CHAPITRE n
Des divers degrés de ta saincte anlon qui se (kit
eo l'oraifton.
L*un||on se fait quelquefois sans que nous y coopérions, sinon par une simple suite; nous lai-sans unir sans résistance à la divine bonté, comme un petit enfant amoureux du sein de sa mère, mais tt»llemcnt alangoury, qu'il ne peut faire aucun mouvement pour y aller ny pour se serrer quand il y est, mais seulement est bien aise d'esLre pris el tiré entre les bras de sa mère, et d'e.-tre uressé oar elle sur sa poictrine.
Quelquefois nous coopérons, lorsqu'estans tirez nous courons volontiers pour seconder la douce force de la bonté qui noua tire et nous serre à soy par son amour.
Quetquefoi.^ il nous semble que noua commençons à nous joindre et serrer à Dieu avant qu'il ^e joigne à nous, parce que nous î^entons Taciion de l'union do no>tre costé sans sentir celle qui se fait de la part de Dieu ; lequel toute^f(>is Siins doute nous prévient toujours, bien que tousjours nou-» ne -eniions pas sii prévention : c.ir s'il ne s'uninsoit à nous, ju. mais nous ne nous unirions à luy ; il nous choisit et saisit tou-jours avant (pio nous ne le choisissions nv saisissions. Mais
quand , suivant ses attraits im|)erceptiblés, nous commençons à nous unir à luy, il fait (piel(|uofois le progrez de nostre union, secourant no-lre imbécillité, et se serrant sensiblement luv-mesiue à nous.
si (pu* nous le sentons qu'il entre et pénètre nostre cœur par une suavité incomparable. El quelquefois aussi, ccmine il nous a alliiez insensiblement à l'union, il continue insen-^iblement à nous aider et secourir. Et nous ne sçavons comme une si grande union se fait, mais nous sçavons bien que nos forces ne sont pas as^ez grandes |)Our la faire, si que noua jugeons bien par là que quelque secrette
TRAIT!': DE L'A MOL' R DR DIE
puissance fait son insensible iiotion en nous : comme les nocher-^ qui porUMit du fer, lorsque sous un vent fcrl foiblo ils sentent leurs vaisseaux cin<;lor puissîïmment, cognoissent qu'ils sont proche des montaignes de Taymant, (|ui les tirent impercopliblemcnt , et voyent en cotte sorte un cognoissable et p<Treplible avancement provenant d'un moyen incogneu et imj>erceplible. Car ainsi lorsque nous voyons noslre esprit s^unirde plus en plus à Dieu sous de petits efforts que noslre volonté fait, nous jugeons bien que nous avons trop peu de vent pour cingler si fort, et qu*il faut que Tamant de nos âmes nous lire par Tinfluenre secrotte de sa grâce, la-, quelle il veut nou:«estre imperceptible, afin qu'elle nous soit plus admirable, et que, sans nousamuser à sentirses attraits, nous nous occupions plus pun^ment et siniplement à nous unir à sa bonté.
Aucunes fois cette union se fait si inscnnblement, que nostre cœur ne sent ni TopiTution divme en nous, ni nostre coopération ; ains il trouve la setile union insensiblement toute faicte, à Tiniitation de Jacob, qui , sans y penser, se trouva marié avec Lia (4), ou plustosl comme un autre Samson (2), mais plus hfMircnx, il se trouve lié et serré des cordes de la saincle union , sans que nous nous en royons aperceus.
D'autres fois nous setitons les serro- [nens, l'union se faisant par des iictions sensibles tant de la part de Dieu que de la no^tre.
Quelquefois Tunion se fait par la seule volonté et en la seule volonté, et aucunes fois rentendemenl y a sa part , parco (jue la volonté le tire après soy et l'applicpu! à son object, lui donnant im phiisir spcciîd d'estre fisché à le regnnier; ccnmu' lu;;» voyons que Tamour rospand uiw piufonde etspeciale attention en nos yeux C(»rp(irols, pour les arrester à voir ce que nous aimons.
Quelquefois cette union se fait de toutes les fiicullez (îc Tinno , (jui se r<Mn;is- S(Mit toutes autour de la volrntr, n n pour s'unir elles-niesnies à Dieu, c;»r elles n'en sont pas toutes capables, m;iis donner plus de commodité à la volonté de faire son union. Vaït si les autres facultez estoient
(I) GtiMt. IXJK, 14 — (f) Jadio. XTi.
appliquées une chacime à son object pro* pre, l'amo, opérant par icelles, nepourroit pas si parfaictcm<»nt s'employer à raclifn par laquelle l'union se fait avec Dieu. Telle est la variété des unions.
Voyez sa i net Marcel (c:ir ce fusl, comme on dit, le bienheureux enfant duquel il est parlé en sainct Marc) : No4re-Seij:neurle prit, le leva, et I.' tint assez longuement entre ses bras (1). 0 beau petit Marciall que vous estes heureux d'estre saisi, pris, porté, uny, joint et serré sur la poictrine céleste du Sauveur, et baisé de sa bouche Siicrée, sans que vous y coopériez , qu'en ne faisant pas résistance à recevoir ses divines caresses 1 Au contraire, sainct Simeon embrasse et serre Nostre-Soiixneur sur son sein, sans que Neutre "Srigneur fasse aucun semblant de coopérer à cette union (2), bien que, comme chante la tressaincte E;;lise, le tieiHard portait l'enfant, main Venfant gouvernait le vieillard (3'. Sainct Bonaventure , louché d'une saincle humilité, non-'ieuh-ment ne s'uni-soit pas à No-tre-Seij:neur, ains se retiroit de sa présence réelle, c'est-àdire du Ires-sainct sacrement de l'eucharistie, quand un jour oyant messe, No>tre- Seignourse vint unira lui, lui portant son divin sacrement. Or cette union faicle, hé Dieu 1 Theutime, pensez de quel amour celte saincle amo serra son Sauvour sur son ruMir. A l'opposile, saincle Catherine de Si»»nne désirant ardemment Noslre-Seigneur en la saincle commurnon , pres-ant et poa-sant son ame et son attcclion (levers lui, il se vint joindre à elle, entrant en sa bouche avec mille boiuniictions.
Ainsi N<»stre-Seii:fU'ur commença l'union avt'C sainct Bonaventure, et -ain. te C.itherine sembla commencer celle qu'elle eut avec son Sauveur. La sacrée amante du canl!(]ue pprle comme ayant prartiîjué l'une et l'autre sorte d'union : « Je Miis » toute à mon blen-aimé, ce dit-elle, et » son retour est dcîvers moi (4) ; » c:ir c'est autant (jue si elle (ii>oit : Je me >njs unie à niun cl)"T ainy, et reciprocpieuieiu il se retourne dover> n^oi, pour, (»n s'unis^ant de plus en plus à moi, se ri^ndre aus-i tout : mien. « Mon cher amv m'est un bon- » quet de myrrhe, il demeurera sur mon
(1) Marc, IX, 35.— (1) Lue. it,t8. — (t) Loo, ii, 18 (4; CauU Ctal. i, 4.