CHAPITRE XII
De ]ê souveraine IcMian^e que Dieu se donne à soy-mesme , et de l'exeroice de bicnveuillance que nous faisons en icclle.
Toutes les actions humaines do nostre Sauveur sont infinies en valeur et mérite , à raison de la personne qui les produit qui est un rnesmoDi(Mi avec le Perc et le Sa i net- Esprit. Mais elles ne sont pas pourtant de nature et e.-sence infinie. Car tout ainsi qu'estimt en une chambre nous no recevons pas la lumière selon la grandeur de la clarté du soleil qui la respand , mais selon la grandeur de la feïiestre [)ar laquelle il la comntunicfiio : de mesme les actions humaines du Sauveur ni^ sont pas infinies, bien qu'elles soient d'infinie valeur ; d'au-
(1) Gant. Gant, ii, 1.
(S) Gant. O.int. Il, 1. — (3) Cani. CanU ii, 14.
/4) Ibtd. — (C)lbid.
LITRE V, CHAPITRE XIL
re que la personne divine les ) no les f;iit pas touLosfois selon de son infinilé, m;ns selon la inie de son humaniU^pnr laquelle il. De sorte que comme les acaines de nostre doiA^ Sauveur 3S en comparaison des nostres , •elles finies en comparaison de e infinité de la divinité : elles nie valeur, estime et dignité, ,»lles procèdent d'une personne eu . mais elles sont d*e>sence et e , parce que Dieu les fait selon 3t substance humaine qui est filange donc qui part du Sauveur, 'il est homme , n'estant pas de , infinie , elle ne peut corresponles parts à la grandeur infinie de à laquelle elle est destinée, iirquoy , après le premier ravisdmiration qui nous saisit quand i rencontre une louange si glomme est aAlc que le Sauveur n Père , nous ne laissons pas de re que la Divinité est encore inlus louable , qu'elle ne peutestre par toutes l«*s créatures , ny par ! mesme du Fils éternel, u'un louoit le soleil à cause de , plus il s'esleveroit versiceluy er, plus il le trouveroit louable, y verroit tousjours plusde splen-
si c'est cette beauté de la lu< provoque les alouettes à chanle il est fort probable , ce n'est ille si elles chantent plus clairesure qu'elles volent plus haute- «levant esgalement en chant et iqu'à tant que ne pouvant présenter , elles commencent à des-
ton et de corps , rabaissant tit leur vol ccinme leur voix.
1 Tlieotime , à mesure que nous »ar bienveuillance vers la Divi- Mi tonner et ouyr ses louanges, ns qu'il est toujours au-dessus 3uange ; et finalement nous coqu'il ne peut estre loué selon .e , sinon par luy-mesme qui seul mente-^galersa souveraine bonté •uverame louange.
3US exclamons : a Gloire soit au au Fils, et au Sai net-Esprit. »
u'oD sçache que ce n'est pas la
gloire des louanges créées que nous ^omhailons à Dieu par cet eslan , ains la <^luire es-entielle et* éternelle qu'il a en Iiiymesme, par luy-mesme, de luy-mosnie , et qui est luy-mesme , nous ad joutons : c Ainsi qu'il l'avoit au commencement , et » maintenant , et tousjours es siècles des » siècles. Amen. »
Comme si nous disions par souhait: qu'à jamais Dieu soit glorifié de la gloire qu'il avoit avant toute créature en son infinie eternitéeieternelle infinité. Pour cela nous adjoustons ce verset de gloire à chaque psalme et cantique, selon la coustume ancienne de l'Eglise orientale , que le grand S. Hierosme supplia S. Damasse , pape , de vouloir establir de deçà en Occident , pour protester que toutes les louanges humaines et angeliques sont trop basses pour dignement louer la divine honte ; et qu'afin qu'elle soit dignement louée, il faut qu'elle soit sa gloire, sa louange et sa bénédiction elle-mesme.
0 Dieu, quelle complaisance, quelle joye , à l'ame qui aime , de voir son désir assouvy; puisque son bien-aimé se loue , bénit et magnifie infiniment soy-mismel Mais en cette complaisance naist dere<>.hef un nouveau désir de louer, car le cœur voudroit louer cette digne louange que Dieu se donne à soy-mesme , l'en remerciant profondément , et rappelant de rechef toutes choses à son secours pour venir avec luy glorifier la gloire de Dieu , bénir sa bénédiction infinie , et louer sa louange éternelle : si que , par ce retour et répétition de louange sur loiàange, il s'engage entre la complaisance et la bienveuillance en un tres-heureuz labyrinthe d'amour, tout abysmé en cette immense douceur, louant souverainement la Divinité dequoy elle ne peut estre assez louée que par ellemesme. Et bien qu'au commencement l'ame amoureuse eust en quelque sorte de désir de pouvoir assez louer son Dieu, si est-ce que revenant à soy elle proteste qu'elle ne voudroit pas le pouvoir assez louer, ains demeure en une tres-humble complaisance de voir que la divine bonté est si tres-infiniment louable, qu'elle ne peut estre suffisamment louée que par sa propre infinité.
Eq cet endroit , le cœur ravy en admiration chante le Cantique du silence sacré:
ifS
TRAITÉ DE L*AMOUR DE DIEU
A fotin dirlaê «iMltoMi
Oo tledle dam Sloo
LHiymne d*iid(niratloii.
Qui ne clMute qa'en ftllénce.
Car ainsi les séraphins d'Isaye (4) adorant Dieu et le louant, voilent leurs fuces et laurs pieds, pour confesser qu'ils n*ont nulle Fuf^l^a^ce de le bien cont^iderer ny de le bien servir; c«r les pieds sur lesquels on va représentent le service. Mais pourtant c(2) ils volent des deux aisles, » par le continuel mouvement de la complaisance et de la bienveuillance, et leur amour prend son repos en cette douce inquiétude.
Le ccBur de Thomme n'est jamais tant inquiété que quand on empesche le mouvement par lequel il s'estend et resserre continuellement, et jamais si tranquille
(1) Im. Ti. t. — (t)lbld.
que quand il a ses mouvemens libres; de sorte que sa tranquillité est en son mouvement. Or c>n est de mesme de Famour des séraphins et de tous les liommes seraphiquos : car il a son repos en son continuel mouvement de complaisance par lequel il tire Dieu en soy, comme le resserrant; et de bienveuillancc par lequel il s'estend et jette tout en Dieu. Cet amour donc voudroit bien voir les merveilles de Tinflnie bonté de Dieu , mais il <r (4) replie les aisles » de ce désir sur son visage, » confessant quMl ne peut réussir. Il voudroit aussi rendre quelque digne service, mais il « (2) » replie le désir sur ses pieds, » avouant qu'il n'en a pas le pouvoir ; et ne luy reste que les deux aides (3) do complaisance et bienveuillancc avec lesquelles il vole et s'eslance vers Dieu.
(1) IM. Ti, s. — (1) U>ld. - (S) Urfd.