CHAPITRE n
Comme Nostre-Seigneura rendu alté Pafltroiff*ment Ue ramour.
Voyez-vous, Theolime, ce (î) tertê éCeùU ou ce petit morceau de pain qu'Uitè saincte amu donne au pauvre pour Dieu*, c'est peu de faict certes et chose presque indigne de considération selon le ju^^ement humain ; Dieu néantmoins la récompense, et tout soudain donne pour cela quelqde accroissement de charité. Les (3) potU de chèvre présentez anciennement au tabernacle estoicnt bien receus , et tenolent lieu entre les sainctes offrandes ; et les petites actions qui procèdent de la charité , sont agréables à Dieu, et ont leur place entre les mérites. Car, comme en l'Arabie heureuse , oon-seulement les plantes de miture
(1) Pt. LXUftll, t.
(t) Mttth. X, 4t. H*) ■>•<• SUT, H.
TRAITÉ DR r AMOtTR DE DIEU.
aroniali(]ue , mais toutes les autres sont odorantes, participant au bonheur de ce solage ; ainsi en Tame charitable , nonseulement les œuvres excellentes de leur nature, mais aussi les petites besoignes se ressentent de la vertu du sainct amour et sont en bonne odeur devant la majesté de Dieu , qui à leur considération augmente la saincte charité. Or je dis que Dieu fait cola parce que la charité ne produit pas ses accroisseroens comme un arbre qui pousse ses rameaux et les fait sortir par sa propre vertu les uns des autres: ains, comme la foy^ Tesperance et la charité sont des vertus qui ont leur origine de la bonté divine , aussi eu tirent-elles leur augmentation et perfection; à guise des avettes, lesquelles estant extraictes du miol, prennent aussi leur nourriture d*iceluv.
Par quoy tout ainsi que les perles prennent non-seulement leur naissance , mais aussi leur aliment de la rosée , les mcrespcrles ou vrant pour cet effcctleurs escailles du costé du ciel comme pour mendier les gouttes que la fraischcur do Tair fait escouler à Taube du jour : de mesme ayans receu la foy, l'espérance et la charité de la bonté releste, nous devons tousjours retourner nos cœurs et les tenir tendus de .ce coslé-là , pour en impetrer la continuation et raccroissement des mesmes vertus. «(4)0 Sei2If^ur, nous fait dire la saincte » Eglise neutre mère, donnez-nous Taug- »» nientation de la foy ,de lesperance et de » la charité » ; et c'est à Timitalion de ceux qui disoient au Siiuvour: a (2) Sei- » gneur , accroissez la Ipy en nous ; » et selon l'advis de sainct Paul, qui assure que (3^ « Dieu seul est puissant de faire » abonder en non^i toute grâce. »
Cest donc Dieu qui fait cet accroissement en considération de remploi que nous faisons de sîî grâce selon qu'it est escrit : a (4) » A celui qui a, » c'est-à-dire, qui employé bien les fiueurs reccues, a on lui 9 donnera davanlaij;e et il abondera. » Ainsi se practiquo Texhurtiition du Sauveur : « (5) Amassez des Ib resors au ciel , » comme s'il disoit : Adjoustez tousjours de nouvelles œuvres aux précédentes; car ce
(I) Orallo Dom. xm. p"<t l'enieo.
(î:lur xvu,5. — (i)ll mlCor. ix,«.
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sont les pièces desquelles vos threBon doi> vent estre composez , le jeusne , roraison, Taumosne. Or, comme au thresor du tenu* pie, « (4) les deux petites pittes de la 1» pauvre veufve » furent estimées; et qn*en effect, par l'addition des petites pièces, les thresors s'aggrandîssent , et leur valeur s'augmente d'autant; ainsi les moindres petites bonnes œuvres, qooyque faictes un peu laschement , et non selon toute l'estenduë des forces de la charité que l'on fi , ne laissent pas d'estre agréables a Dieu , et d'avoir leur valeur auprès de luy : de sorte qu'encore que d'elles» mesmes elle ne puissent pas causer aucun accroissement à l'amour précèdent , estant de moindre vigueur que luy; la providence divine toutesfois qui en tient compte el par sa bonté en fait estât , les récompense soudain de l'accroissement de la charité pour le présent, et de Tassignation d'une plus grande gloire au ciel pour l'advenir.
Theotime , les abeilles font le miel délicieux qui est leur ouvra ;;e de haut prix; mais la cire qu'elles font aussi , ne laisse pas pour cela do valoir quelque chose , et de rendre leur travail recommandable. Le cœur amoureux doit tascher de produire ses œuvres avec grande ferveur et de haute estime, afin d'augmenter puissamment sa charité : mais si toutesfois il en produit de moindres, il n'en perdra point la recompense ; car Dieu lui en sçaura gré , c'est-àdire, l'en aimera toujours un peu plus. Or jamais Dieu n'aime davantage uneame qui a de la charité , qu'il ne luy en donne aussi davantage , nostre amour envers luy estant le propre et particulier effect de son amour envers nous.
A mesure que nous reg:ardons plus vivement notre ressemblance qui paroist en un mirouer, elle nous regarde aussi plus attentivement; el à mesure que Dieu jette plus amoureusement ses doux yeux sur nostre ame qui est faicte à son image et scmblance, nostre ame réciproquement regarde sa divine bonté plus attentivement et ardemment, correspondant selon sa petitesse à tous les accroissemens que cette H4)uveraine douceur fait de son divin amour envers elle. Certes le sacré concile de Trente parle ainsi : « Si quelqu'un dit » que la justice receue n'est pas con-
(1) L«a xxM, t.
UVRE III, CflAPTIHE 111.
1 serrée , et que mesme elle n*est pas
> augmentée devant Dieu par les bonnes » oeuvres , mais que les œuvres sont seu-
> lement fruits et signes de la justification
> acquise, et non pas cause de Taugmcn-
> ter, anathesme. » Voyez-vous , Theotime, la justiBcation qui se fait par la diarité est augmentée par les bonnes œuvres , et, ce qu'il faut remarquer, c*est par les bonnes œuvres sans exception :
car, comme dît excellemment sainct Bernard sur un autre sujet, rien n'est excepté , ou rien n'est distingué. Le concile parle des bonnes œuvres indistinctement et sans réserve; nous donnant à oognoistre que non -seulement les grandes et ferventes, ains aussi les petites et foibles, font augmenter la saincte charité ; mais les grandes grandement, et les petites beaucoup moins.
Tel est l'amour que Dieu porte à nos unes , tel le désir de nous faire croistre en celuy que nous luy devons porter. Sa difinesuaviténousrend toutes choses utiles; elle prend tout à notre advantage ; elle fait faloir à nostre profit toutes nos besoignes, pour basses et débiles qu'elles soient.
Au commerce des vertus morales , les petites œuvres ne donnent point d*accroiswment à la vertu de laquelle elles procèdent; ains, si elles sont bien petites, elles Taffuiblissent. Car une grande libéralité périt quand elle s'amuse à donner des choses de peu ; et de libéralité elle devient chîcheté. Mais au trafic des vertus qui Tiennent de la miséricorde divine, et surtout de la charité , toutes œuvres donnent accroissement. Or ce n'est pas merveille si Tamour sacré , comme roy des vertus , n'a rien, ou petit ou grand, qui ne soit aimable; puisque le beaume, prince des arbres aromatiques, n'a nyescorce, ny feuille, qui ne soit odorante. Et que pourroit produire l'amour, qui ne fust digne d'amour et ne tendist à l'amour?