‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 90 sur 450 · FBAlfÇOIS ÙE SALES, A MAbAHB DB GHAlfTAL · texte numérisé non relu

FBAlfÇOIS ÙE SALES, A MAbAHB DB GHAlfTAL

Il loi parle d'âne nouTeUe convertie, et lui envoie an eiercice de piété. Profonde bamllit* du 6alal.

A Btmtlly, le S nin IMS.

Je TOUS ay écrit 11 n'y a justement que rii heures, par lliomme qui rameyne le Mievalsuf lequel Thibaut est venu : maintenant encore quatre tnots et le tout sahs troîr receu vos lettres, lesquelles néan- Ittoins je lis toujours avec tant d'avidité la tremière fois, qu'il ne m'en demeure qu'une générale consolation sans savoir jiresque co que j'ai leu. II n*y a pns moyen llalnteiuint , car il est bien tard , et je presdie dettiaiti matin. Tandis qu'on allumoit la chandelle, j'ai demandé à Thibaut de Mte santé; il m'a dit qu'elle cstoit bonne. (Ma m'a un peu arresté ; car j'étois en pey no Éor ce mal sensible mais non dangereux avec lequel vous m*avez escrit la dernière kttre. Et cependant, voyez- vous, quand tous m'escrirez, dites-moi bien toujours de vostre santé. Il m*a dit que neutre Marie tyméeet très-aymée cstoit auprès de vous, bar je le lui ay demandé; mais il m'a dit que vous la mettiez fort au monde, ,sans que je le luy demandasse. Savez-vous , ne h nous faites pas aussy si brave, qu'elle IXHIB desdaigne pour cela. Si j*estois près de TOUS, je confesse que je voudrois bien eslre préféré à la mettre à la communion , car c'est un coup mémorable pour une ame destinée au bien tomme celle-là. Mais encore lie feut-il pas que mon ambition la

(1) L*efflc(Bil d« cett* l«ura nom a été coeianalqeé, HMi 4M plMiear» euirm eairu. par MM. da SéniMire it tela^ielflce. Meit es léltbUMeu le leitt.

prive de ceste céleste viande pour ses Pâques. Or je suis doncq bien d'advis que vous Id fassiez communier. Et cb bon Dieu la veuille prendre pour sa bicn-aym<^o, et luy donner le ressentiment de son amour pour cela. Non plus, ma chère fille, car je ne puis plus. Dans trois jours ou quatre, nos chanoines envoyé â Dijon ; Il faudra que lors j'y aille , et peut-être auray-je plus de loisir. Alors je vous diray que mes chanoines font merveilles à faire des exhorta* tiens et à gasgner nos jeunes demoiselles ,

pour la dévotion, grand la conformité

de l'ange y sert. Mais , sçavez vous , tout cela va par ordre, et n'y a rien â craindre, sinon parce que tout ce tient à moy qui suis un gnind misérable; mais ne vous effarouchez pas pour cela à dire : Mais que dois-je doncq estre , moy ? car ma fille , je ne srais comme je suis fuit ; encore que je me sens misérable, je ne m'en trouble point, et quelquefois j'en suis joyeux , pensant que je suis une vraie bonne l)e30gne pour la midéricorde de Dieu , à laquelle je vous recommande sans cesse : ouy , ma chère fille , c'estl'action continuelle de mon cœur. Je vous veux envoyer un exerciœ que j'ai droRsé et fait pratiquer à madame de Charmoisy , car je le voudrois que je ne fisse rien sans que vous le sçussiez. Je le drcssay à intention de luy faire rafraîchir ses bons propos , auxquels certes elle avoit fort constamment persévéré. C'est une bonne ame, et admirable à ne se point empresser. Elle ne m'avoit jamais écrit de son ame que ces jours passés. Elle ne cesse de demander quand vous viendrez, et se fait accroire qu'il faut que ce soit pour toute cette année. Oh 1 Dieu sait comme mon cœur le désireroit ardemment, si jo ne pensois que la volonté divine veut de nous un peu de patience. Mais espérons toujours beaucoup. Adieu, ma fille, ma très-chère Glle.

Je ne dis pas cela pour la louer, car j'aymebien que Ton m'escrive et très-souvent ; et si , j'ayme mieux voirun peu d'empressement que de ne voir jamais poiAt de lettres , en des absences de trois et quatre mois : je dis ceci afin que tous ne pensassiez pa», pour n'être pas empressée, qu'il faille ne m'escrire pas le plus sou- Tant que voue poutlet^ 81 dM flile« éMA vez toi;gours.

LElfUES

Et je sais bien qu'il n*y a nulle si mauvaise pièce au monde qui ne soit utile à quelque chose , mais il fiiut lui trouver son usage et son lieu. Dieu m*a fait la grâce de reconnaître que je suis fait pour lui, par lui et en lui. Je ne suis et ne serai jamais enfant de fortune , tandis que le ciel m*édairera. Cest pourquoi où que je sois appelé pour le service de la gloire divine , je ne contredirai nullement d*y aller, mois surtout en France, à Tair die laquelle ayant été nourri et instruit , je ne puis dissimuler que je n'aie une spéciale inclination , et encore plus la voyant sous un roi que je dois honorer et estimer si hautement , et qui m'oblige si extrêmement comme il fait.

U est vrai que je suis en mon pays et entre les miens avec une certaine suifisance qui me suffit, et ce qui m'est plus cher, avec un repos aussi grand que ma charge le peut permettre, et qui mcshui me semble assez ferme : mais tout cela ne me tient qu'au bout des doigts, et ne ite satiroit empêcher de m*embarquer à tout «titre ser* Tice où je penserois être utile à la gloire divine et au bien de l'Église, puisque dès mon baptême et par ma vocation Je suis consacré k cela.

Si doncques sa majesté vous dit son intention particulière, j'examinerai avec Dieu , et en sa présence , tnes forces ; et si je les sens aucunement assortissantes au service qu'elle désirera , et que sa sainteté ihe le commande (car vous savez bien que sans cela je n'oserois me remuer de la sentinelle en laquelle je suis posé), je me rendrai tout prêt, tout prompt, t^ut affectionné Û suivre la vocation divine; ne doutant hullement qu'elle ne soit telle , quand je verrai se joindfc les volontés du pape et du M. C'est trop dit , ce mo semble , à vous , monsieur, qui m'aimez tant et me connoissez tant , et qui savez , entre autres choses, qtie je suis de tout mon cœur, monsieur, votre , etc.

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