‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 96 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE ClIA^fTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE ClIA^fTAL

piept que le désir qu'elle a de le Toir vivre soit modéré et subordonné h la volonlc de Dieu : ccpendent il promet d'avoir soin de sa santé ^v condescendance. Il ne veut plus qu'elle leubeite de quitter le monde qu'autant et dans Iç lomps que Dâeq voudri),

Anntcj, te Mptembre I6f8.

Jésus, ès entrailles duquel mon ame dicrit uniquement la vôtre, soit ù jamais aotrc consolation , ma fille. J'aj plusieurs dioses sur le coeur pour vous dire ; Je no lais si je le» pourrai mettre sur le papier car j*ai gnu^demcnt pensé en vous tout le long de mon retour; je dis grandement.

Vos désirs pour la vie mortelle no n\e déplaisent point; car ils sont justes, pourvu qu'ils ne soient pas plus grands que leurs objets méritent. C'est bien fait, sans doute, de désirer la vie à celui que Dieu vous a donné pour conduire la vôtre. Mais, ma fille bicn-aimée, Dieu a cent moyens, jo yeux dire infmis moyens, pour vous guider sans cela. C'est lui qui vous conduit comme une brebis. Àh ! je vous prie , tenez bien Totre cœur en haut , attachez-le indissolublement à la souveraine volonté do ce trèsbon coeur paternel de notre Dieu. Qu*à jamais il soit obéi , et souverainement obéi par nos amos. J*aurai pourtant soin de moi, celon que je vous l'ai promis , et plus pour cela , sans doute , que pour inclination que

£àie à cette sorte d'attention ; car jo crois îen que Pieu veut que je veuille quciquo chose pour l'amour de vous. Or, Dieu fasso de moi selon son gré.

Ha Glle, tandis que Dieu voudra quo vous soyez au monde pour l'amour de lui-même, demeurez-y volontiers et gaiement. Plusieurs sortent du monde , qui ne sortent pas pour cela d'eux-mêmes, cherchant par cette sortie leur goût, leur repos, leur contentement; et ceux-ci s'empressent mer- TeiUeusement après cette sortie : car l'amour-proprc qui les pousse est un amour turbulent , violent et déréglé.

Ma fille , je dis ma vraie fille , no soyons point de ceux-là : sortons du monde pour

servir Dieu, pour suivre Dieu , pour aimer Dieu ; et en cotte sorto , tandis que Dieu voudra que nous le servions , suivions et aimions au monde, nous y demeurerons de bon cœur : car puisque ce n'est que ce saint service que nous désirons , où que nous le fassions , nous nous contenterons. Demeurez en paix , ma fllle , faites bien ce pourquoi vous restez au monde : faites-le de bon cœur, et croyez que Dieu vous en saura meilleur gré que de cent sorties faites faites par votre volonté et amour.

Pour votre troisième désir, il est bon aussi : mais mon Dieu! ma fille, il ne mérite pas qu'on s'y aflcctionne. Recommandons-le à Dieu : faisons tout bellement ce qui so peut pour le faire réussir, ainsi qyo jo ferai de mon côté ; mais au bout do là, si, Tœil do Dieu, qui pénètre l'avenir, voyant que cela ne reviendroit pas peutêtre, ni à sa gloire, ni à nos intentions (4), sa divine majesté ordonne autrement , il ne ' faut pas, ma fille , pour cela en perdre le sommeil d'une heure. Le n^ondo parlera : que dira-t-on? Tout cela n'est rien pour ceux qui ne voient le monde que pour le mépriser, et qui ne regardent le temps que pour viser A Tétemité, Je m'essaierai de tenir l'affaire liée en sorte que nous la puissions voir actieyée ; car vous ne le désirez pas plus que moi : mais, 8*il ne plaît pas à pieu , il ne me plalt pas , ni à vous ; car je parle de vpus comme de moi.

Demeurez ep paix avec un singulier amour de la volonté et providence divine : demeurez avec notre Sauveur crucifié»

planté au milieu de votre cœur. Je vis , il y a quelque temps , une fille qui portoit un seau d'eau sur sa tète , au milieu duquel elle avoit mis un morceau de bois ; je voulus savoir pourquoi ; et elle me dit que c'étoit pour arrêter le mouvement de Teau , de peur qu'elle ne s épanchât. Et donc dorénavant, redis-je, il faut mettre la croix au milieu de nos cœurs, pour arriver les mouvemons de nos afiections en co bqis et par ce bois , afin qu'elles ne s épanchent ailleurs aux inquiétudes et troublemens d'cspri(. 11 faut toujours o<je je vous dise mes petites cogitations.

Adieu , ma chère fille , à laquoUe je suis

(1) G«> iBtenlIoni élAteal qae. par le aurliRS de ■. de TerriM. Mm de «qtre Salât, aree vadesioiMllo de Chao' tal , la bonne mère eût on préiexle d'aller demeerer ea Satole. pour y éubllr ea eoifréfaiioa.

I» LETl

tout dédié en u^ui qui t'est tout donné i nous, ofîn qu'étant morts pour nous, noua na vivious plus qu'à lui. J'écrig au bon H. le prévét , à l'âme duquel j'ai un grand amour , parce qu'elle me Bemble bonne , ronde et franche. J'écris aussi à notre H. ds la Cume , et lui envoie les écrits ci-joints , que je vous prie de lui faire tenir. Vive Jésus et Marie. Amen. Je suis celui que ce même Jésus a rendu vétre. Je vous écrirai fe plus souvent que je pourrai.

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