‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 146 sur 365 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qu'en ce monde Tamour prend sa naissance, mais non par son excellence, de la eognoiisance de Dieu.

Mais qui a plus de force, je vous prie, ou Tamour pour faire regarder le bienaimé , ou lu veuë pour le faire aimer? Theotime, la cognoissance est requise à la production de Tcmiour : car jamais nous ne sçaurions aimer ce que nous no cognoissous {)as : el à mesure que la cognoissance attentive du bien s'augmente, Tamour aussi prend davantage de croissance, pourveu qu*il n'y ait rien qui empcbche son mouvement. Mais neantmoins il arrive niïiinlesfois que la cognoissance ayant produit Tamour sacré, Tamour ne s'arrcslanl pas dans les bornes de la cognoissance qui est en Tentendement, passe outre et s'avance bien fort au delà d'icelle; si qu'en celte vie njorlelle nous pouvons avoir plus d'amour que de cognoissance de Dieu, dont le grand S. Thomas asseure que souvent les plus simples et les femmes abondent en dévotion , el sont ordinairement plus capables de l'amour divin queles habiles gens et sçavans.

Le fameux abbé S. André de Verceil , maislre de S. Antoine do Padoue, en ses commentaires sur S. Denys, répète plusieurs fois que l'amour pénètre où la science extérieure ne sçauroit atteindre, et dit que plusieurs eve>ques ont jadis pénétré le nu stère de la Trinité, (juoy qu'ils ne fussent pas doctes, admirant sur ce propos son disciple S. Antoine de Padoue, (jui sans science mondaine^avoit une si profi;nde theulogie mystique, quecomme un an Ire S. Jean -Baptiste, on le pouvoit r.onuiK.'r a (1} une lampe luisante et ar- » ticiiie. » Le biL-nhoureux frère Gilles, ikr [*ifiiiiers cunipagnons de S. François, di'- H" joiir iî S- l^^'^.\entu^o : 0 ciue vous

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vous savez maintes choses par lesquelles vous louez Dieu : mais nous autres idiots, que ferons-nous? Et S. Bonaventure réspondit : La grâce de pouvoir aimer Dieu suffit. Mais mon père, répliqua frère Gilles, un ignorant peut^il autant aimer Dieu qu'un lettré? Il le peut , dit S. Bonaventure, ains je vous dis qu'une pauvre simple femme peut autant aimer Dieu qu'un docteur en théologie. Lors frère Gilles entrant en ferveur, s'escria : 0 pauvre et simple femme, aime ton Sauveur, et tu pourras estre autant que frère Bonaventure ; et là-dc-^sus il demeura trois heures en ravissement.

La volonté certes ne s'apperçoit pas du bien , que par l'entremise de l'entendement; mais l'ayant une fois apperceu, elle n*a plus besoin de l'entendement pour practiquer l'amour : car la force du plaisir qu'elle sent ou prétend sentir de l'union àsonobject, l'attire puissamment à l'amour et au désir de la jouyssance d'iceluy, si que la cognoissance du bien donne la naissance à l'amour, mais non pas la mesure, comme nous voyons que la cognoissance d'une injure esmeut la cholere; laquelle si elle n'est soudain estouiïée , devient presque tousjours plus grande que le subject ne requiert; les passions ne suivant pas la cognoissance qui les esmeut , mais la laissant bien souvent en arrière, elles s'avancent sans mesure, ny limite quelconque devers leur objet.

Or cela arrive encore plus fortement en l'amour sacré, d'autant que noslre volonté n'y e-t pas appliquée par une cognoissance naturelle, mais par la lumière de la foy ; laquelle nous asseurant de l'infinité du bien qui est en Dieu, nous donne assez de subject de l'aimer de tout noslre pouvoir. Nous foiiissons la terre pour trouver Tor et l'argent, employant une peine présente pour un bien qui n'est encore qu'espéré : de sorte que la cognoissance incertaine nous met en un travail présent et réel. P^is à mesure que nous descouvrons la veine de la minière, nous en cherclions tousjours davanlxigo et plus ardenmienL Un bien petit sentiment eschaufl'e la meule à la queste : ainsi, cherTheotime, une cognoissance obscure environnée de beau- 1 coup de nuages, comme ebt celle de la

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