CHAPITRE VIIL
Gomme la uincto btenveaillance produit la louange du divin bien-aimé.
L'honneur, mon cher Theotime, n'est pas en celuy que Ton honore , mais en celuy qui honore. Car combien de fois arrivet-il que ceîuy que nous honorons n'en sçait rien , et n'y a seulement pas pensé? Combien de fois louons nous-ceux qui ne nous coi^noissent pas ou qui dorment? et toutesfois , selon l'eslimo commune des hommes et leur ordinaire façon de concevoir, il semble que c'«'sl faire du bien à (|uelqu'un quand on luy fait de l'honnpur, et qu'on luy donne beaucoup quand on luy donne des lilres et des loiianges ; et nous ne faisons pas difliculté de dire qu'une personne est riche d'honneur, de gloire de réputation , de louange , encore qu'en vérité nous sçachions bien que tout cela est hors de la personne honorée, et que bien souvent elle n'en reçoit aucune sorte de profit, suivant ce mot attribué au ^rand sainct Augustin : 0 pauvre Aristote ! tu es loué où tu es abser)t , et tu es brusié où tu es présent. Quel bien revient-il , jo vous prie , à César et à Alexandre le Grand de tant de vaines paroles que plusieurs vaines âmes employent à leur louange ?
Dieu , comblé d'une bonté qui surmonte toute louange et tout honneur, no reçoit (t> P». xKti, 8. - (t) CMt. caat. t, 10 et leq.
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iciiii advantage ny surcroisi de bien pour iQtes les bénédictions que nous luy don- )iis: il n*cn est ny plus riche, ny plus "and ni plus content, ny plus heureux:
ir son heur, son contentement , sa granîur et ses richesses, ne sont ny peuvent lire que la divine infinité de sa bonté, oute^^fois parce que , selon nostre apprc- 5nsion ordinaire, l'honneur est estimé m des plus grands efifects de nostre bienmillance envers les autres, et que par eluy non-seulement nous ne presuppo- »ns point dModigence en ceux que nous morons, mais plutost nous prolestons rilB abondent en excellence; partant ms employons cette sorte de blenveuilnée envers Dieu , qui non-soulemcnt Taée, mais la requiert comme conforme à «tre condition , et si propre pour tesoigner l'amour respectueux que nous luy ivons , que mesme il nous a ordonné de y rendre et rapporter tout honneur et wre.
AIns donc l'ame qui a pris une grande mplaisance en l'infinie perfection de ieu , voyant qu'elle ne peut luy souhaiter icun aggrandlssemenl de bonté, parce l'îl en a infiniment plus qu'elle ne peut sirer ny mesme penser, elle désire au ^ins que son nom soit beny, exalté, jé , honoré et adoré de plus en pins; et mmençant par son propre cœur, elle ne Bse point de le provoquer à ce sainct ercice : et comme une avette sacrée, e va voletant çà et là sur les fleurs des ivres et excellences divines , recueillant celles une douce variété de complai- Dces, desquelles elle fait naistre etcom* se le miel cele-(e de bénédictions, langes et confessions honorables, par quelles, autant qu'elle peut, elle maifie et glorifie le nom de son bien-aimé , 'imitation du grand psalmiste, qui ayant vironné et comme parcouru en esprit , merveilles de la divine bonté , immot sur l'autel de son cœur l'hostie mysti* e des eslans de sa voix p.nr cantiques et aimes d'admiration et bénédiction.
non (oar tolant çà ti là Bes alstei de m p«ofté« , IU*y iTaiHDlraUoD , Vun» foix b«ol etlanoé*, Vn MCrihce immola f«r IB har^ blata «onaéd, CbaotaDt beoedlctloo.
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Maie oe desirde loutr Dîea que la saincte bienveuillance excite en nos cœurs, Théo time , est insatiable : car Tame qui en est touchée, voudroit avoir des louanges in* finies pour les donner à son bien-aimé, parce qu'elle voit que ses perfections sont plus qu'infinies; si que se trouvant bien asioignée de pouvoir satisfaire à son souhait , elle fait des extresmes efforts d'affection pour en quelque sorte louer cette bonté toute louable ; et ces efforts de bienveuillance s'aggrandissent admirablement par la complaisance , car à mesure que l'ame trouve Dieu bon , savourant de plus en plus la suavité d'iceluy, et se complaisant en son infinie beauté , elle voudroit aussi relever plus hautement les louanges et bénédictions qu'elle lui donne. Or, à mesure aussi que l'ame s'eschauffe à louer la douceur incompréhensible de Dieu , elle aggrandit et dilate la complaisance qu*elle prend en icelle ; et par cet aggrandisse* ment elle s'anime de plus fort à la louange. De sorte que l'affection de complaisance et celle de louange, par ces réciproques poussemens et mutuelles inclinations qu'elles font Tune à l'autre, s*entre-> donnent des grands et continuels accroissemens.
Ainsi les rossignols se complaisent tant en leur chant , au rapport de Pline, que , pour cette complaisance, quinze Jours et quinze nuicts durant ils ne cessent Jamais de gazouiller, s'efforçant de tousjours mieux chanter en l'envy les uns des autres : de sorte que lorsqu'ils se desgoisent le mieux , ils y ont plus de complaisance, et cet accroissement de complaisance les porte à faire les plus grands efforts de mieux gringotter^ augmentant tellement leur complaisance par leur chant, et leur chant par leur complaisance , que maintes fois on les voit mourir, et leur gosier es* clatter à force de chanter : oiseaux dignes du beau nom de Philomele , puisqu'ils meurent ainsi en l'amour et pour Tamour de la mélodie.
