FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE GHANTAL
II lui recommande de ménager m aanté , et de ne pas s'atténuer par de trop grandes Teilles, afln de pouvoir subvenir à tous les eiercices. Il ne veut pas qu'elle soit pointilleuse dans sa dévotion, ni trop sensible aui tentations ordinaires sur ses poines d'esprit et sur leurs desseins communs.
• février 1608.
Hier seulement je vous écrivis , ma chère fille, par la voie de Lyon; et maintenant voici arriver l'homme de M. de Sainte- Claire, qui m'apporte votre lettre du 24 janvier, à laquelle je vais brièvement répondre; et, si je puis, je répondrai eut core à quelqu'une des autres.
Je commence par votre coucher et lever matin. Pourquoi faites- vous cela , ma chère fille? Non certes, il ne faut pas accabler Tespri t à force de travailler le corps. S. François le disoit à ses disciples. Je fais cela, il est vrai , mais c'est par une vive force : autrement je dors fort bien ce qui m'est nécessaire, et je veux que vous en fassiez de même. La lettre ci-jointe vous fut écrile à la mi-nuit; mais il y avoit longtemps que
LETTRES
je n'avois tant veillé. Il ne faut {>aft pour peu de chose se détraquer coimino cela, noUimment les femmes ; car après on ne vaut rien louL le long du jour.
Hé bien , ma chère fille , vous avez eu votre cAprit tout entortillé ce0 deux ou trois premiers jours de carême. Tout cela ne m'étonne nullement : car vous avez un esprit si douillet et si jaloux de ce que vous avez en résolution , que tout ce qui le touche à biais contraire vous est si sensible que rien plu» : et je vous ai dit mille fois qu'il ne faut pas, ma chère fille, aller si pointilleusemcnten notre besogne.
Hélaa! ma plie , vous diraije ce qui m'est avenu ces jours passés? Jamais do ma vie je n'avois eu un seul ressentiment de ten» tAlion contraire à ma perfection. L'autre jour, sans y penser, il m'en tomba une dans i'esprit, non point de désirer que je ne fusse pas d^Église , car cela eût été trop grossier; mais parce qu'un peu auparavant, parlant avec des personnes de confiance (et vraiment je pense que ce fut notre Croisy ) , je dis que si j'étois encore en l'indifTéreiice^et que je fusse héritier d'un duché , je choisirois néanmoins l'état ecclésia9lique, tant je Taimois, fl m'arriva un débat en l'âme , que sî, que non , qui dura quelque temps. Je le voyois, ce me semble, là-bas, bien bas, »u fin fond de la partie inférieure de Tamo, qui s'enfioit comme un crapaud. Je m'en moquai , et ne voulus pas seulevient penser s* j'y pensois : il alla tôt en fumée , et je ne le vispluj» La vérité est que je cuidai m'en importuner, et j'eusse tout gâté : mais enfin je pensai em moi-même que J0 ne méritois pas d*a- TOÎF une si hante paix que rennemi n'osât pas regarder de loin mes murailles.
Mon Dieu , ma fille , je vendrois que vous eussiez la peau du cœur un peu plus dure , afin que vous m laissassies pas de dormir pour les puces. Quand les tentations vous Tiendront à gauche, je n» m'en siettrai pas en peioe ; car elle» sont trop grossières. Ces impoptunités ne sont pas pour toujours, mais pour l'état présent de Vos. affaires; c'est pourquoi je vous ai dit qu'il falloit avoir patience. Oh ! pour cela , noua avons de quoi nous bravement défendre ^ et en bataille rangée.
Mais quand elles vous viendroplé droite, alors je ne vous saurai Que dire , sinon :
Croyeunoi, ma fille, reposex-vous sur mon ame pour œ regard. J'ai bien des raisons , à mon avis irréprochables : mais pouf œs choses-là on ne peut ni doit entrer en dispute; il faut que cela se démêle ayeô des considérations tranquilles et en repos^ tout à Taise et de cœur à coeur.
Or, sus, je parle trop de ceci : car puis« que vous demeurez ferme en vos résolu* tiens , je ne devois vous dire , sinon , demeurez en paix, ma fille; tout cela n'est rien. La foi, l'espérance, la charité, |Mèces immobiles de notre cosur , sont bien sujettes au vent , quoique non pas à l'ébranlement : comment voulons-nous que nos résolutions en soient exemptes? Vous êtes admirable, ma fille , si vous ne vous conteniez pas que noti^ arbre demeure bien et profondément planté, mais que vous vouliez encore que pas une feuille ne soit agitée t
Usez fort de diversion en semblables occasions, par des actes positifs d^amour en Dieu et de confiance en sa graoe. Après tout cela ne craignez pas , pour ces bagatelles, de contrevenir à nos résolutions, ni à la confiance et repos que vous devei prendre en icelles et en moi. Ce sont de^ craintes sans sujet; ear si l'angode Satan, souflletant S. Paul par tant d'agi tatfohsdéé pensées déshonnètes, ne sut néanmoins offenser sa pureté, pourquoi tiendrons!* nous nos résolutions offensées par ces inéd» vemens d'esprit?
Au demeurant, vous avez choisi an eon^ fesseur bon, prudent et docte i dite^M hardiment nos résolutions , telles qo'elk^ sont , afin de bien alléger votre esprit pat ses avis ; car je ne donte nullen>en( qvH n'y bougera rien , mais vous y confbrlem. JSe les dis au père recteur de Cbambéri, sans rien nommer ; il my confortera i j» les dis à un autre grand ecclésiastique ; il m'y confortera : je lésai dites mille fois à Dieu , mais hélas t non pas si révérennnneHl que je devois; et toujours il m'y a conforté* Expliquez donc bien votre fait à votre eon • fesseur le père Gentil. Dites-lai les considérations qui font différer la sortie, el puis celles que j'ai faites pour le genre di» vie après la sortie, mais, outre cela, os sera ^am doute la plus grande gloire de Dieu, |pour des raisons que je ne puis dire : et vou» verres qii*il dira que noe résohi* tiens sont résolutions faites de la main de
Dieu ; pour moi jo n'en doute nullement. Biais cependant que j*écris sans mesure sur co sujet, il me vient un scrupule que J'en dise trop. Non, ma fille, no philosophe2 point sur tout ceci : car je ne l'écris pas à cette intention , ni pour crainte que J'aie que le cœur tous faille; non nullement: c'est simplement afin que, Tayafet (H^posé au père âentil , vous puissiez, non point fortifier ces rcsolutions, car je les tiens Invariables , mais vous y consoler , el md aussi. Mon Dieu I c*est assez.
UËTTItE CXXXm (4).