‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 105 sur 365 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

GMBme rume etUnt en chtriié , fait progrès

en leeUe.

Employons une parabole, Theotime, puisque cette méthode a esté si agréable au souverain maistre de l'amour que nous enseignons. Un grand et brave roy ayant

espousé une très-aimable jeune princesse, et l'ayant un jour menée en un cabinet fort relire pour s'entretenir avec elle plu<; à souhait, après quelques discours il lavid , tombor pasmée devant luy par un accident } inopiné. Helas 1 cela festonna extresme- ' ment, et te fit presque tombor luy-mef$me à cœur failly de l'autre costé; car il l'aimoit plus que sa propre vie. Ncantmoin<) le mesme amour qui luy donna ce grand assaut de douleur, luy donna quant et quant la force de le soustenir; et il le mit en action pour, avec une promptitude nompareille, remédier au mal de la chère compagne de sa vie : si qu'ouvrant de vitesse un buffet qui estoit là , il prend une eau cordiale infiniment précieuse, il ouvre de force los lèvres et les dents serrées de cette bicn-aimée princesse, et faisant couler dans sa bouche cette précieuse liqueur, il la fit enfin revenir à soy et reprendre sentin)ent ; puis il la relève doucement . et à force de remède il la ravigore et ravive en telle sorte, qu'elle commença à se lever sur pied et se promener tout bellement avec luy, mais non pas tt utesfois sans son aide ; car il i'alloit relevant et soustenant par-dessous le bras , jusques à ce qu'enfin il lui mit un epithesme de si grande vertu et si précieux sur le cœur, que lors se sentant tout à fait remise en sa première santé, elle marchoit toute ^ule d'ellemesme ; son cher espoux ne la soustenant plus si fort, ains seulement luy tenant doucement sa main droite entre les siennes, et son bras droit replié sur le sien et sur sa poitrine , il Palloit ainsi entretenant et luy faisant en cela qiatre offices fort agréables. Car I . il luy tesmoignoit son cœur amoureusement soigneux d'elle. 2. Il I'alloit toujours un peu soulageant 3. Si quelque ressentiment de la défaillance passée luy fust revenu, il l'eust soutenue.!. Si elle eust rencontré quelque pas ou quelque endroit raboteux et malaisé, il l'eust retenue et appuyée , et es montées, ou quand elle vouloit aller un peu visle, il la souslevoit et supportoit puissamment. Il se tint donc avec ce soin cordial auprès d'elle jusques à la nuict qu'il voulut encore l'as* sister quand on la mit dans son lit royal. L'ame est espouse de Nostre-Seignêur, quand elle est juste; et purce qu'elle n'est point juste qu'elle ne soit en charité, elle

TRAITA m L'AMOUR DE DIEU.

n^est point ausri «spouse qu'elle ne Roit menée dedans ieciibinct de cog délicieux parltims, desquels il esl parlé es cantiques. Or quand l'ame qui a cet honneur, couimet le péché , elle tombe pasmée d'une défaillance spirituelle; et cet accident est à la vérité bien inopiné : car qui pourroit jamais penser qu'une créature voulust quitter son Créateur et souveniin bien pour des choses si légères comme sont les amorces du péché? Certes le ciel s'en eslonne ; et si Dieu eatoit subject aux passions , il tomberoit à cœur fnilly pour ce malheur, comme lorsqu'il fut mortel, il expira sur la croix pour nous en nicheler. M»is puisqu^il n'est plus ro(|uis qu'il employé son amour à mourir pour nous ; quand il void l'iimo ainsi précipitée on l'iniquité, il accourt pour l'ordinaire à son aide , et d*une miséricorde Bompnreille entr'ouvre la (K)rle du cœur pur des cslans et remords de conscience, qui procèdent de plusieurs clartoi et appréhensions qu'il n jcttées dedans nos esprits avec des mouvemens salutaires, pur le moyen desquels, comme par des eaux odorantes et vitales , il fuit revenir l'ame à ï^oy el la remet en des bons sc'nlimens. Et tout cela , mon Tiiootimo, Dieu le failrn nous sans nous par sa bonté tout aimitbie qui nous prévient do sa doucoiir. C^r r^imme nostre ospouse pasmée fu^^ demeurée morte en sa (viunoisonsiins li* secours du roy, aussi rani<>( demeurcroil perdnodans son peclié, si Dieu no la prevt*noi(. Que si l'asme estiint ainsi excilce udjou»le bon cunseulemenlau sentiment de la grâce, secondant Tin-ipiralion qui Ta provenue et recuvanl les secours et remèdes requis que Dieu luy a préparez; il la ruvigorera et la conduira pur divers mouvemens de fuy, d'espérance et de |)enitence , jusques à ce qu'elle soit tout à fait remise en la vraye santé spirituelle, qui n'est autre chose que la charité. Or tandis qu'il la fait ainsi passer entra les vertus par lesquelles il la dis|yo^e à ce sainct amour, il ne la conduit pas seule-» ment , miiis il la souslieut de telle façon que comme elle de son costé marche tant qu'elle peut , aussi luy pour sa part la porte et la va soustenaut ; et ne sçiuiroi l'on bonnement dire si elle va ou si elle est portée : car elle n est pas tellement portée qu'elle n'aille « et va toutesfois tellement»

que sî elle n'ettoit pas portée, elle ne pourroit pas aller. Si que, pour parlera Va\yM'

