LIYRF: VII, CHAPITRE III
«sein (4), » et je l'y stMienii comme un
bouquet do suavité. « Mon ame, dit Da-
» vi«i, sVst seirôe A voik, ô mon Dieu! et
» vosln^ mnin droicle m'a empoii^né et
ï> ;i::i>i (?). » Mais ailleurs e.'le ci»n fesse
(iVstre prévenue, di.-.;iot : Mon cher ami
» est tout à moy, ei moy jo suis toute
» -ienne (3); » nous faisons une saincte
union par laquelle il S'' joint à moy, et
moy j.» me joins ta lui. Kl pour nionstrer
que toujours toute l'union -e fait par la
grâce de Dieu, qui nous tire à soy et par
ses attraits esmeut nostre ame et anime le
mouvement de nosire union envers lui ,
elle s'eserie comme toute impuissante ,
^irez-moi (i) ; mais pour tesmoij^ner
ciuVIle ne se lai-sera [)as tirer comme
\jno pierre ou comnie un f( rçat , aius
qu'elle coopérera de son costé, et meslera
son foible mouvement parniy les puissans
attraits de son amant : « Nous courrons,
» dit elle, à l'odeur de vos parfum^ (5). »
ït afin qu'on sçache (pie si on la tire un
|>eu fortement par la volonté, toutes les
|^)uiss:.ncesde l'ame-e porteront à l'union :
«« Tirez-moy, dit elle, et nous courions. »
V,'espoux n'en tire qu'ime , et plusieurs
C!ourent à l'union. La volonté est la seule
fque Dieu veut, mais toutes les autres puis-
sancci courent après elle pourestre unies
^ Dieu avec elle.
A cette union le divin berger des nmes provoquoit sa chère Sulamite. « Mellez- 1» moy , disoit-il , comme un sceau sur vos- » tre cœur , comme un cachet sur vostre i» bras (6). » Pour bien imprimer un cachet sur la cire , on ne le joint pas seulement, maison le presse bien serré. Ain>i veut-il ^ue nous nous uni.-sions à luy d'une union 5»i forte et pressée que nous demeurions tnarquez de ses traits.
Le sainct amour du Sauveur nous
presse Çl). 0 Dieu, quel exemple d'union
excellente ! Il s'estoit joint à nostre nature
humaine par grâce , comme une vigne à
«onoimeau, pour la rendre aucunement
participante de son fruit. Mais voyant que
cette union s*estoit défaite par le péché
d'Adam, il fit une union plus serrée et
pressante en l'incarnation ; par laquelle la
nature humaine demeure à jamais jointe
(1: CtnL Gant i, IS. — (1) Psal. lxii, 9. (8) CJiDl. Caoi. li. 1«:— (4; Ibid. i, 8. (8; Ibid. I. 3. — (6) Ibid. \lll, 6.
(7) 11* Ep. td Cor. t, 14.
en unité de personne à la Divinité. Et afin que non-seulement la nature himiaino, mais tous les hommes pussent s*unir intimement à sa bonté, il institua le sacrement de la Ires-saincte eucharistie, auquel un chacun peut participer \\o\\t unir scn Sauveur à sov-mesme réellement et par manière do viande. Theotime, cette union sacrament(»lle nous sollicite et nous aide à la spirituelle de laquelle nous parlons.
cnAriTUE m.
Dq souverain de(<ré d'union par la suspension et ravissement.
Soit doncques que Tunion de nostre arao avec Dieu '«^e fasse im|>erceptiblement, soit qu'elle se fasse perceptiblement , Dieu eQ est toujours l'auteur , et nul ne peut s'unir à luy, >\\ ne va à luy : nul ne peut aller à luy , s'il n'est tiré par luy, comme tesmoiii;ne le divin espotix , disant : a Nul ne peut » venir à moy, sinon que m(»n père le » tire (1) ; » ce que sa céleste espouse proteste aussi, disant : a Tirez-moy, nous courrons à l'odeur de vos parfums (2). »
Or la perfection de cette union consiste en deux poincts : qu'elle soit pure , et (ju'elle soit forte. Ne pnis-je pas m'approcher d'une personne pour I ly parler, pour le mieux voir , pour obtenir quelque chose de luy , pour odorer les parfums qu'il porte, [)onr m'ap|)uyer sur luy? Et lors je m'appnche voirementde luy et me joints à luy; mais rapprochement et union n'est pas ma priiicit^aîe prétention, ains je m'en sers seulement comme d'un moyen et d'une disposition pour obtenir une autre chose. Que si je m'approche de luy et me joints à luy , non pour aucune autre fin que pour estre pioche de luy et jouir de cette prochaineté et union , c*est alors un appro chement d'union pure et simple.
Ainsi plusieurs s'approchent de Nostre- Seigneur : les uns pour l'ouïr, comme Magdeleine; les autres pour estre guéris, comme l'hemorroïsso ; les autres pour l'adorer , comme les mages ; les autres pour le servir, comme Marihe ; les autres pour vaincre leur incrédulité , comme sainct Thomas ; les autres pour le parfumer , comme Magdeleine , Joseph , Nicodeme.
Mais sa divine Sulamite le cherche pour le
(1) iotn. VI, U. — (s) Gant. Gant i, 8.
TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIKU
trouver, et l'ayant tronvé ne veut autre chose que de le tenir bien serré , et le tenant nejaniîiis lequiller. « Je le lions;, dit- »elle, elne l'abandonnonn pdini (<). » Jaïcob, dit «aincl BiTminl , tenant Dieu bien {serré, le veut bien quiller |>ouvru qu'il reçoive sa bénédiction; mais la Sulaniite ne le quittera point, quelles bénédictions qu*iJ lui donne : car elle ne veut [)as les bénédictions de Dieu , elle veut le Dieu des bénédictions , disant avec David :
« Qu'y a-l-il au ciel pour moy, et que veux- • jo ^u^ la terre, sinon vous(î)? Vouses- » tes le Dieu de mon cœur et mon partage »ô' toute éternité (3). »
Ainsi fut la glorieuse Mère auprès de la croix de son Fils (4). lié I que cherchez-vous, ô Mère de la vie, en ce mont de Calvaire et en ce lieu de mort? Je cherche, eutl-elle dit, mon enfant qui est la vie de ma vie. Et pourquoy le cherchezvous? Pour estre auprès de luy . Mais maintenant il est parmi le> tristesses de la mort. Hé! ce ne sont pas les allégresses (|ue je cherche , c'est Uiy-mesme, el partout mon cœur amoureux me fait rechercher dVstre unie à cH aimable %nfant, mon cher bienaimé. En somme, la |>reterili()n de l'ame
»je suis aflTiché à la croix avec Jésus- » Christ (1). » Aur^si proleste-t-il que rien, nun pas la morl mesme , ne le peul fépa» rer (2 de son maislre. El cet elTeci de rameur fut mesme practicpié entre David et Jiinalha<; car il est dit <|ue l'ame de Jonalhas fut colltfe à celle de David (3). AHS>i est-ce un axiome célébré pir les anciens pères, que ramilié qui peut finir, ne fut jamais vraie amitié , ain^i que j'ai dit ailleurs.
Voyez , je vous prie , Theotime, ce petit enfant attaché au sein et au col de sa mero. Si on le veut arracher de là f)our le porter en son berceau, parc^ qu'il est temps, il marchande et dispute tant qu'il peut ne point quitter ce sein tant aimable. Si on le fait deprendre d'une main , il ^*acc^oche de l'autre, et si on Teidevc du tout , il se met à pleurer; et tenant son cœur et ses yeux où il ne peut plus tenir son corps, il va réclamant sa chère mère , ju^ques à ce qu'à force de le bercer on Taitendoimy. Ainsi l'ame, huiuelle, par l'exercice do Tuiiion , est parvenue jusqu'à demeurer prise et attachée à la divine bonté , n'en peut e^(re tirée presque que par force et fi\ec beaiiCf'op de douleur; on ne la peut
en cette union n'est autre que d'e?lre avec i riiede>|. rendre : si ou de^lourru» ^ou im.i-
.Bon an)aut.
Mai> (juand l'union de l'ame avec Dieu ejit grauiitment lre>-estroicie et lre>-serrée, eilecst appelée par les theoioi;ieus , inhesion ou adhésion, parée (pie par icelle l'anu' demeure prise, iilljuhée, collée , et aOi( liée à la divine Majesté : en soi le que mal aireuU'Ul peul-die s'en de pren<ireel retirer. Voyez, je vous prie , cet ho . u^e pris et serré par aUenhon à la Miavité d'une harmonieuse UHisiipie, ou bien (ce qui est exlravairanl ) à la niaiserie d'un jeu de caries; vous l'en voulez retirer, el vous ne pouvez: quelles air.ures ipi'il ait au logis , ou ne le peut arnicluT , il en pei d nu'sii.e le boire et le maug(T. 0 I)i»mj 1 Theot ime , comhieii plus doit eatre aUacliée et serrée l'ame qui e-t amante de son Dieu, quand elle e^t un:e à la divinité do Tintinie douceur, et qu'elle est pli^e el e-prise en cet objcet d'incomparables perlecllon^V Telle lut celle du giaudvai.-seaud'elcclion, qui s'Cdcrioit: « Afin que je \ive à Dieu ,
(1) Cauu CADt. m, 1. — («) PMlm. v&ii, tS.M. (Ij J««n. SIX, ai. — (4) 1614.
ginali()ri,elle ne laisse pas de se tenir pn-O par Si n eiilendt leenl; (pie >i on lire son entendt nvnl, elle se lient attachée par l3 v{i|(ni(e ; et -i on la fait encore abarninnne^ de la vul« tUé par (pielqiie di-lnicuon vio-^ lente , elle se retourne de m ment eu moment du eosié de Ssii clier ul'jiHt , dinpjeSelle ne peut du lout se de>[)r«'ihlre , re^ nouant lanl «pi'elle p ut IomIoux liens ilc^ s(»n union avec Iny par {\vs fretph'ns re- — tours (pj'rlle fait c mme à la desiobée^ (•\per;mcnlant en cela la p«iae de siun^* Paul : car elle est pressée de deux dt sir (4), (i'»'>lre délivrée de UmiU» occupaliui extérieure p(;ur demeurer en son iulnieui avic J^•s^i^-Cllri-t, el d'tdier nciinlmiun.-. l'œijvre tle l'ub.'ys-ance que l'union ^le^m( avec Jesus-Christ luy eu&eij;nc o&lro requise.
Or la bienheureuse mère Thérèse dii exeelhnuueiit (|ue l'union estant parvenue jus(iu'à colle perfection que do nous teuir
(1) E|i. ad Gai, ii» 19.
(X) Lp. ad Ui'tD* %iii, MfSfti
(8) 1. Ueg. iviii, 1.