CHAPITRE n
Que par la Mincie complaisance nous sommes Kodus comme peUls enfanta aux mammelles de Nosire Seigneur.
0 Dieu ! que Tame est heureuse , qui prend son plaisir à sçavoir et cognoi>ire que Dieu est Dieu , et que sa bonté est une inGoie bonté l Car ce céleste er^poux , par cette porte de la complaisance « (3) entre » en elle et soupe avec nous , comme nous » avec luy. » Nous nous paissons avec luy de sa douceur, par le plaisir que nous y prenons , et rassasions nostre rœur es perfections divines, par Taise que nous en ivons. Et ce repos est un souper , à cause du repos qui le suit, la complaisance nous faisant doucement reposer en la suavité du bien qui nous délecte, et duquel nous repaissons nostre cœur. Car , comme vous
(1) «alai. n, t|y — (t) Apoe. ui, M.
sçavcz, Theolime, le cœur se pûir^t des choses esquollosil se plaist ; si qti'm naître langue françoijeon dit qiie l'un -e p..i>t do l'honneur, l'autre des rirliO'%s(s; comme le sage avoit dit que a 1) la bouche des fols » se paist d'ignorance; » et la souveraine sagesse proteste que sa (2) viande, c'cslà dire, son plaisir , n'est autre chose que de faire la volonté de son Pcre. En somme Taphorisme des médecins est vray, qm^ ce qui est savouré, nourrit ; et celuy des philosophes, ce qui plaist paist.
« (3) Que mon bien-aimé vienne en son » jardin , dit l'espouse sacrée , et qu'il y » mange le fruici de ses pommes. » Or le divin espoux vient en son jardin, quand il vient en l'ame dévote : car puisqii'ii se « (4) plaist d'estre avec les enfans des » hommes, »où peut-il mieux loger qu'en la contrée de l'esprit qu'il a fait à son image et ressemblance ? En ce jardin , luy-mesme y plante la complaisance amoureuse que nous avons en sa bonté, et de laquelle nous nous paissons; comme de mesme sa bonté se plaist et se paist en nostre complaisance , ainsi que de rechef nostre complaisance .s'augmente de quoy Dieu se plaist de nous voir plaire en luy : de sorte que ces réciproques plaisirs font l'amour d'une incomparable complaisance, par laquelle nostre ame , faicte (5.) jardin de son espoux , et ayant de sa bonté les pommiers des délices, elle luy en rend le fruict ; puisqu'il se plaist de la complaisance qu'elle a en luy. Ains-i tirons-nous le cœur de Dieu declans le nostre, et il y respand son baume précieux. Et ainsi se pracliquo ce que la saincte e>pouse dit avec tant d'all<\qrcsso : Le roy de mon cœur « (6) m'a menée dans » ses cabinets : nous tressaillirons ei nous » resjouirons en vous, nous remcnlevan l de » vos mammelles plus aimables que le vin : » les bons vous aiment. » Car, je votis prie, Theotime, qui senties cabinelSiXav.^ roy d'amour, sinon ^es mammelles (jui abondent en variété do douceurs et sua vi lez? la poictrine et les mammelles delà nKTe sont les cabinets des thresors du petit enfant: il n'a. point d'autres richesses que ceiles-là, qui lui sont plus précieuses que Tor et le to-
(1) PrOT. XT, Ik — (1) Joan. !▼, 39.
(8) Cant. Caot. ▼, 1.
(4) Prov. vus. 31. — (S) Cant. Caat. v, 1. (f ) Cant Cant. i, a.
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TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU
pase, plus aimables que le reste du monde.
L'ame doncque> qui conlomple les lliresors infinis do perfeclions divines en son bien-aiiné, se lient pour trop heureuse et riclie , d'auUml que l*amour rond sien par complaisance lou( le bien et contentement de ce cher e^poux. El tout ainsi que Tenfançcn Tait de petits eslansdu costé du sein de sa more, et trépigne d*aise de le voir découvert; comme la mère aussi, de son coslé, le Iny présente avec un amour tousjours un peu empressé : de mesme Tame dévoie ressent des tressaillcmcnset eslans dejoye nompareille pour le plaisir qu'elle a de regiirder les thresors des perfections du roy de son sainct amour; et surtout quand elle voit que luy-mesme les luy monblre par amour, et qu'enlre ces perfections celle de son amour infiiiy reluit excellemment. Ué 1 n'a-t-elle pas raison, cette belle ame, de 8*escrier : 0 mon roy , que vos richesses sont aimables, et que vos amours sont riches ! Hé 1 qui en a plus de joye , ou vous qui en jouyssez , ou moy qui m'en resjouys? «(4) Nous tressaillons d*al- » legresse en la souvenance de voslre sein» si fécond en toute excellence de suavité ; moy, parce que mon bien-aimé en jouyt; vous, parce que voslre bien-aimée s'en resjouyitcar ainsi nous en jouyssons tous deux, puisque voslre boulé vous fait jouyr de ma resjonystance , et mon amour me fail resjoiiyr de voslre jouyssance. a (2)Ah 1 » les juslcs et bons vous aiment. » lit comme pourroil-on eslre bon , et n'aimer pas une si grande bonté? Les princes terrestres ont leurs thresors es cabinets de leurs palais, leurs armes en leurs arcenals -, mais le prince céleste , il a son thresor en son sein , ses armes dans sa poictrine : et parce que son thresor et sa bonté , comme ses iirmes sont ses amours, son sein ressemble à celuy d'une douce mère, dont les miinmielles sonl comme deux cabinels riches en douceur de bon luicl, armez d'autant de traits pour assubjetlirlecher petit pou()on , comme il en peut faire de traictes en teltant.
