LIVRE VIÎ, CHAPITRE IV
pris et nttnch^z avec No&trc-Soignenr, elle
dVsI point (lilTi'nMïlc (hi ravissement, suspension ou |uMHlom«'nl (l'cs|Til; m;n.« qu'on
i'apiu'ilo sculrmrnl union, ou suspension
)u pendornenl , (piiHul elle o-t courte : et
quand elle est longue, on l'appelle extnsc
m ravis-omen! ; d'aulant (|u'on effiCt
!'ame atia( liée à son Dieu si fermement
îl si serrée quVIle n'en puisse pas ai-
jemenl eslro desprise, elle n'est plus en
5oy-mesme, mais en Dieu : non plus qu'un
îorps crucifié nVst plus en ^oy-me^me.
mais en la croix; et que le lierre attaché
§ la muraille n'est plus en soy, mais en la
muraile.
Mais afin d*eviter loule équivoque, sachez , Theolime, q«ie la charité est un
lien , et un lien de perfection (1) ; et qui
3 plus de ch:!rilé, il est plus eslroiclement
uny et lié à Dieu. Or nous ne |)arlons p;:s
je celle union qui est permanente en nous,
pjir manière d'habilude, soit fpie nous dormions, soit que nous veillions : nou^ parlons de l'union qui se fait par l'action, et
qui est un des exercices de la charité et
dileclion. Imaginez-vous donc que sainct
Paul, sainct Denys, sainct Augustin,
sainct Bernard , sainct François, sainclo
Culherine de Gennes ou de Sienne, sont
encore en ce monde, et (ju'ils dorment
de lassitude ajuès plu-ieurs travaux pris
pour l'amour de Dieu* représentez vous
d^autre part queUpio bonne ame, mais
non pas si sainclo comme eux , (pii fu.-t
en Toraison (funion à mesme temps : je
vous demande, mon cher Theolime , (pii
est plus uni, plus serré, [)!us attaché à
Dieu, ou ces grands saincls qui dorment,
ou cette ame (pii pi ie? Certes, ce sont ces
aimables amans, car ils ont plus de charité, et leurs affections, quoy qu'en certaines façons dormar»tes, sont tellement
engagées et [irises à leurs maistrcs ,
qu'elles en sont inséparables. Mais, ce
me direz-vous , comme se peut-il fjire
qu'une ame ({ui est en Poraison d'union,
et mesme jusqu'à l'exta-e, soit moins
unie à Dieu que ceux qui dorment, pour
saincts qu'ils soient? Voicy que je vous
dis, Thtotime : celle-là est plus avant en
l'exercice do l'union , et ceux-cy sont plus
avant en l'union ; ceux-cy sont unis et ne
8*umsbent*pas, puisqu'ils dorment; et celleci) B9. td Golot. UI» U.
SSl
là s'imit, estant en rexercice et practiquo actuelle de l'union.
Au demeurant, cet exercice de l'union avec Dieu se peut mesme pracliipier par des courts et [)as-ag(»rs, mais frequens eshinsdenoslrecœur en Dieu parmaniere d'oraisons jaculatoires faicles à cette intention. Ah! Jésus 1 qui me donnera la grâce que je sois un seul esprit avec vous 1 Enfin , Seigneur, rejettant la multiplicité i\Qi> créatures , je ne veux que vo.^lre unité 1 O Dieu, vous estes le seul un et la seule unité nccessiiire à mon ame 1 llélas I cher amy démon cœur, unissez ma pauvre unique ame à vostre Ires-usique bonté 1 Ilél vouse-tes tout mien , quand seray-je tout vostre? L'aymant tire le fer et le serre. 0 Seigneur Jésus, mon amant, soyez mon tire-cœur, serrez, pressez et unissez à jamais mon esprit sur vostre paternelle poio Irine ! lié ! puisque je suis fait |>our vous , pourtjuoy ne suis-je pas en vous? Abysmez celte goutte d'e-piit que vous m'avez donnée, dedans la mer de vostre bonté de laquelle elle procède. Ah ! Seigneur , puisque vostre cœur m'aime, que ne me ravitil à soy , pnis(pie je le veux bien? Tirez* moy, vije courray à la suite (1) de vos altraicts, pour me jelter entre vos bras paterneUjCt n'en bouger jamais es siècles des siècles. Amen.
CIUPITRE IV.
Da ravissement, et de la première espèce
d'iceluy.
