CHAPITRE VI
De Tamonr de bien venil lance que noaf erertont envers Noslre-Seigneor ptr manière de deiir.
En l'amour que Dieu exerce envers nous, il commence tousjours par la bienveuillance , voulant et faisant en nous tout le bien qui y est, auquel par après il se corn* plaist. Il ût David selon son cœur par bienveuillance, puis il le «(4) trouva selon son cœur par complaisance. » Il créa premièrement Tunivers pour l'homme, Tbomme en Tunivers , donnant à chasque chose le degré de bonté qui luy estoit convenable, par sa pure bienveuillance ; puis il approuva a (2) tout ce qu'il avoit fait, trou- » vant que tout estoit tres-bon , et se re- » po.-a par complaisance en son ouvrage. >
Mais nostre amour envers Dieu commence au contraire par la complaisance que nous avons en la souveraine bonté et infinie perfection que nous sçavons estre en la divinité ; puis nous venons à l'exercice de la bienveuillance. Et comme la complaisance que Dieu prend en ses créatures, n'est autre chose qu'une continuation de sa bienveuillance envers elle, aussi la bienveuillance que nous portons à Dieu, n'est autre cho?e qu'une approbation et persévérance de la complaisance que nous avons en lui.
Or cet amour de bienveuillance envers Dieu se praclique ainsi. Nous ne pouvons désirer d'un vrai désir aucun bien à Dieu, parce que sa bonté est infiniment plus parfaiclc que nous ne sçaurions ny désirer ny penser. Le désir n'est que d'un bien futur, et nul bien n'est futur en Dieu, puisciue tout bien luy est tellement présent , que la présence du bien en sa divine majesté n'est autre chose que la divinité mesme. Ne pouvant donc point faire aucun de?ir absolu pour Dieu , nous en faisons des imaginaires et conditionnels, en cette sorte : Je vous ay dit, « (1) Seigneur, » vous estes mon Dieu, (jui tout pieni de » voslre infinie bonté ne pouvez avoir indi » gence, ny de mes biens, » ny de chu>es quelconques : mais si, par imaginatiuii de chose impossible , je pouvois penser que vous cu:5-i(z besoin de quelque bien, je ne cesserois jamais de vous le souhaiter,
(1) Act. XIII, ti,^(t) Geaet. i, 31.
(Sj V». XV, X.
UVkE V, CHAPITRE Vlï.
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t de ma vie , de mon estrc , et de | t qui est au monde. Que si estant ce \ us estes et que vous ne pouvez jaesscr d*estre, il cstoit possible que ?ceussiez quelque accroissement de > mon Dieu 1 quel desir aurois-je que eussiez , alors ; ô Seigneur éternel , idrois voir convertir mon cœur en t , et ma vie en soupir, pour vous r ce bien-là. Ah! mais pourtant. 6 *é bien-aimé de mon ame , je ne deas de pouvoir désirer aucun bien à majesté; ains jemecomphûsde tout aeur en ce supresme degré de bonté 3U.S avez, auquel ny par desir, ny 5 par pensée , on ne peut rien adr. Mais si ce desir estoit possible, 6 té infinie, ô infinité divine, mon oudroit estre ce desir, et n*estre rien que cela , tant elle desireroit de deour vous cêqu*elle se complaist innt de ne pouvoir pas désirer, puisque issance de faire ce de.-ir provient de e infinité de vostre perfection, qui ise tout souhait et toute pensée. Hé!
aime chèrement Timpossibilité de pouvoir désirer aucun bien, ô mon
puisqu'elle provient de l'incompre- >le immensité de vostre abondance, le est si souverainement infinie , que trouvoit un desir infmi , il seroitinnt assouvy par l'infinité do vostre
qui le convertiroit en une infinie aisance. Ce desir doncques, parima- j jn de choses impossibles, peut estre , jefois utilement practiqué emmy les s seatimens et ferveurs extraordi- ; . Aussi dit-on que le grand S. Augus- | faisoit souvent de pareille sorte, (t encore une sorte de bienveuillance i Dieu, quand, considérant que nous ; ivons l'agrandir en luy-mesme, nous , ns de l'agrandir en nous, cest-àde rendre de plus en plus et tousplus grande la com[)laisance que avons en sa bonté. Et lors, mon ime , nous ne desirons pas la comnce pour le plaisir qu'elle nous donne, )arce seulement que ce plaisir est en Car coomie nous ne desirons pas la leance pour la douleur qu'elle met i cœurs, mais parce que cette douleur ioit et associe à nostre bien-aimé dou- IX y ainsi n'aimons-nous pas la com«
plaisance, parce qu'elle nous rend du plaisir, mais d*autant que ce plaisirse prend en Tu* niondu plaisiretbienqui estenDieu, auquel pour nous unir davantage nous voudrions nous complaire d'une complaisance infiniment plus grande, à Timitalion de la très* saincle reine et mère d'amour de laquelle rame sacrée magnifioit (1) etagrandissoit perpétuellement Dieu. Et afin que l'on sceut que cet aggrandissement se faisoit par la complaisance qu'elle avoit en la divine bonté, elle déclare que .-on « (2) esprit » avoit tressailly de contentement en Dieu » son Sauveur. »