‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 80 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A MADAVE DE CilA.NTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A MADAVE DE CilA.NTAL

il l'enroarafe à fouler «ux pieds le démon et loutes ses suggestions. Les â>sauls dont il lui parle, ei doiii il dil qu'elle lui avoîl fail acs. monsircjt, éioicnl les dincullés qu'il lui falloit iurmonier pour ooneilier l'abandon de ses enfa us eila iéparaUoB de louie su famille avec ta

vocaUon.

90 Jniitet nm.

C'est aujourd'hui la fôtede Ste Marguerite, ma très-chère ûlle ; et je viens tout maintenant de dire la messe poiu* vous. Je puis toujours dire pour vous , ma fdle ; C4ir voud y avez piirt en un certain rang si spécial et particulier , qu'il me semble presque que ce n'est que pour vous. Or bien, je vous y ai dépeinte en mon désir comme on dépeint la sainte du jour. 0 mon Sauveur l disois-je , que cette fille que vous m'avez si uniquement conQée ait toujours sous ses pieds ledragon infcrnalcrevé et gâté, votre crobc bien étroitement ser^ réo sur sa poitrine , et ses yeux bien élevés au ciel où vous êtes.

Ne vous désiré-je pas , ma chère fîllo , tout ce qui se doit désirer? Non , ne voiis étonnez de rien : moquez-vous do ce.< as* sautsde notre ennemi ; je dis , de ces assa uts desquels vous m'avez fait des monstres

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LETTRES

pendant votre séjour en ce pays. Tenezvous bien à oouvert sous nos grandes et inviolables résolutions , sous nos vœux et consécrations : ne nous effrayons [)oint de ces fanfares. Il ne nous sauroit faire nul mal ; c*est pourquoi il nous veut au moins faire peur , et par cette peur nous inquiéter, et par Tinquiétude nous lasser, et par la lassitude nous faire quitter : mais contentons-nous >que , comme petits poussins , nous nous sommes jetés sous les ailes de notre chère mère. N'ayons point de crainte que de Dieu , et encore une crainte amoureuse; tenons nos portes bien fermées; prenons garde à ne pas laisser ruiner les murailles de nos résolutions, et vivons en paix. Laissons rôder et virevolter à l'ennemi : qu'il enrage de mal-talent ; mais il ne peu» rien. Croyez, ma chère ûlle, ne vous tourmentez peint pour toutes les suggestions que cet adversaire vous fera. II faut avoir un peu de patience à soulTrir son bruit et son tint;imarre aux oreilles de votre cccur : au bout de là il ne sauroit vous nuire.

Vous ne savez pas , ma chère fille, ce qui me vient en l'esprit? je dis tout présentement; car je suis ému à la joie. Je suis ici à Thiez, qui est la terre de mon évéché. Or les sujets étoient anciennement • obligés, par reconnoissance formelle, de faire taire les grenouilles des fossés et marécages voisins, pendant que l'évoque dormoit. Il me semble que c'est une dure loi ; et pour moi, je ne veux point exiger ce devoir : qu'elles crient tant qu'elles voudront, pourvu que les crapauds ne me mordent point, je ne laisserai pas de dormir pour elles, si j'ai sommeil. Non, ma chère fille, si vous étiez ici, encore ne voudrois-jc fwur cela pas entreprendre de faire taire les grenouilles, mais je vous dirois bien qu'il ne faudroit pas craindre, ni s'en inquiéter, ni i)enser à leur bruit. Falloit-il pas que je dise cela pour témoigner que je suis ému à rire? Tenez donc seulement la croix de notre Seigneur sur votre poitrine; répliquez doucement et par actes positifs nos résolutions; ne vous efforcez point de ruiner la si'porbe, mais tûchez de bien assurer l'humilité en lexorçant positivemint; et no douiez point, car tandis que vous aurez la croix entre vos bras, l'ennemi sera toujours sous vos piedB. Tenez vos yeux au

del. Oui, ma chère fille , attachez-toi» fort à la providence divine : qu'elle fasse ce qu'elle voudra de vous, et de tout ce qui est vôtre.

