FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHAIO'AL
Manière ptrUcaliére d'offirir ses aeUons et ses alTecUons à la sainte Vierge. GonTersion de deax prêtres qui avoient apostasie pour embcaster la religion prétendue réformée.
n juin 1608.
C'est encore vitement que je vous écris à cette heure , ma chère fille, que j*aime tendrement et incomparablement en notre Soigneur. J'ai vu vos deux lettres , et en touteadeuz je vois le fpraiid désir de votre
retraite et tranquillité. J*en ai un , je pense» aussi fort ; mais il faut attendre que Dieu le veuille. Je dis qu'il faut l'attendre bien doucement et amoureusement; je veux dire qu'il faut aimer cette attente, puisque Dieu le veut.
Je sais bien que vous avez nom Jeannoi et que , toute cette octave , vous pensez que je vous recommande à ce glorieux Précurseur. Vraiment, l'autre jour (ce futsamedO. je faisois Toraison sur la grandeur de l*i* mour que Notre-Dame nous porte : entre autres choses il me vint en l'esprit ce qui est dit de Bala , servante de Rachel , qu*elle enfantoit ses enfans sur les genoux et dans le giron de sa dame , et les enfans n*étoient plus siens , mais de Rachel sa dame ; et me sembloit que si nous mettions par une juste confiance nos cœurs et nos affections sur les genoux et dans le giron de Notre-Damei ils ne seraient plus nôtres , mais à elle. Cela me consola beaucoup. A la fin je me mis à lui remettre, non-seulement les enfans de mon cœur, mais aussi le cœur de mes enfans , et mes enfans de cœur.
Pensez, ma chère fille, si vous êtes du nombre , et en quel rang je vous y mettois. 0 Dieu 1 j'avois une certaine chaude suavité à vous coUoquer dans ce giron sacré , et dire à Notre-Dame : Voilà votre fille, de laquelle le cœur vous est entièrement voué. Je ne saurois pas dire ce que mon co^i disoit; car, comme vous savez , les cœurs ont un langage secret que nul n'entend qu'eux. Il m'est venu de vous dire cela , j< vous l'ai dit.
J'ai fait ces jours passés une bonn< course à Thonon , pour recevoir des habilei hommes ecclésiastiques (4), qui s'étoien mis entre les huguenots par débauche Hélas! quelle chute avoient-ils faite! C( m'a été une grande consolation de les voii revenir entre les bras de l'Église, ave< grande violence qu'ils se sont faite poiu cela. Hélas ! ils étoient religieux : la jeu
(1) Célolent deux prétrei. dont le premier, bobm CUode Bouchard , m Tant théolo|:len , arolt e nMlyné pi bllqnenient la phlloiopbie et les mathémallquea k Lai tanne : et l'antre, appelé Pierre fillette. Il» pablièrea enx-nêmes, inr l'hltioire de lear conTersion. on peti livre imprimé h Ttionon , et qui a pour titre • Déclara tion de la profeaiondê foi de Pierre GilUtte, prétr de nice en Provence, avec le» raitom qui Vont appel à VÊglite romaine. Leur abjirallon w flt dans refila de la Sainte-Maison de Thonon, entre les mains dn stli évèqne. un Jour de dimanche, iS dn mois de Juin 1606. « le mène Jour lia eof o jèr«Bl !• livre susdit à U répvMi qvedeBent.
nesBO , la vaine gloire et la chair les avoient emportés en ces abimes contre leur propre conscience. L'un d'eux surtout , me racontant sa chute , faisoit grand'pitié , et d'autant plus de joie de sa constance à revenir.
0 Dieo ! quelle grâce ai-je reçue , d'avoir été tant de temps et si jeune, et si chétif , parmi les hérétiques, et si souvent invité par les mêmes amorces , sans que jamais OMm OGBur ait seulement voulu regarder ces infortunés et malheureux objets ! Bénie floit la main débonnaire de mon Dieu, qui m'a tenu ferme dans ses enclos.
A Diea, ma chère fille ; à Dieu soyonsnous entièrement et éternellement. Je TOUS ai appliqué plusieurs messes ces pars passés. 0 Dieu! ma fille, que ce eoenr est vôtre, puisque Dieu Ta voulu et kveotl qu'A jamais son nom soit bénil Aaen.