‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 132 sur 365 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Qw II fserée Mm^ltMinp* donne nostr« cttar à Dif u , #4 QOiM f«ii teoUr «a perpeiael dtiir eo UjoujfMDce.

L'amour que notis portons à Dieu prend 8Mi origine de ta première complaisance que nostre cœuf sent , soudain qu'il aperçoit la bonté divine , lorsqu'il commence.à tendre ters Jcelle. Çr, quand nous accroissons et renforçons celte première complaisance , par le moyen de rexcrcice de l'amour, ainsi que nous avons déclaré es chapitres preceden.*), alors nous attirons dedans nostrecœur tes i)erf cotions divines, et joiiyssons de la divine bonté , par la resjouyssanoe que nous y prenons ; practiquant cette première partie du contentement amoureux que Tespouse sacrée exprime , disant : « (3) Mon bien-aimé est à moy. » Mais parce que cette complaisance amoureuse estant en nous qui l'avons , ne laisse pas d*estre en Dieu en qui

(1) C— et. vnrn, fl,

m GtBi. CaM. I, t. — (^ ISM. a, M.

nous la prenons, elle nous donne rccipro» quomcnt à la divine bonté : si que, pur ce sainct amour de complaisance, nous jouy:^ sons des biens qui sont en Dieu, comme s'ils estoient no.'itrcs. Mais parce que les perfections divines sont plus fortes que nostre esprit, entrant en iceluy elles le possèdent réciproquement ; de sorte quo nou!4 ne disons pus seulement que Dieu est nostre par cette complaisance , mais aussi que nous sommes à luy.

L'herbe aproxis, ainsi que nous avons dit ailleurs, a une si grande correspondance avec le feu, qu'encore qu'elle en soit esioignée, soudain neantmoins qu'elle est à son aspect, elle attire la flamme et conn mence à brasier , concevant son feu , non tant à la chaleur qu'à la lueur de celuy qu'on luy présente. Quand donc par cetta attraction elle s'est unie au feu, si elle sçavoit |)arler , ne pourroit-elle pas dire : Mon bien-aimé feu est mien , puisque je l'ai attiré à moy , et que je jouy» de ses fljinmes : mais moy je suys à luy , cjir si je Tay tiré à moy, il me réduit en luy^ conimO plus fort et plus noble : il est mm feu , et je suis son herbo : je Tattire , et il mo brusie* Ainsi nostre cœur s'cstani mis en la présence do lu divine bonté* et ayant attiré les perfections d'icclle par la complaisance qu'il y prend , peut dire en terité : La bonté de Dieu est toute mienne , puisque je jouys de ses excellences, et moy je suis tout sien , puisque ses contentemens me possèdent.

Par la complaisance, nostre ame (4) comme une toison de Oedeon , se remplit toute de la rosée céleste : et cette rosée est à la toison , parce qu'elle est descendue en icelle ; mais réciproquement la io\M)n est à la rusée, parce qu'elle est detrem()ée par icelle et en reçoit le prix. Qui est plus l'un à l'autre, ou l.i perle à Thuistre, on l'huistre à la perle? La (lerlee^^t à l'huistre qui l'a attirée à suy; mais rhiiistre est à la perle, laquelle luy donne la valeur et l'estime. La coinpiaisimce nous rend (lossesseursde Dieu, tirant en nous les perfections dlioeluy , et nous rend po.<isedez de Dieu, nous attachant et appliquant aux perfections d'iceluy .

Or, en cette complaisance nous assouvissons tellement noitro ama de cootenta-

(1) L J«dle. TUM.