Certes , la nature a logé les mammelles en la poictrine, alin que la chaleur du cœur y faisant la concoclion du laict, comme la mère est la nourrice de l'enfant , le cœur d'icelle en fust aussi le nourricier ; et que
(1) GMt. eut. 1, 1. -<l) OM.
le laict fust une viande toute d'amour, c (4) meilleure cent fois que le vin. » Notex cependant , Tiieolime , que la comparaison du laict et du vin semble si propre à Tespouse sacrée, qu'elle ne se contente pas de dire une fois que les a (2) mammelles de » son espoux surpassent le vin ; » mais elle le rep<;te par trois fois. Le vin , Theotimei est le laict des raisins ; et le laict est te via des mammelles : aussi l'e.^pouse sacrée dit que son bien-aimé est raisin pour elle, mais (Z)raisin cyprin , c'est-à-dire , d'une odeur excellente. Moyse dit que les Israélites pouvoient a (4) boire le sang très-pur » et tres-bon du raisin ; » et Jacob descrivanlà son fils Judas la fertilité du lot qu'il auroit en la terre promise, prophétisa sous cette figure la véritable félicité des chrestiens, disimt que le Sauveur a (5) laveroit » sa robbe, c'est-à-dire, la saine te Eglise» » au sang du raisin , » c'est-à-dire, en soa propre sang. Or le sang et le laict ne sont non plus difforens l'un de l'autre , que le verjus et le vin ; car comme le verjus meurissant par la chaleur du soleil , change de couleur, devient vin agréable , et se rend propre à nourrir ; aussi le sang assaisonné par la chaleur du cœur, prend la belle couleur blanche, et devient un^ nourriture grandement convenable aux enfans.
Le laict, qui est une viande cordiale toute d'amour, représente la science et théologie myslique, c'est-à-dire, le doux savourement provenant de la complaidimce amoui'euse que l'esprit reçoit, lorsqu'il medile les perfections de la bonté divine : mais le vin signiQe la science ordinaire et acquise, qui se tire à force de spéculai ion sous le pressoir de plusieurs argumens et disputes. Or le laict que nos âmes succent es mammelles de la charKé de Nostre-Seigneur , vaut mieux incomparablement que le vin que nous tirons des discours humains : car ce laict prend son orij^ine de l'amour céleste, qui le prépare à ses enfuns avant mesme qu'ils y ayent pensé; il a uo goust amiable et suave, son odeur surpasse tous les parfums , il rend l'haleine franche et douce comme d'un enfant de laict; il donne une joye sans insolence, il enyvre sans hebelcr; il ne levé pas le sens , mais il le relevé.
(1) C«nt. C«nu I, s. •» (t) IbM. - (!) C«U. GtML «ni. (k) D«ut«r. xxsii, 1^. — (•) G«att. kux. 11.
UTR£ V, CHAPITRE m.
USB
Ouaod le Mi net homme Isaac embrassa et baisa son cher enfant Jacob < (4) il sen- » lit la bonne odeur de ses vostemond; » et aoudain paifumé d*un plaiaiir cxtresme :
0 ! dil-il , « voicy que Todeur de mon ûls
1 estoomme Todeur d*un champ fleury que a Dieu a beny . » LMiabit et le purfum estoit en Jacob , mais Isaac en eu&t la complaisance et raejouygâancc. Hclas 1 j'ame qui tient par amour aon Sauveur entre les bras de se» affeciiona, combien driicicu.-temont sent-elle loa parrums des perfectionà infinies qui se reiroùventen luy 1 et avec quolle complaisance dit-elle on soy-meàme : « Ah 1 » voicy que la senteur de mon Dieu est 1 comme la senteur d'un jardin fleurissant 1 > Hé ! que (2) se*) mammollos sont precieu* i ges, respandiint le» piirfumi^ souverains 1» ainsi Tesprit du grand 8. Augustin , balançant entre les sacrea contentemens qa*il avoit à considérer , d*un costé le mystère de la naissance de son maiotre, et de Taulre part le mystère de I» passion , &'i8crioit tout ravy en cette complaisance t
Bftirt nio è( t*aiiire mystère , AvfMl d«ls-Je fiMD ««or MOgWff D'OQ co«té le Min U« la mère ■*uffie «on laict pour en manffer; Se revire le plajre leleuire Jette ioa MOf pour m'tbreoTer*