du service de notr6

connnun maître. Tout ce que vous aimez ici se porte bien. Mais, mon Dieu ! ma chère fille , tenez votre cœur au large , reposez-le souvent entre les bras de la Providence divine. Courage, courage, Jésus est nôtre : qu'à jamais nos cœurs soient à lui. Il m'a rendu, ma chère fille , et me rend tous les jours plus , ce me semble , au moins plus sensiblement, plus suavement, du tout, en tout, et sans réserve , uniquement , inviolablement vôtre , mais vôtre en lui et par lui, a qui soient honneur et gloire aux siècles des siècles, et à sa sainte Ûère. Amen.

I\ecommandez-moi à votre bon ang^ et a notre sainte Mère.

LETTRE CXVl.

&• FRANÇOIS DE SALES, A MAPAïf DE CnAPTrAL.

ExceUenee et avantages da chemin de la enlx moyen d'y marcher en «Muraoca»

VJunietiMt.

0 mon Dieu 1 que je désire votre consolation , ma chère fille ! Cela s'entend song le bon plaisir do sa divine majesté : car s'il vous veut sur la croix , j'y acquiesce* Et vous aussi, ma bicn-aiméc fille, non pas? Oui, sans doute. Mais les croix de Dieu sont-elles pas douces et pleines de consolations? Oui, pourvu que Ton y meure, comme fit le Sauveur. Or sus , mourons-y donc, ma chère fille, s'il est expédient. Ne nous fâchons point de nos tempêtes et des orages qui parfois troublent notre coeur , et nous ôtent notre bonace. Moriifionsnous jusqu'au fin fond de notre esprit : et pourvu que notre cher esprit de la foi soit fidèle, laissons renverser toutes choses, et vivons en assurance. Quand tout mourroit en nous , pourvu que Dieu y vive , que nous en doit-il chaloir? Allons , allons , ma chère fîlle, nous sommes en bon chemin. Ne regardez ni à droite ni à gauche : non celui-ci est le meilleur pour nous. Ne nous amusons point à la considération de la beauté des autres; mais saluons seulement ceux qui passent par iceux, et disons-leur simplement : Dieu nous conduise à nous revoir au logis.

Vous ne sauriez croire combien mon cœur s'affermit en nos résolutions » et

comme tontes choses concourent à cet affermissement. Je me sens une suavité extraordinaire , comme aussi (Je Pamour que je vous porto : car j'aime col amour incomparablement. Il est fort impliable el sims Diosure ni réserve; mais doux, facile, tout pur, tout tranquille; bref, si je ne mo trompe , tout en Dieu. Pourquoi donc DO Taimerois-je pas? mais où vais-jo ? Si ne rayerai-je pas ces paroles : elles sont trop véritiibles, et hors de danger. Dieu qui voit les intimes replis de mon cœur, sait qu*il n*y a rien en ceci que pour lui et selon lui , sans lequel jo veux , moyennant sa grâce , n'être rien à personne , et que nul ne me soit rien ; mais en lui je veux nonseulement garder, mais je veux nourrir, et bien tendrement , cette unique aiïection. Mais, je le confesse, mon esprit n'ovoit pas congé de s'épancher comme cela ; il s'est échappé ; il lui faut pardonner pour cette fois à la charge qu'il n'en dira pi us mot.

Vous me demandûtessi vous parliez point trop souvent de feu M. votre cher mari. Que TOUS dis-je, ma chère fille? car je ne m'en ressouviens pas. Maintenant donc ^ y ayant pensé, je vous dis qu'iln'y a point de danger d*cn parler, quand Toccasion s'en présente ; car cela ne témoigne que la mémoire que vous en devez avoir : mais je crois qu'il seroit mieux , parlant de lui , d'en parler sans paroles et soupirs, qui témoignassent un amour attaché et engagé à la présence corporelle ; et partant , en lieu de dire, feu mon pauvre mari , je voudrois dire, mon mari que Dieu ait en miséricorde, et ces dernières paroles les dire avec sentimens d'un amour non point affoibli par le tem()s , mais bien affranchi et épuré par l'amour supérieur. Je pense que vous m'entendez bien , car vous m'entendez toujours bien.

Il s'est trouvé que les deux saints Suaires de notre Seigneur sont tout semblables , et les mains croisées.

Tout ceci ne sont pas de grandes chosest mais je les vous ai voulu dire, parcequ'elles me sont venues en Tesprit , après avoir écrit uno douzaine de lettres à ces messieurs de la cour , en recommandation de notre chapitix) de Saint-Pierre.

Tenez votre cœur ferme , et haut élevé en Dieu par une entière confiapco en sa sainte providence laquelle , sans doute , ne

vous a pas donné le dessein de la servir , qu'elle ne vous donne tous les moyens do ce faire, llumiliez-vous bien fort ; mais ma fdle, toujours d'une humilité douce et non empressée : car encore en cela y pcutril avoir de rompressemont.

Adieu , ma chère fdlc : ce n'est pas avec loisir que je vqus écris , c*edl par impétuosité que j'ai conduit ma plume jusqu'ici, partie avant lu sainte messe , partie après. A Dieu donc soyons-nous à jamais , s<ins fin , sans mesure, sans réserve 1 Priez souvent pour celui qui ne sauroit prier sans vous faire part de ses prières , ni plus désirer son salut que le vôtre.

Conservez vos vœux et vos résolutions ; tenez^les à l'ubri dans le fond de votre ame : nous sommes assez riches , si ce trésor nous reste ; comme il sera inlailliblement. Dieu aidant, lequel me rend toujours puissamment etiuviolablemeat vôtre* Amen. Vive Jésus.

LETTRE CXVn.

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