'■ tolique, elle doii dire : Je marche , « (4) » non piis moy soûle , ains la graco de » Dieu avec moy, »

Mais Tame estant remise tout a fail en sa santé par l'excellent epithesme do la charité que lo Sainct-Esprit met sur le cœur ; alors elle peut aller et soustenir sur ses pieds d'elle-mcsme , en vertu qeantmoins do cette santé et de Tepithosme sa^* cré du sainct amour. C'est pourquoy, en-^ core (fu'elle puisse aller d'elle-mcsme, elle en doit toute la gloire à son Dieu qui luy a donné une santé si vigoureuse et si furie. Car soit que le Sainct-Esprit nous furtiSe par les mouvemens qu'il imprime en nos cœurs , ou qu'il nous :»ouatienne par la charité qu'il y respand , soit qu'il nousso« coure par numiero d'assislance en nous relovant et portant , ou qu'il renforce nos cœurs, versant en ieeux l'amour ravigo* rant ot vivifiant , c'est tuusjours en luy et par luy que nous vivons, que nous marchons , et que nous opérons.

Neanlmoins bien que moyennant la charité re.-pandue dans nos cœurs nous puissions marcher en la présence de Dieu , et faire progrès en la voye de salut; si e»t-ce que la bonté divine a-sisle Tanie «i laquelle il a donné son amour, la tenant continuel* lemenldesa sainrle main Car ain>i 4. il fait mieux paroistre la douceur de hon amour envers elle. 2. Il la va lousjours animant de plus en plus. 3. li la soulage contre les inclinations dépravées et les mauvaises habitudes contractées par les péchez passez. 4. El enlin la maintient et deffend centre les ten talions.

Ne voyons-nous pas, Thcolime, que

I souvent les hommes sains cl robu^ites ont besoin qu'on les provoque à bien employer leur force el leur pouvuir, ot que, par manière de dire, on la*^ conduise à l'œuvre par la main. Ainsi Dieu nous ayant donné sa charité, el par irelle la force el le moyen de gagner pays an chemin de la perfection, son amour neanlmoins no lui permet pasde nous laisser aller ainsi seuls; anis il le failmellre en chemin avec nous, il le presse de nous pressor, et sollicite son cœur de le solliciter et pousser le nostre à bien employer la samcte cbarilé

(l> I. ad Cor. s?, tf.

U¥RE m, oiAnnie in. }4t

qQ*tl nous a donnée; replîqunnt souvent I et qui par ronsoqnentoslo'l en charité? Il ^r se* inspirations les a'Iverlisscmonft , n'avoil corics milh» po'»séo de vendre luiit que S Patil nous faicl : « (4) Voyez do ne ce qu'il avoir pour le d* nruM- aux paiivivs, » point recevoir la grâce céleste en vain.» | et suivre No*tre-8«»ignejir : ains qu;ind ff(2) Tandis que votis avez le tenip:^,fairtes i N(wire*S<'igneur lui en eut donné rintipi»

ration, encore n Vu t-il pas It* courngo de TesiTuter. T*our ces g andes œnvrea , Theotime , nou4 avons besoin non-seule* ment dVslre in?:pirez , mais aussi dVstro forliGfZ , afin d'eifectuer ce que rin<«pira» lion requiert de nous. Comme encoroèf grands assauts des tenUitions extraorili* naires , une s(»eciale et piirticuliere pra* senoe du secours ceie>te nous est tout à fait nécessaire. A cette cause la saiiicla Eglise nous fait si souvent cii^riamer : Excitez nos cœurs , à Seigneur l 6 Dieu, provenez nos actions en aspirant sur pous, et en nous aidant accompagnez-nous. O Seigneur f soyez prOMipl à nous secourir , et sembldbles ; afin que par telles prières nous obletiions la ^race de pouvoir faire des œuvres excellentes et extraordinaires, comme aus^i de resi:^ter plus ardemmenf aiu menuè'.i tentations, et couiUitire hardiment les plus grandes. S. Antoine fut as> sailli d'une eflroyuble légion de di'mons, desquels ayant assez longuement soustcni les elîorts non sans une peine et des U»urmens incrovables, enlin il vid le toict de sa cHIule ^e fetidre , et un rayon eele.^te fondre dans l'ouverture , qui uissii>a en un moment la noire et ténébreuse troupe de ses ennemis , et luy osta toute la douleur de^ coups receus en celte bataille , dunt il cogneut la prcdcnco spéciale de Dieu ; et jetlunt un profond sounpir du co&té de la vision: t Où esliez-vous, ô bon Jésus t » dii-il, où eatiez-voUa? Pourquuy ne vous » estes-vous pas iiouvé uy des le couimea