TRAITÉ DE L*AMOUR DE DIRU

ment , que nous ne laissons pas de dosîrer de Passouvir encore; (*t savourant la bon té divine, nous la voudrions encore savourer: en nous rassasiant, nous voudrions tou»jours manger; comme en m.nngeant nous nous sentons rassasier (4). Le chef des apostres ayant dit en sa première epi^itre, que les anciens prophètes a voient manifesté les srraces qui dévoient abonder pai^ my les chrestiens, et entre autres choses la ()assion de Nostre-Seigneur et la gloire qui la dcvoit suivre, tant par la resurrec. tion de son corps que par Tcxaltation de son nom ; enGn il conclut que les anges mesmes désirent de regarder les mystères de la rédemption en ce divin Sauveur, « (^) auquel, dit-il , les anges désirent re- » garder. » Mais comment donc se peutil entendre que les anges qui voient le Rédempteur , et en iceluy tous les mystères de noslre salut, désirent neantmoins encore de le voir ? Theotime , ils le voient certes tousjours, mais d'une veuë si agréable et délicieuse, que la complaisance qu'ils en ont, les assouvit sans leur ester le désir, et les fait désirer sans leur ester Tassouvissement : la jouyssance n*est pas diminuée par le désir, ains en est perfectionnée ; comme leur dosir n*est pas eslouffé, ains affinée par la jouyssance.

La jouyssance d*un bien qui contente tonsjours, ne tiestrit jamais, ains se renouvelle et fleurit sans cesse : elle est tousjours aimable , tousjours désirable. Le continuel contentement des célestes amoureux produict un désir perpétuellement content, comme leur continuel désir fait naistre en eux un contentement prrpeluellemenl désiré. Le bien qui est finy, termine le désir, quand il donne la jouyssance, et este la jouyssance , quand il donne le désir, ne pouvant esire possédé et désiré tout enseiiibie. Mai^ le bien infiny fuit régner le dosir dans In pssession, et la possession duns le désir; ayant de quoy assouvir le dosir parsa saincte présence, etde quoy le faire tousjours vivre par la grandeur de son excellence , laquelle nourrit en tous ceux qui le possèdent, un désir tousjours con tentetdu contentement tousjours désireux.

Imaginez-voas , Theotime , ceux qui tiennent en leurs bouches Therbesci tique; car, à ce qu'on dit, ils n*ont jamais ny

(1) 1. Peir. 1, 1«, il. (t) UM. 1, 11.

faim ny soif, tant elle les rassasie; et jamais pourtant ils ne perdent l'appétit, tant elle les subtente délicieusement. Quand nostre volonté a rencontré Dieu , elle se repose en'iuy, prenant une souveraine complaisance, et neantmoins elle ne laisse pas de faire le mouvement de son désir : car comme elle désire d'aimer, elle aima aussi de désirer ; elle a le désir de Tamour, et l'amour du désir. Le repos du cœur ne consiste pas à demeurer immobile, roaisè n'avoir besoin de rien ; il ne gist pas à n'avoir point de mouvement, mais À n'avoir point d'indigence de se mouvoir.

Les esprits perdus ont un mouvement éternel sans nul meslange de tranquillité : nous autres mortels qui sommes encore en ce pèlerinage, avec tantost du repos, lantost du mouvement en nos affections; les esprits bienheureux ont tousjours le repos en leurs mouvemens , et le mouvement en leur repos, n'y ayant que Dieu seul qui ait le repos sans mouvement, parce qu'il est souverainement un acte pur et substantiel Or, bien que selon la condition ordinaire de cette vie mortelle, nous n'ayons pas le repos en nostre mouvement , si est-ce toutesfois que lorsque nous faisons les essais des exercices de la vie immortelle, c'est- à-dire, que nous practiquons les actes du sa i net amour, nous trouvonsdureposdans le mouvement de nos affections, et du mouvement au repos de la complaisance que nous avons en nostre bien-aimé, recevant par ce moyen des avant-goustsde la future félicité à laquelle nous aspirons.

S'il est vray que le caméléon vive de l'air, partout où il va dans l'air, il a de quoy se repaistre : qu'il se remue d'un liea àl'austre, ce n'est pas pour chercher de quoy se rassasier, mais pour s'exercer dedans son aliment, comme les poissons dedans la mer. Qui désire Dieu en le ix)ssedant, ne le désire pas pour le chercher, mais pour exercer cette affection dedans le bien mesme duquel il jouyt : car le cœur ne fait pas ce mouvement do désir comme prétendant à la jouyssance de l'avoir, puisqu'il l'a desjà, mais comme s'estendant à la jouyssance laquelle il a : non pour obtenir le bien , mais pour s'y recréer et entretenir : non pour en jouyr, mais pour s'y esjouyr; ainsi que nous marchons et nous esmouvons iwur aller en quelque délicieux

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