0 Dieu 1 mon Theotime , que le cœur ar« domment pressé de l'affection de louerson Dieu reçoit une douleur grandement délicieuse et une douceur grandement douloureuse, quand après mille efforts de louange il se trouve si court 1 Helasiil voudroit, oe pauyre rossignol , toujours plis
m TRVrrft m l-amour de diko.
huiiu meut hit.ror b« «cens el perfec- ' Car ce n'est pas comme s'il euat dit •- le
cygiilfi myslique. Mon amc , mw
pg])rils , mes pensécu ol toutes les Tacultei qui sontramossées au dedans de moi, sont orgues. 0 qu'à jamais tout cela bénisse le nom et retentisse les louanges de moo Dieu I
11 imlodieponr mieux chanter les j suis liciieilirlionBdes<inclierhiwn-nimé.Amesi:ro qu'il lOMc , il s.> plaist à louer, et à me- me qu'il M' (ilai*l n louer, il se deplai lile ne pouvoir encore mieux louer; el poiir se cotitcnler an mieux qu'il peut en cette pns-i(-q. il fait toute- sorlesd'etforliï entre lrs(|uols il tombe en langueur, eomnie il «dvenoil ini Ires-glorieux soincl François , qui , emmy Ips pluisirs q<i'il prenuil n louer Diru et chanter ses cantiques d'ami/ur, jeituitunc grandi! uffluence de larmes . el luissoit souvent tomber de foi ble:^>' ce que |m ur alors il tenoit en main , domciiniiil comme un sacni Pliilomt-I» i cœur tailly , et perdant stmvent le respirer i force d'n^pirer aux louanges de celuy qu'il ne pouvoit jamais assez louer.
Mais oyez une similitude agréable sur
œ.suljjel,tiréedunomqHecesainctamou- ^^
X dt^nnoit à ses religieux ; cnr il les ap- ^„„g voyons avoir fait les trois enfans en
Comme II bitDvtyillancp nt
uinge d< Dieu.
Le cœur atleint et pressé du de-ir do louer plus qu'il ne peut la divine bonti , apresdivers efTurtssorl maintesiois de soyoiesme pour convier toutes les creaturtsi ' en son dessein, (i) Comme
pcloilcys-ales. à raisondcsluuurtgesqi renduient à Dieu emmy la nuit. Lescygales, Thcolime , ont leur poictrine pleine de tuyaux, comme si elles estoient des orgues naturi-lU's, et i^ur mieux chanter elles ne vivent que do la ro^ll^, In-iueito elles lie tirenl p- p:ir la boucl'e . car elle.n'in ont point, ains la sucrent par une pi'lile lancuetle qu'elles ont au milieu rie l'csiomac, |iar luquelle elles jett<.'iii aussi tous leurs sons avec tant du bruit, qu'eliis scmliknl n'estre que voix. Or l'nmanl s.icii esl comme cela ; ciir toutes les facuUc-z (le son ame soûl autant de tuyaux qu'il a CDru|Hiiclrine |»our résonner les caniii|Uf3 et louanj^esdu bien-aimé: sa dévotion ru milieu de toutes est la langue de
la fournaise en cet admirable cantique de bi'nediciions , par lequel ilsexcitenllout ce qui est au ciel, et la terre et sous terre, d n<ndre grâce à Dieu éternel , en le louant pt bénissant souverainement. Ainsi le plorieiix psalmisiP. loui csmeu do la passion >;ninetemenl (le'eglt*qui le portuil àlnDer Dieu , va sans ordre sautant du ciel à la terre ride la Icn eau cii-l .appelant peslemesle les nni;es , les poissons . les monts , les eaux, les dragons, les oyseaux, les serpens , le feu , la ■in-sli! , les brouillards, assemblant par ses Miuhaits toutes Icscrcaturos. afin qae toulrs ensemble s'accordent à magnifier pieusement leur Créateur, les unes célébrant clles-mesmes les divines louantes, et les autres donnant le subjecl
•Ion soincl Bernard , |Hir laquelle il reçoit jg [^ l'huer piir les merveilles de leurs dif-
lu rC'Séo des pei tections divines, les «uçar el atUranl » soy comme son aliment , piir la trer-saiucte complaisance qu'il y priTd, et pur celte mesme langue de dévotion il fait toutes re? voix d'oraison , de louange, de cantiques , de psalmes , de bénédictions, selon le tivun.iguiigu d'une des plus insignes cytiales «pintuclles qui ayt juineiâ esté uuye , Uquelle cliautoil ainsi :
ferentes proprietez, lesquelles manif{-stent la grandeur de leur facteur ; si que ce divin psolmisle royal ayant composé une grande quantité de psaumes avec cette inscription, louez Diev; après avoir discouru parmy toutes les créatures pour leur faire les saiocles semonces de bénir ta Majesté céleste, et parcouru une grande variété de moyens et inslrumeus propres A I» célébration de» louanges de cette éternelle bonté ; enCn comme tombant en défaillance d'haleini.',il conclut toute sa sa-