‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 81 sur 450 · LETTRE CXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXIX

fl. FBANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANT AL.

VmétÊ sar les larmes et les parfums de la Magdeteine. Il n'est pas nécessaire pour la direction, de rendre compte en détail de ses Taules. Les long» pèlerinages ne conviennent pas aux personnes du sex^. Il l'exhorte à la simplicité, el lui montre combien la dupiiciié est blAmikble. Ne pas tant désirer la délivrance des tentaUoos.

I4jainet 1607.

Ce fut seulement dimanche passé, jour (Se sainte Magdeleine, que je reçus tout à

coup vos lettaes ; celle du I et celle du 49 de ce mois. Que ce me fut un grand contentement, ma chère fille > vous ne le sauriez croire; car je ne sais, le malin en l'oraison j'avois eu de grandes émotions d'esprit à vous recommander à notre Sauveur, lequel je voyois , ce me sembloit, de bonne humeur, pour être acosté chez Simon le lépreux : mais pour respect de notre chère Magdeleine, nous n'osions pas aller à ses pieds, ains à ceux de sa sainte mère, laquelle, si je ne me trompe, se trouvoit là, etj'étois bien marri que nous n'avions ni tant de larmes ni tant de par^ fums que cette sainte pénitente * mais noti e sainte Dame se contculoit de certaines gouttelettes répandued sur le bord de sa robe; car nous n'osions |)as toucher ses sacrés pieds. Une chose me consoloitfort; après le dîner, notre Seigneur remit sa chère convertie à Notre-Dame : aussi vous voyez que depuis elle étoit presque toujours avec elle, et cette sainte vierge caressoit extrémementcette pécheresse. Cela mé donnoit du courage, et j'en étois infiniment réjoui.

Or je n*ai le loisir de répondre aux vôtres à pleins fonds, mais je dirai seulement quelque chose par-ci par-là. Non, ma fille, ue marquez plus ainsi i)ar le menu vos défauts, remarquez-les seulement en bloc; car cela suffira abondamment pour vous faireconnoitreàqui vous désirez, e^pour votre direction.

Il n'est pas besoin de nommer ceux pour lesquels vous voulez faire dire des messes; il suffit que par votre intention ce bien-là leur soit appliqué.

Les grands et éloignés voyages ne sont pas utiles à votre sexe, ni d'édification au prochain : au contraire, on en parle, on attribue cela à !a légèreté, on murmure contre les pères spirituels. Ce n'est plus le temps de nos saintes Paule et Mélanie. Arrêtonsnous là.

Nous aurons assez à faire de réduire en effet nos résolutions, lesquelles néanmoins me contentent tous les jours de plus en plus , et j'y vois toujours plus de la gloire de Dieu , en la seule providence duquel j'espère cet événement. Je ne sais si vous me connoissez bien : je pense qu'oui, pour beaucoup de parties de mon cœur.

Je ne suis guère prudent , et si c'est une

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terlQ que j« nlnlma pas trop « ce n'est

que par force qne je la chéris» parce qu'elle c&t nécessaire ; et sur cela je vois ^ tout à la bonne foi, à l'abri de lu providenco ": de Dieu.

Non, do vrai, je no suis nullement simple; mais j'aime si extrômemenl la simplicité, que c*C9t merveille. A la vérité dire, les pauvrrs petites et blanches co* lorobelles sont bien plus agréables que les serpens; et quand il fnut joindre les qualités de l'un avec celles de Tau tre, pour moi, je ne voudrois nullement donner la simplicité de la colombe au serinent, car lo serpent ne laisseroit pas d'ctre scri)ent; mais je voudrois donner la prudence du serpenta la Colombo, car elle ne laisseroit pas dôtro belle.

Or sus donc à cette sainte simplicité, feceurde Tinnocence, fille de la charité. Mais cependant l'acte que vous me marquez n'est pas fort double ; au moins il n'est pas double d'une fort mauvaise étoffe; car que prétendriez-vous pour vous, à faire connoîtrequc le bon M. le comte jeùnoit? La fâcheuse duplicité, c'est celle qui a une bonne action doublée d'une intention mauvaise ou vaine. Bien écrivez-moi donc de ces duplicités ce qui vous en fAchera le plus; je m'essuierai de vous bien éclalrcir sur cela, cor je m'y entends un peu.

Ma chère fille , lisez le XXVIII» chapitre (iu ik>mba' gpirituel , qui est mon cher livre , et que je porte en ma poche il y a bien dix-huit ons, et que je ne relis jamais sans profit. Tenez ferme à ce que je vous ai dit.

Pour vos vieilles tentations (1), n'en affectionnez pas tant de délivrance ; dissimulez de les sentir ; ne vous effarouchez point pour leurs attaques : vous en serez, délivrée bientôt. Dieu aid;nt, lequel j'en supplierai, mais je vous assure, avec beaucoup de résignation en son bon plaisir, je dis une résignation gaie et douce. Vous désirez infiniment que Dieu vous laisse paisible, dites-vous, de ce cùté-là ; et moi je désire que Dieu soit paisible do tout côté, et que pas un de nos désir ne soit contraire au aien.

Or sus, je ne veux point que vous désiriez d'un désir volontaire cette paix inutile et peut-étro nuisible : mais ue vous U)ur'

CljCtMiat M» Itotâtioni OMlit la tel.

mentez point à pratiquer ce oommaiidê«

ment; car c'est cela que je veux, que vous ne vous tourmentiez point, ni pour ces désirs, ni pour autres quelconques. Mon Dieu, ma fille, vous avez trop avant ces désirs dans le cœur ; pour\'u que l'esprit do lu foi vive en nous, nous sommes trop heui;eux.

Voyez-vous, notre Seigneur nous donnera sa paix quand nous nous humilierons à doucement vivre en la guerre. Courage, ma fille, tenez votre cœur ferme : notre Seigneur nous aidera , et uous l'aimerons bien.

Vous faites bien de n'avoir nul Boin de votre ame et de vous en reposer sur moi. Vous serez bienheureuse si vous continuel. Dieu sera avec moi pour cette conduite, et nous n'errerons point, moyennant sa graœ. Croyez-moi , mon ame ne m'est point, ce me semble, plus chère que lu vôtre. Je ne fuis qu'un même désir, que mômes prières pour toutes deux, sans division ni sépa* ration. Jo suis vôtre * Jésus le veut , et je le suis.

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