CHAPITRE VI
Que nous devons recognoistre de Dieu tout l'amour que nous loy porions.
L'amour des hommes envers Dieu tient son orij^ine, son progrez et sa perfection de l'ômour éternel de Dieu envers les hommes. Cest le sentiment universel de l'Eglise noslre mère , laquelle avec une ardente jalousie, veut que noua recognoissions nostre salut et les moyens pour y parvenir de la seule miséricorde du Sauveur, afin qu'en la terre comme au ciel à luy seul soit honneur et gloire.
« (3) Qu'as- tu que tu n'ayes receu f » dit le divin apostre, parlant des dons de science, éloquence et autres telles qualitez des pasteurs ecclésiastiques; « et si tu l'as » receu, pourquoy t'en gloriûes-tu comme » ^i lu ne Tavois pas receu ?» Il est vray, noub avons tout receu de Dieu ; mais pardessus tout, nous avons receu les biens surnaturels du sainct amour. Quq si nous les avons receus , pourquoy en prendronsnous de la gloire ?
Certes, si quelqu'un se vouloit rehausser pour avoir fait quelque progrez en l'amour de Dieu , helas t chetif homme , luy dirions-nous, tu estois pasmé en ton iniquité , sans qu'il te fust resté ny de vie ny de force pour te relever (comme il advint à la princesse (3) de nostre parabole), et Dieu , par son inOnie bonté , accourut à ton aide , et criant à haute voix : a (4) Ouvre » la bouche de ton attention, et je la rom- » pliray » : il mit luy-mesme ses duigts entre tes lèvres et desserra tes dents, jettant dedans ton cœur sa suincte inspiriH
(I) Rmn. I, H, Il . — (t) I. ad Cof . it, T. (3) LIT. III, cb-«p. lU.— («/ Vt, lxkk,!.
tion , et tu Tas receue; puis ettiini en sentiment il continua par divers moure» mens et différons moyens de revifiorer too esprit Jnsques à ce qu'il respanditen Im^ luy sa charité , comme ta vitale et pi^ faicte santé.
Or dis-moydonc maintenant» mite»
ble, qu'as-lu fait en toutceladeqeoy tnlt puisses vanter? Tu as consentit je le agay, bien : le mouvement de ta volonté a lîbri» ment suivy celuy de la grâce céleste* Mail tout cela , qu'est-ce autre chose « aîikei recevoir l'opération divine , et n'y reatsilr pas? Et qu'y a-t-il en cela que ta n'ayvl receu? Ouy mosme, pauvre homme q« tu es , tu as receu la réception de laqudlf tu te glorifies, et le consentement duqul tu te vantes. Car, dis-moy, je te prie, ai m'ad voueras-tu pas que si Dieu ne t'eart prévenu, tu n'eusses jamais senti sa bontii ny par conséquent consenti à son aoioarf non, ny mosme tu n'eusses pas fait aai seule bonne pensée pour luy. Son mouvt* ment a donné l'estre et la vie au tien: et si sa libéralité n'eust animé, excité etpr^ voqué ta liberté, par les puissana attraiH do sa suavité, ta liberté fuat tousjoursdt* meurée inutile à ton salut. Je confes-aequi tu as coopéré à l'inspiration en consentant: mais si tu ne le sçais pas , je t*apprandl que ta coo^Hjration a pris naissance de 1*0* peration de la grâce , et de ta franche ta* lonté tout ensemble } mais en telle sorti neantmoinsque , si la grâce n*eust preveaa et rempli ton cœur de son opération , jamais il n'eust eu ny le pouvoir , ny le vaa* loir de faire aucune opération*
Mais dis-moy de rechef, je te pria, homme vil et abject, es-tu pas ridiciilef quand tu penses avoir part en -la gloire di ta conversion , parce que tu n*aa pas i» poussé l'inspiration ? N'est-ce pas la fsniaî* ' sie des voleurs et tyrans de penser doaav ' la vie à ceux auxquels ils ne l'oatent pAf et n'est-ce pas une forcenée impieté é$ penser que tu aies donné la saincte efieace et vive activité à l'inspiration divise t parce que tu ne la luy as pas estée par U résistance? Nous pouvons empeaclier iM effecls de l'inspiration , mais nous ne tas luy pouvons pas donner. Elle tire sa forei et vertu de la bonté divine « qui est le liai de son origine , et non de la volonté ha* maine qui est le lieu de son aboitl. S*iadi*
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pat ds la prinoeflBe de nostre | laquelle ooD-seulement elle luy fait voir la pamboW, ai elle se vaDloit d'avoir donné "