L'extase s'appelle ravissement , d'autant que par icelle Dieu nous attire et esleve à soy ; et le ravissement s'appelle extase, en tant que par iceluy nous sortons et demeurons hors et au-dessus de nous-mesmes pour nous uhir à DifU. El bien que les at- Iraicts par lesquels nous sommes attirez de la part de Dieu , s(jient admirablement doux, suaves et délicieux : si est-ce qu'a cause de la force que la beauié et bonté divine a pour tirer à soy l'atlention et application dores[)rit, il semble <juo nous ulement elle nous esleve, mais qu'elle nous ravit et emporte. Comme au contraire à raison du ires-volontaire consentement et ardent mouvement par lequel l'ame ravie s'escoule après les attraicts divins , il
(i)CaM.CaBt.i.
TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU
j^cmblo que non-seulement elle monte et sVsIove, mais qu'elle se jette et s'oslance hors de soy en la Divinité mosme. Et c\ n est df mesme en la tres-infamo extase ou abominable ravissement qui arrive à l'ame, lorsque par les amorces des plaisirs charnels elle est mise hors de sa propre dignité spirituelle, et au-des^ous de ira condition naturelle : car en tant que volontairement elle suilaHte malheureuse volupié. et se précipite hors de soy-uiesme^c'e^t-à-dire, hors de IVslat spirituel , on dit qu'elle est en IVxtase sensuelle; maison tant que les appas sensuels la tirent puissamment, et,
les mystères divins d'une contemplalion extraordinaire et fort relevée, alors voyant plus de beauté en iceux qu*il n'a voit pu s'imaî^iner, il entre en admiration.
Or, Tadmiiation des cho»es agréables attache ctcolle fortement l'esprit à la chose admirée , tant à raison de l'excellence de la beauté qu'elle luy descouvre , qu'à raison de la nouveauté de cette excellence ; l'entendemeot ne se |K)uvant assez assouvir de voir ce qu'il n'a encore point veu, et qui est si a<;reable à voir. El quelquefois , outre cela , Dieu donne à l'ame une lumière non-seulement claire, mais crois-
par manière dedire,rentraisnentdanscette j santé comme l'aube du jour; et alors basse et vile condition , on dit qu'elle est ! commeceuxqui onttrouvéuneminiercd'or
ravie et em portée hors de soy-mesme , p;>rco que ces voluptez grossières la démettent de l'usage de la raison et intelligence . avec une si furieuse viclence , que , comme dit l'un des plus grands philosophes, l'homme estant en cet accident semble estre tombé en epilepsie , tiint l'espril demeure absorbé et conime perdu. 0 hommes I jusques à quand serez- vous si insensez que de vouloir ravaler vostre dignité naturelle, descendans volontairement et vous precipitans en la condition des be>tes brutes 1
Mais m^n cher Theotime, quant aux exloSes sacrées , elles >ont de trois sortes : l'une <'sl de l'enlendem- nt , l'autre de l'affection , et In troisiesmede l'action ; l'une est en la splendeur, I autre en la ferveur, et la troi^iesme en l'œuvre; l'une se faict par raoniiration, l'autre par la dévotion , et la Irofsiesme par l'opération. L'admiration sofîiit en nous par la rencontre d'une vérité nouvelle que nous ne rognoissons pas ny n'altoiuiions pas de cognoisire. Et si à la rK'Uveli(? vérité que nou> rencontrons , esl jonicle la beauté et bonté, l'admiralion qjii in provient est grandement délicieuse. Ain>i la revue de Saba trouvant eu Salomon plus «le véritable sagesse qu'elle n'avoit pinsé, elle demeura toute pleine d'athuiralion (Ij : et les Juifs, voyant eu no-hi' Sauveur une science qu'ils n'eusst nt ). mais creu, furent surpris d'une griiiiiiiNHlmiialion [î). Quand donc \\ plaist à la <ji\ine bonté de donner à noslre entende luent qurique spéciale clarté, par le moyen de laquelle i! vient à contempler
(1 Ul. Rey. X, 4, «. — (S) MalUi. xiii, S«.
fouillent toujours plus avant [)Our trouver toujours davantage de ce tant désiré metail , ainsi l'entendement va de plus en plus s'enfoncent en la considération et admiration de son divin objet : car ne plus ne moins que l'admiration a causé la philosophie et attentive recherche des choses naturelles, elle a aussi causé la contemplation et théologie mystique, et d'aufant que cette admiration, quand elle est forte, nous tient hors et au-dessus de nous-mesmes par la vive attention et application de nostre enlendi'ment aux iho>es célestes, elle nous porte par conséquent en l'extase.