CHAPITRE m
Beteription de la contemplation , et de la première différence qu'il y a entre icelle et la medilation.
Thcotime, la contemplation n^est autre chose qu'une amoureuse, simple et permaneute attention de Tcsprit aux choses divines; ce que vous entendrez aisément par la comparaison de la méditation avec elle.
Les petits mouschons des abeilles s'appellent nymphe ou schadons jusqu'à ce qu*îls fassent le miel, et lors on les appelle avettes ou abeilles. De mesme l'oraison s'appelle méditation jusqu'à ce qu'elle ait produit te miel de la dévotion : après cola elle se convertit en contemplation. Car comme les avettes parcourent le païsage de leur contrée pour le picorer çà et là et recueillir le miel, lequel ayant amassé elles travaîUen t sur iceluy pour le plaisir qu'elles prennent en sa douceur. Ainsi nous méditons pour recueillir l'amour de Dieu , mais l'ayant recueilly nous contemplons Dieu et 80mmes attentifs à sa bonté pour la suavité
Sue l'amour nous y fait trouver. Le désir 'obtenir l'amour divin nous fait méditer, mais l'amour obtenu nous fait contempler; car l'amour nous fait trouver une suavité si agréable en la chose aimée, que nous ne pouvons assouvir nos esprits do la voir et considérer.
Voyez la reyne de Saba (2), Theotime, comme considérant par le menu la sagesse de Salomon en ses responses, en la bcauCë de sa maison, en la magnificence de sa table, es logis de ses serviteurs, en l'ordre que tous ceux de sa cour tenoient pour l'exercice de leurs charges, en leurs ves-
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temens et maintiens» en la mnlUtode dea holocaustes qu'ils offroient en la maison da Seigneur, elle demeura tout esprise d'un ardent amour qui convertit sa médiation en contemplation, par laquelle estant tuute ravie hors de soy-mesme, elle dit plusieurs paroles d'extresme contentement. La vue de tant de merveilles engendra dans son cœur un extresme amour, et cet amour produisit un nouveau désir de voir tousjours plus et jouyr de la présence de celuy auquel elle les avoit veuës, dont elle s'escrie : a (4) Hél que bien-heureux senties » serviteurs qui sont tousjours autour de » de vous et oyent vostro sapience. » Ainsi nous commençons quelquefois à manger pour exciter noslre appétit; mais l'appétit estant reveillé nous poursuivons à manger pour contenter Tappetit. El nous considérons au commencement la bonté de Dieu pour exciter noslre volonté à l'aimer ; mais l'amour estant formé dans nos cœurs, nous considérons celte mesme bonté pour contenter noslre amour qui ne se peut assouvir de lousjours voir ce qu'elle aime. Et en somme, la méditation est mère de lamour, mais la contemplation est sa Glle: c'est pourquoy j'ay dit que la contemplation estoit une attention amoureuse, car on appelle les en fans du nom de leurs pères, et non pas les percs du nom de leurs enfans.
II est vray, Theotime, que comme l'ancien Joseph fut la couronne et la gloire de son père, luy donna un grand accroissemont d'honneurs et de cou len temens, e( le fit rajeunir en sa vieillesse; ainsi 1^ contemplation couronne son père qui est l'amour, le perfectionne , et luy donne 1q comble d'excellence. Car l'amour ayant excité en nous l'attention contemplativei celte attention fait naistre réciproquement un plus grand et fervent amour, lequel enfin est couronné de perfections lorsqu'il jouyt de ce qu'il aime. L'amour nous fait plaire en la veuëde nostre bienaimé, et la vue du bien-aimé nous fait plaire en son divin amour ; en sorte que, par ce mutu.el mouvement de l'amour à la vue , et de la vue à l'amour, comme l'amour rend plus belle la beauté de la chose aimée, aussi la veuè* d'icelle rend l'amour plus amoureux et délectable.
(i)m.R«c.Sft.
TRAITÉ DE L*AMOUR DE DIEU
L*amour par une imperceptible faculté j estes heureux , vous autres doctes ! car
fait paroistre la beauté que Ton aime plus belle ; et lu veuë pareillement affine l'amour pour luy faire trouver la beauté plus aimable : Tamour presse les yeux de regarder tousiours plus attentivomonl la beauté bicn-aimée, et la veuë' force le cœur de Taimer tousjours plus ardcniment.