‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 140 sur 365 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comme le des ir de looer Dieu Dont fait aspirw

au eiel.

L'ame amoureuse voyant qu'elle ne peut assouvir le désir qu'elle a de louer son bien-aimé, tandis qu'elle vit entre los misères de ce monde, et sçachantque les louiinges qu'on rend au ciel à la divine bonté se chantent d'un air incomparablement plus agréable : 0 Dieu î dit-elle , que les louanges respandues par ces bienheureux esprits devant le throsne de mon roy céleste sont louables , que leurs bénédictions sont dignes d'estre bénites 1 0 que de bonheur d'ouyr cette mélodie de la tressaincte éternité, en laquelle , par une tressouefve rencontre de voix dissemblables et de tons dispareils , se font ces admirables accords èsquels toutes les parties avançant les unes sur les autres par une suite continuelle et incompréhensible liaison de chasses , en entend de toutes parts retentir dos perpétuels alleluya !

Voix pour leur esclal comparées aux tonnerres (4), aux trompettes, au ômtï des vagues 6e là mer agitée; mais voix qui aussi, pour leur incomparable dofteur et suavité, sont comparées à la mélodie des harpes (2) délicatement et délicieusement sonnées par la main des plus excellens joueurs; et voix qui toutes s'accordent à dire lo joyeux cantique |)aschal aile luya (3), louez Dieu , amen, louez Dieu,

0) A»oo. m, t.- (t) IbUL - (•) IbM. us, 1, 4.

DE L*AlfOUR DB DIEU.

Car sçachcz, Theolimc (4) qu*une voix sort du throsne divin, qui no cesse de crier aux heuroiix h:ibilan>de la glorieuse Hîeru-a'omcelesie : « dictes à Dieu louan- » ges, ô vous qui estes ses servileurs et » qui le craip;nez, grands et petits : » à quoy toute cette multitude innombrable des saincts , les chœurs des anges et les chœurs des hommes assemblez , resf>ond chantant de toute sa force {^) alleluya y louez Dieu, Mais quelle est cette voix admirable (]ui sortant du throsne divin , annonce les alleluya aux esleuz, sinon la tres-saincte c^implaisance, laquelle estant receue dedans Tesprit, leur fait ressentir la douceur des perfections divines, ensuite de laquelle naist en eux Tamoureuse bienveuillance» source vive des louanges sacrées? Ain>i par effect la complaisance procédant du throsne, vient intimer les grandeurs de Dieu aux bienheureux, et la bienvouillance les excite à respandre réciproquement devant le throsne les parfums de louange. Cesi pourquoy, par manière de rosponse, ils chantent etermWomeni alieluya , c'est-à-dire louez Dieu. La complaisance vient du throsne dans le cœur, et la bienveuillance va du cœur au throsne.

0 (jue ce temple est aimable où tout retentit en louQngi» ! Que de douceur A ceux qui vivent en ce sacré séjour où tant de Philomeles et rossignols relestes chantent avec celte wincte contention d'amour les cantiques d'éternelle suavité '

Le cœur donc qui ne peut en ce monde ny durnter, ny ouyr les louanges divines a son sré, entre en des plai^irs nompareils d*e^tre deslivré des liens de cette vie |)()ur aller en l'autre où on loue si parfaictement le bicn-aimé céleste ; et ces désirs s'eslant ainsi emparet du cceur, se rendent quelquefois si puiss:"ns et pressans dans la poietrine des amans «acrez , que banissant tous autres désirs, ils mettent en degoust toutes choses tt^reslres , et rendent l*anie tout tlaniitouhe et malade d'amour : voire mesme celte saincle passion passe aucune foissi avant, que, si Dieu le permet, on ennietirt.

Ainsi ce glorieux et sefaphique amant sainct François, ayant longuement esté travaillé de celle forte affection de louer

(1) Apoc. XIX, i. — (s; Ibid. «.

Dieu, enfin en ses dernières annéta, apras qu'il oust asseurance,parune tres-speciale révélation, de son salut éternel, il ne poiivoit contenir sa joye , et s'alloit de jour en jour CT'nsumant, comme si sa vie et son ame se fu^t évaporée ainsi que l'encens sur le feu des nrdens désirs qu'il avoit de voir son maistre pour le louer incessamment; en sorte que ces ardeurs prenant tous les jours de nouveaux accroittsemens, son ame sortit de son corps par un eslan qu'elle fit vers le ciel; car la divine providence voulut qu'il mourust en prononçant ces sacrées paroles : a (1) Hé ! lirez hors de cette prison » mon ame , ô Seigneur, afin que je bénisse » vostre nom : les justes m'attendent jus- » qu'à ce que vous me rendiez ma tran- » quillité désirée. » Theotimo, voyez de grâce cet esprit, qui comme un céleste rossignol enfermé dans la cage de son corps, dans laquelle il ne peut chanter à souhait les bénédictions do son céleste amour, sçait qu'il gazouitleroit et pratiqueroit mieux son beau ramage s'il pouvoitgagner Pair pour jouyr de sa liberté et de la société des autres Philomeles entre lesgayes et florissante» collines de la contrée bienheureuse. C'est pourquoy il exclame, Hélas 1 ô Seigneur de ma vie , hé ! par vostre bonté toute douce delivrez-moy, pauvre que je suis , de la cage de mon corps , relirez-moy de cette petite prison ; a(in qu'affranchy de cet esclavage, je puisse voler oii mes chers compagnons m'attendent là haut au ciel , pour me joindre à leurs chœurs et m'environner de leur joye. Là, Seigneur, alliant ma voix aux leurs, je ferai avec eux une douce harmonie d'airs et d'ac^^ens délicieux, chantant, louant et beni.>sant vostre miséricorde. Cet admirable sainct, conmie un orateur qui veut finir ch conclure tout ce qu'il a dit par quehpK? courte sentence, mit cette heureuse fin à tous ses souh-.iits et désirs, desquels ces paroles furent l'abrégé. Parolles auxquelles il attacha bi fortement son ame qu'il expira en les souspirant. Mon Dieu, Theotime, quelle douce et chère mort fut celle cy I mort heureusement amoureuse, amour saincte* menl mortel.

(1) P0. AKU, ••

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