DISCOURS VIII
Doscliose8ditca,messicur8, vous voyez nos raisons qui sont grâces à Dieu trosbonneaet ex|)Oséc^à toute épreuve : mais vous noua dites, qu'elles enferment quelque contrariété opposée au leite de l'Escrilure. Or sus, caste conlrariclé sera bien aisée à rabattre , à qui considérera bien co quisuit :(2)lMlJHll3lipreniicremeol, j'avoue, et vous no le nierez pas, quu Nostre-Seigneur avoit en son humanité deux perlicB , le corps el l'ame ; ainsi l'Eglise son eapuuso a deui parties , uno intérieure , qui est (comme son ame) invisible ; et cellecy comprend la grâce , la foy,
CONTROVERSES
Pesporance et la charité ; Tautre extérieure (coinino son corps) est toute visible, la confession de sa foy, les louanges , les cantiques, les prédications, les sacremens, les sacrifices; ainsi tout ce qui se fuit en FEglisc a son extérieur (4) et son intérieur; la prière a sa parole intérieure, et sa voix extérieure ; (2) la foy remplit le cœur d'assurance et la bouche de confession ; la prédication se fait extérieurement par les hommes ; mais la céleste lumière du Père céleste y est requise; car il faut tousjours (3) roiiyr et apprendre de luy, avant que de venir au Fils; et dans les sacremens , le signe est extérieur, mais la grâce est intérieure ; qui ne le sç4ut? Voilà donc l'intérieur de TEglise et son extérieur ; son plus beau (4) est dedans , et le dehors n*est pas si excellent; car comme disoit Tespoux aux Cunliques : a Tes yeux sont des yeux de colombe^ sans exclure ce qui est caché au dedans ; car (5) le miel et le laict sont sous ta langue , c*est-à-dire en ton cœur. » Voilà le dedans. « Et Todeur de tes vestemens est comme Todeur de Tencens. »
Voilà le service extérieur. Le psalmiste (6) dit : « Toute la gloire de cette fille royale est par dedans. » Cest Tinlerieur. t Mais elle est revestuë de belles varietez, avec
des franges d'or. » Voilà l'extérieur ttt 0)- Secondement,, il faut considérer, que tant Texlerieur que Tinterieur de TEglise , peut estre dit spirituel , mats diversement; car l'intérieur est spirituel purement , et de sa propre nature; l'extérieur de sa propre nature est corporel ; mais parce qu'il tend et vise par rapport à l'intérieur spirituel, on l'appelle spirituel , comme fait (8) sainct Paul , parlant des hommes qui rendoient le corps sujet à l'esprit , quoy qu'il fust corporel ; ainsi une personne particulière de sa nature , en servant le public , est appellée publique ; maintenant , selon le mesme sens , a la loy evangelique a esté donnée et escrite dans les cœurs intérieurement , non pas sur les tables de pierre , » comme (9) dit Jeremie. Et voicy comme il ; faut repondre à nos reformateurs, que l'in-
(1) Cor. xiY, 1B. — (I) Ron. z, 9<
(5) Joan- Ti, 44 et 4S.
(4) Cant. e. rr, 1. — (i) Gant, if , 11.
(6) Ps. uiiv, !•.
CI) En cet endroit, en oMne, Il yn «Une l'original nota tti*. et noua n'arona pn dire ce qne ce rapport voslolt slrnlfler-
(t) A4 Gai- e. itui. — (•) Jertnn. o. %xxt, U.
teneur de l'Eglise est dans son cœur ; mais quoy que cet intérieur soit le principal de sa gloire , il ne laisse pas de rayonner jusques à l'extérieur ; et c'est ce qui la fait voir et recoitnoistre ; c'est pourquoy il est dit en l'Evangile, que « l'heure est venue', où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité. » Nous sommes assez persuadez et enseignez , que l'intérieur est le principal , et que l'extérieur est vain , s'il ne tend et ne se va rendre à l'intérieur pour s'y spiritualiser : c'est en ce sens (4) que sainct Pierre appelle l'Eglise < une maison spirituelle ; >» parce que tout ce qui part de TEglise tend à la vie spirituelle ; ei que sa plus grande gloire est intérieure. Ce n'est donc pas une maison faite de chaux et de sable , mais une maison mystique composée de pierres vivantes , où la charité sert de ciment, pour faire les jointures de plusieurs pièces réduites en un.