Mon Dieu, ma fille, que j*ai de consolation en Tassurance de vous voir éternelle» ment conjointe en la volonté d'aimer et de louer Dieu 1 Que la divine providence nous conduise par od il semblera mieux * mais j'espère, ainsi je vous assure, que nous . aboutirons à ce signe, et arriverons à ce port. Vive Dieu, ma chère fille, j ai cette confiai.co. Soyons joyeux en ce service, je vous supplie. Soyons joyeux sans dissolution, et assurés sans arrogance; craignons sans nous troubler ; soyons soigneux sans nous empresser. Je m'arrête, ma ûlle, et laisse ce discours auquel mon cœur me porte impétueusement. Je suis vôtre en notre Seigneur, mais je dis d'une façon sans pareille. Vive Jésus 1 Amen.

LETTRE CXVni.

LB PHÉSIDENT PRRMIOT, A S. FRAIVÇOIS D£ SALES.

(L'orlfftflal a appartenu à M l'Abbé Camas, chanolM ê» la Salule-Chapclie «Je Oijun.)

Marques de l'estime, du dévouement, du respect et do la considération qu'il purioii à noir* SainL

SI JailletieOT.

Monsieur, vos vertus et vos mérites ra'obligeoient assez à vous honorer, et à vous consacrtT mes très-humbles scr\'ices; mais l'affection qu'il vous plaît porter à toute notre petite famille , et l'estime que vous faites de ma fille de Chantai, m'accable d'obligations; de sorte que, ne pouvant assez m'acquiMer. je serai contraint de faire cession, non-seulement de ce peu de bien que Dieu m*a donné, mais aussi de moi-môme, qui suis et veux demeurer à jamais votre très-humble servi teur .

Je puis bien, monsieur, vous promettre la même chose pour M. de Bourges , mon fils : car, outre l'inclination naturelle qu'il en a, je vous assure, monsieur, que son plus grand désir et contentement seroit de pouvoir mériter l'honneur de vos bonnes grâces, comme le mien seroit quelquefois d'avoir le bonheur de recueillir les doux et agréables fruits de votre sainte et douce conversation.

Mais puisque votre charge et de mcil-

leores el pli» importantes raisons vous retiennent par-delà les monts , je vous supplie, monsieur, de faire souvent part à lui et à moi du doux miel de vos saints et divins discours, pour nous réveiller du sommeil dans lequel nous nous trouvons presque toujours engagés par les affaires du monde, et rappeler notre esprit à la .contemplation de la Divinité et de la béatitude étemelle.

Les frères de l'église cathédrale de M. de Bourges sont à la vérité de fort honnêtes gens , et d*une société sugréablc pour leur prélat. Par les lettres qu'il m'en écrit , il s'en loue fort ; mais ils ne sont pas tels que les vôtres, ni si remplis qu'eux des grâces de Dieu.

Le chef donne cette vigueur aux membres, en les animant des saintes inspirations qui découlent d'un esprit tout divin, tel qu'est le vôtre. M. de Bourges n'est pas comme cela ; cependant je puis dire que de tous les prélats qui sont en deçà de vos montagnes, il est le mieux avec ses confrères.

Si les affaires de ceux de votre chapitre eussent été en état, je leur aurois volontiers témoigné restimc que je fais de votre recommandation , mais quand le procès se jugera, je me souviendrai bien des bons et honorables témoignages que vous avez rendus de leur vertu el de leur sainte manière de vivre. Les chanoines sont vraiment dignes d'im tel évéque, et l'évéque digue de tels chanoines.

Je prie Dieu, monsieur, qu'il veuille les bénir tous, et multiplier sur vous toutes ses saintes grâces. Je salue humblement tout ce qui vous appartient.

Votre, etc.

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