li varta et propriété aui eaux cordiales et IBtrea nedicamens , ou de s*estre guérie lUe-ineame; parce que , ^i elle n*eust receu ki remèdes que le roy luy donna et versa daoa sa bonche , lorâqu*à moitié morte elle l'avoit presque plusdesentiment, ilsn*cus- Msl point eu d'opération I Ouy , luy diroit- OBi ingrate que vous estes, vous pouviez voua opinlastrer à ne point recevoir les re- ■edeSy et meeme les ayant reccus en vostre bouche « vous les pouviez rejetter : mais il n'est pas vray pourtant que vous leur ayes donné la vigueur , ou vertu ; car ils Tavoient par leur propriété naturelle. Seuleaiant vous avez consenti de les recevoir, It qu'ils 6ssent leur action ; et encore i*aasaiea-vou8 jamais consenti , si le roy le vous eust premièrement revigorée et pois sollicitée à les prendre : oncques vous le les eussiez receus , s'il ne vous eust ailée à les recevoir , ouvrant vostre bouche iveo ses doigts et respandant la potion deiana icelle.N'estes-vouspasdoncun monstre d'ingratitude de vous vouloir attribuer in bien que vous devez en tant de façons à voatre cher espoux I
La petit admirable poisson que Ton MMnme Ecliineis , Remore ou Àrrestenef , a bien le pouvoir d'arresler ou de n'arrester point le navire cinglant en haute mer 6D plaine voile ; mais il n'a pas le pouvoir de le faire ny voguer , ny cingler ou surgir; il peulempescher le mouvement , mais il oe le peut pas donner. Noslre franc arbitre peut arrester et empesciier la course de l'inspiration; et quand le vent favorable de la graoe céleste enfle les voiles de oostre esprit , il est en nostro liberté de refuser nostre consentement , et empescher par ce moyen reffecl de la faveur du vent : mais quand nostre esprit cingle et fiut heureusement sa navigation, ce n'est pas nous qui faisons venir ie vent de Tinspiration , ny qui en remplissons nos voiles, ay qui donnons le mouvement uu navire de nostre cœur ; ains seulement nous roeavons le vent qui vient du ciel , consentons à son mouvement , et laissons aller le navire sous le vent sans lempècher par le
ranore de nostre résistance. C'est donc . ^ ^
l'inspiration qui imprime en nostre franc la fumée ; car en montant il se subti* arbitre Theureuseet suave influence, p ise, et en se subtilisant il se dissifie. A
beauté du bien , mais elle l'eschaufle , l'aide , le renforce et l'esmeut si doucement, que par ce moyen il se plaistel escoule librement au party du bien.
Le ciel prépare les gouttes de ta fraische rosée au printemps , et les espluye sur la face de la mer , et les meres-piTles qui ouvrent leurs escailles, reçoivent ci's gouttes , lesquelles se convertissent en perles : mais au contraire les meres-perles qui tiennent leurs escailles fermées , n'empeschent pas que les gouttes ne tombent sur
elles;ellesempeschentneantmoinsqu'elles ne tombent pas dans elles. Or le ciel a-t-il pas envoyé sa rosée et son influence sur l'une et l'autre mere-perletPourquoy donc Tune a-t-elle par effect produit sa perle, et l'autre non? Le ciel avoit esté libéral pour celle qui est demeurée stérile, autant qu'il esloit requis pour la rendre fertile ; mais elle a em()esché l'effect de son bcne« Oce , se tenant fermée etcouverle. Et quant à celle qui a conceu la perle , elle n*a rien en cela qu'elle ne tienne du ciel , non pas mesme son ouverture par laquelle elle a receu la rosée ; car sans le ressentiment des rayons de l'aurore qui l'ont doucement excitée, elle ne fust pas venue en la sur* face de la mer , ny eust pas ouvert son es* caille. Theotime, si nous avons quelque amour envers Dieu , à luy en soit l'honneur et la gloire , qui a tout fuit en nous , et sans lequel rien n'a esté fuit ; à nous en soit lulilité et lV)bligation. Carc'cst le par» tage de sa divine bonté avec nous : il noua laisse le fruict de ses bienfaicts, et s'en reserve Thonneur et ta louange : et certes, puisque nous ne sommes tous rien que (lar sa grâce, nous ne devons rien estre que pour sa gloire.