La saincte parole , dites-vous , nous apprend c que le royaume de Dieu ne vient pas avec ostentation : » le royaume de Dieu c'est l'Eglise , donc l'Eglise n'est pas visible. Voicy, messieurs , ce que nous répondons : le royaume de Dieu , en ce texte , signifie Nostre-Seigneur avec sa grâce , ou si vous voulez , la compagnie de Nostre- Seigneur, pendant qu'il fut au monde :
«Voicy, le royaume de Dieu est parmy vous. » Ce royaume ici ne s'est pas produitavec l'apparat et le faste d'une majesté mondaine , comme les Juifs le croyoicnt ; et nous avons dit cy-dessus (2) que le plus riche ornement de celte fille royale , « l'hu* manité saincte de Jesus-Ctirist, b est cachée au-dedans , et ne se peut voir : pour signifier cela , sainct Paul a dit aux Hébreux , que «. nous ne sommes pas venus vers une montagne maniable, comme celle de Sina, mais vers une Jérusalem céleste,» cela ne conclud rien pour établir une Eglise invisible ; car sainct Paul montre en cet endroit, que FE-lise est plus magnifique et plus enrichie que la synagogue , et qu'elle n'est pas efiectivement une montagne naturelle , comme celle de Sina , mais mystique et spirituelle , d'où ne s'ensuit aucune invisibilité , outre ce que l'on pourroit dire avec raison , que l'apostre parle en ce lieu de la Jérusalem céleste , c*està-dire, de l'Eglise triomphante, c'est pour-
(1) Petr. u, il.H>) Pi* sut, ii
DE S. PRAIfÇOlK DE SALES.
«fooflladjoute la societédes anges, comme s'il ?oa!oit enseigner que dans la vieille loy, Dieu fut veu en la montagne de Sina , ovec une face redoutable , mais la nouvelle nous prépare à le voir en sa gloire dans le "ttradis.
Enfin , voicy Targument que chacun allègue , et croit estre le plus fort. « Je croy la saiûcte Eglise catholique ; » si je la croy, donc je ne la void pas , et de là s'ensuit qu'elle est invisible ; est-il rien de plus foible au monde que ce phantosme de raison? les apostres n*ont-ils pas cru que Nostre-Seigneur est ressuscité , et ne l'ontils pas vu ; t Parce que tu m*as vu » , ditil luy-mesme à sainct Thomas, « tu as cru», et pour le rendre plus croyant il luy dit , cVoy mes mains , apporte ta main , et la nets dans mon costé , et ne sois plus incrédule , mais fidelle. » Voyez, messieurs , eomme la veuë n'empesche pas la foy , mais b produit : sainct Thomas vid une chose , et en crut une autre ; il vid le corps , et crut l'esprit et la divinité , ce ne fut pas sa veuë extérieure qui luy apprit à dire, i Mon Seigneur et mon Dieu , » mais la foy : on void le baptesme , maison ne void pas la remission des péchez ; ainsi Ton void l'Eglise , mais non sa sainctelé intérieure; 00 void les yeux de la colombe , mais on croit ce qui est caché par le dedans ; on void sa robe richement recamée en mille belles diversitez avec ses houppes d'or, mais la splendeur la plus brillante de sa gloire est au dedans , et nous la croyons ; il y a donc en celte royale espouse de quoy repaistre l'œil intérieur et l'œil extérieur, la foy et le sens , et c'est tout pour la plus grande gloire de son espoux.