• cernent pour remeoier à ma jjeiue ? An

• toine, luy fu»t-ii respuihiu d'eu huut^ vj'edtois icy ; mais j'allemlois l'issuë da 9 ton combat. » Or p.irce que tu us e^té brave et vaillant, je tayde.ay tourj^urs. Mais en quoy couoisloil la vaillance et le courage de ce grand soldat spiruuel? U le déclara luy-mesme une autrefois, qu'estant attaqué pcir un diable, qui auvoua estra Tesprit ue foriucaiion , ce glorieux sainct, après plusieurs juiroles digne de son grand courage , commença à chauter^e verset f du psalme cxyu t

» tout te bien que vous pourrez.» «(3)Cou- » rez en sorte, que vous emporti(*z le » prix. » Si que nous nou^ devons imaginer «cuvent qu*il répète aux aureilles de B08 cœurs les paroles qu*il disoit au bon père Abraham : « (4) Marche devant moy • et sois parfaict. »

Surtout Tassistance spéciale de Dieu est requise à l'ame qui a le sainet amour es entreprises signalées et extraordinaires:

car bien que la charité, pour petite qu'elle BOit, nous donne assez d'inclination , et, comme je pense , une force suffisante pour llure les œuvres nécessaires au salut ; si est-ce neantmoins que , pour aspirer et entreprendre des actions excellentes et extraordinaires, nos cœurs ont besoin d*estre p^jussez et rehaussez par la main et le mouvement de ce grand amoureux céleste ; laquelle, comme la princesse de noslre parabole , quoique bien remise en santé , ae pou voit faire des montées , ny aller bien viste , que son cher espoux ne la relevast et soustinst fortement. Ainsi S. Antoine et S. Slmeon Stytite estoient en la grâce et charité de D.eu , quand ils firent deseein d'une vie si relevée ; comme aussi bien la bienheureuse mère Thérèse, quand elle fit le vœu d'obeïssance spéciale ; S. Pk^nçots et S. Louys, quand ils entreprirent le voyage d'outre-mer pour la gloire de Dieu ; le bienheureux François Xavier, quand il consacra sa vie à l«i conversion des Indois ; S. Charles, quand il s'exposa au service des pestiferez; S. Paulin, quand il se vendit pour racheter l'enfant de la pauvre veufve : jamais pourtant ils n'eussent fait des coups si tiardis et généreux , si , à la charité qu'ils avoient en leurs €(Burs, Dieu n'eu^t adjousté des inspirations , semonces , lumières et forces spéciales , par lesquelles il les ai^imoit et pousaoit à ces exploits extraordinaires de la vailkmce spirituelle.

(B) Ne voyez-vous pas le jeune homme de l'Evangile que Nostre-Seigneur aimoit,

(1) II. ad Cor. vi, i. ^ (f) ÇMU. n, tù, (1) 1. ad Cor. u. «i. — (ki Canti iru. |. (!) lau. XIK, Il

TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU

L'EtoriMl Mt d« mon party, Par lay J« itray fai«nty ; Et det enoMBig du ma vlé Niltament j« im ma toacla.

Certes Nostre-Seigneur révéla à Ste Catherine de Sienne qu'il estoit au milieu de son cœur en une cruelle tentation qu'elle eut, comme un capitaine au milieu d'une forteresse pour la défendre , et que sans son secours elle se fust perdue en cette bataille. Il en est de mesme de tous les grands assauts que nos ennemis nous livrent : nous pouvons bien dire comme Jacob , que c'est « (4) Tange qui nous garan- > lit de tout mal » ,elchanteraveclegrand roy David :

(f ) La pastear doot j« toU fqidé C*eti Dieu qol roaTerne le moada, Ja ne pai«, ainsi commandé , Qoa toat a «oahaii no m'abonda :

Qnand il Toit mun ama en langnavr.

Et que quelque mal randommaga .

Il la remet eu aa vif ueur, Et me restaure la coaraga.

Si que nousdcvons souvent repeter cette exclamation et prière :

(3) Ta bontA oie saiva en toat llaa.

Ta faveur me garda à toute haura ; Afin qu>n ton ciel , A mon Dlaai Foor Jamais Je fasse demasra.

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