‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 163 sur 365 · LE L'UNION DE L'AME AVEC SON DIEU. QUI SE PARFAIT EN L'ORAISON · texte numérisé non relu

LE L'UNION DE L'AME AVEC SON DIEU. QUI SE PARFAIT EN L'ORAISON

CHAPiniE phemieb.

Nous ne parlons pas iri de l'union générale du cœur avec son Dieu , nrnisde cprtains actes et moiivpmon>i particuliers qite l'omc recueillie en Dieu fait piir manière d'oraison, sifin des'nn r et joindre do plus e-n plus à sa divine bonté. Oir il y a, certes, ditlerencR entre unir et joindre une «"hose à l'autre , et serrer ou presser une cbose contre une aiilro ou sur une autre : cj 'autant que pour joindre et unir il n'est t>e~oin que d'une simple application d'une chose à l'autre, en sorte qu'elles se touclientetsoyenl ensemble, ainsi qho nous Joignons les vignes aux ormeauï ellesjiisxnins aui treilles des biTceaui que l'on fait es jardins; mais piiur serrer et près- i Ber, il Faut Taire une application [orle qui accroisse et auijmento l'union ; de sorte que serrer, c'est inlimemenl el furtcmenl joindre , comme nous voyons que le lierre Se joint aux arbie-; car ii nos'nnilpas Seulement, mais il se presse et serre si Tort ft etii, que meïDie il pénètre et entre dans I Wnrsescorres.

I La compiiraison de l'amour des pelil'» »nfans envers leurs mères ne doit point esire abantlonnée. A cuuse de si in innocence et pureté. Voyons donc ce beau |»clit enfant auquel fa mère assise présente son -ein. Il se jelie de force entre les bras d'irelle, mniiissunt el pliant tout son |ielil curps dan^ ce giron el sur cette poitri"aimable. El voyez réciproquement sa meri', comme, le recevant, elle le serre, el ^r manière de dire le colle à son sein, et le baisanljointsabuuelieàlasieiirie voytz dereclief ce petit pouiiun aiipiisté des caresses maternelles , comme de so: coftlé il cooi»erB à colle union 4'entre sa mère el lui ; car il se serre aus»i et se presse tant qu'il peut par luy-mesme

In pftîlrine et le vi 'ase de «a mère, el wmhle qu'il se vcuilli' tout enfoncer el cacher dans ce sein agréable duquel il est es< trairt.

Or alors, Tlir^ilime, l'union esl parfaicle ; laquelle n'esianl qu'une, ne Inisse pas de procéder de la mère et do l'enfant; en sorte neanlmoins qu'elln dépend loule delà mère, car elle a attiré à soy l'enfant, elle l'a la première serré entre ses bra-î et pressé sur sa poitrine , et les forces du poupon ne sont pas si grandes qu'il eiist pu se serrer el prendre si fort à sa more. Mais toirlcfois ce pauvre petit fail bien ce qu'il peut de son coslé, el se joint de lotite sa fnrce au sein maternel, non-seulement consentant à la douce union que sa mère praclique , mais y contribuant ses foibtes efforts de tout son cœur. Et je dis ses fi»htes efforts, psirce qu'ils sonlsi imbéciles qu'ils re-semblenl presque pluiost désossais d'union que non [>i(s une union.

Ainsi donc, Thcotimi-, Noslrc -Seigneur monsirant letre<-aimablesein do son divin amouràl'ame dévote, il la tire toute à soy, la ramasse, et, par manière do dire, il replie toutes les puissances d'icelles dans le giron de sa douceui plus que m:>ternelle ; puis, bruskintii'amoiir. il serre l'amo , il la joint, la presse el colle sur ses lèvres de siiiiïité et sur sa délicieuse poictrine , la bainapt du sacré baiter de in bouche . et lui faisant savourer si-s maminellti mtil' teuTti que te vin (1). Alors l'aine, auwrcée des délices de ses faveurs , non-soulerneht conseni el se preste à l'union que Dieu fait, mais de luul >on pouvoir elle coo|>cre, s'effurçant de se joindre el serrer de plus en plusàladivific lionté; de sorte loiile^riiis qu'elle rccognoist bien que SOU union et liaison à celte souveraine duui'cur di pi'ud toute de l'operatiun divine, sunj laquelle elle ne pourroil seulement pai

TRAITÉ DE L'AUÛUR Bfi DIEU.

faire le moindre essay du inonde pour s'unir à icolle.

0»iar.d on voit une exquise beauté rognrdée avec grarulc nideur, ou uneoxcelleiile mélodie escoulôe avec une grande attention , ou un rare discours entendu avec grande contention, on dit «luo celte beiiilélà tient collez sur soy les yeux dos sp<'ctateurs, que celte musique tient ait; chées les oreilles, que ce discours ravit les cœurs des auditeurs. Qirest-co à dire, tenir collez les yeux , tenir attachées les oreilles , et ravir les cœurs , sinon unir et joindre fort serrés les sens et puissances dont on paile, à leurs objets? L*amc donc se serre et se presse sur son object, quand elles*y affectionne avec grande allenlion : car le .serrement n'est aulrc chose que le progrez et avancement de Tuniou et conjonction. Nous usons mesme do ce mot, selon nostre longago , es choses morales. Il me presse de faire ceci ou cela , il me pres-e de demeurer ; c*esl-à-(lire, il n'employé pas seulement sa persua-^ion ou sa prière , mais il IVmploye avec contention et effort, comme fuenl les pèlerins en Kui- Dirli-», qui non-seulement supphererii Nostre-Scigneur, mais le pressèrent et serrerer.t à force, le covtraignavs, d'une amoureuse violence , d'arresler au loiji? avec eux (<).

Or, en Toraison , l'union se fait souvent pî:r manière de petits, mais fre«|uenseslancemens et ailvancemens do l'anie en Dieu. Et si vous pienez garde aux p(Hits enfans unisel joincts au >v\u de leurs autres , vous verrez que de temps en t(MUj>s ils se pressent et serrent par* îles petits «slans que le plaisir de telter leur dorme. Ainsi en Ti raison le cœur uny à son Dieu fait mainleslois ceilaines recliari^es d'union par de> niouveriiens avec los(|ue's il se serre et pre>se davanliige i a sa «liviiK? douceur. Grume par cxrmple, Taure av. .ut longiii m« i)t ilcmeur é arr >fnl lintni d'union par letjuel elle savoure ctn.et un ni eaubien elle est lieuri M?e d'est re à Dm'U, enfin aeeioirsinl celle uiii-ri [ ar un st rrement et eslan c« niii.i . ■ Oii\ , S^Mgueiir, di-

ra-t-ell<* , j< ^UIS^O^!! t«. Uli , ioUtO, tOUlC

6«:n>txc«p i(,n.»oril)i«ii « lie, Seigneur, je le buis C: rtcs , et jf le vmx i stre toujours plus; » ou bien, par manière de prière lu 0

doux Jésus, hé ! tirez-moy tousjours plus avant dans vostre cœur, afm que votre amour m'englorrlisse, et cpre je soisdu tout aby^mée en sa douceur î »

Maisd'arrtres fois l'union so fait, non par des eslanciMuens repelez, ains par manière d'un conlinucl insensible [iressenuMil et advancement du cœur en la divine bonté. Car comme noirs voyon-^ qu'une grande et pesante masse do pl«imb , d'uifain, ou de pierre, quoyqir*on ne la ïX)«r>sc point, se sorre , enfonce el presse lellomeril contre la terre sirr laqiri'lle elle e-l |)osée, qu'enfin avec le temps (»n la trouve tout enterrée à causo de Tinclination de son poids, qui par sa pe-antfur la l:iil tousjours tendre au centre; ainsi noaire cœrrr estant une fois joint à son Difu, s'il d( meure en celte union, et que r ien nel'" n diver lisse , il va .s'enlonçant conlrnurllement par un insen^ible pr*ogrez d'un on, jusqires à ce qu'il soil tout en Dieu, à canse de l'inclination sacrée que le sainct amour luy dc'une de s'unir lou-jours davantage à la souveraine bonté. Car, comme drlle grand apo Ire tie France, l'amcMir est ur>e vertu unli\e,cVsl-à-dire qir'il n(»ns porte à la [):rl.i( le uninM dir SDUverain bien. Et puisijue c'e^t uni' v(»rilé in :id)ilal)le qi;;- le divin auK'ur, tîimlis (|ue i.jus :-orrmii*-en ce monde, e^t irn mouvement ou au mo ns une Irabiiude aelive et tendiiiitt» au mouvement ; lor» me^me (pr'rl est parvenu à la >im[>le union, il ne lai-^e pas U'auir, quovque impeiceî>l»bi('meMt , pour l'accroir Ire et prrfeetionriir de plus en plus.

Ain>i les arltr'c-^ tpri aimerrt d'entre Iran-planli'z , après qir'ils le yont, eslen- (jer>t leurs racines et ^e f.<ui*ienl bien avant dans le sein de l«i teire, qiri e.'jt leiir élément et al:menl, nul ne .s'apper» cevnni «le cela tandis qu'il se fait, ains spulemeni (piand il e>l f.iit. El lecaMrr humain , lran>planlé (lu nîonde en Dieu par le Cilesle ; mour, s'il ï>'ex<'ree fort eu i\»« rai-on , certes il sVslemlra coutinrrtdloment. et se serrera à la Divinité, s'uriis>iint dtî p!u- vu pirrs à sa bonté, mai- p r des aecr'oiss<>mi'i s im|)erceptibles , desquels on ne reruarcju.- pa ^ bonnement le progrez tandis qir'rl .se fart , ains quand il est T-it, Si \oirs l>guvez quelque ex(|ui>ft li(]ueur, par exemple de l'eau impériale, la simple union d'icelle avec vous se fera à mesure

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