‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 178 sur 365 · CHAPITRE XIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIU

Que là treft-Mcrée Vierge mère de Dieu mourut d'amour pour son fils.

On ne peut quasi pas bonnement douter que le grand S. Joseph ne fust trespassé avant la passion et mort du Sauveur, qui

(i) C« chapitre Mteitrtlt d'ao Mrmon proooticé par !• Stint, l«ioDrd0 raMompUon de Notre-Damo , l'an 1601, 4 faloi-J«aii-«iMSrtT«.

sans cela n*eusl pas recommandé sa mera à S. Jean. Et comme pourroit-on donc iina* giner que le cher enfant de son ccBur, son nourrisson bien -aime, ne Tassistast à l'heure de son passait Bienheureux êOfit les miséricordieux, car ils obiiendrofÊi miséricorde (4). Uelasl combien de douceur, de charité et de miséricorde furent exercées par ce bon père nourricier envers le Sauveur, lorsqu'il naquit petit enfant au monde ! Et qui pourroit donc croire qu'iceluy sortant de ce monde , ce divin Fils ne luy rendist la pareille au cenfiiple (2) , le comblant de suavitez celestest Les cigoignes sont un vray pourtrait de la mutuelle pieté des enfans envers les pères, et des pères envers les enfans : car comme ce sont des oyseauz passagers, elles |)or^ tent leurs pères et mères vieux en leurs passages, ainsi qu'estant encore petites, leurs pères et mères les avoient portées en mesme occasion. Quand le Sauveur es* toit encoitl()etit, le grand Joseph, son père nourricier, et la tres-glorieuse Vierge sa mère l'avoient porté maintesfois , et spécialement au passage qu'ils firent de Judée en Egypte et d'Egypte en Judée. Hé 1 qui doutera doncques que ce sainct |)ere, par- ' venu à la (in de ses jours , n'ayl rt ciproquement e»lé porlé par son d'avili nourrisson au pa.-sage de ce monde en l'aulre, dans le sein d*Abraliam , pour do là le transporter dans le >ein à la gloire, le jour de son ascension? Un saincl qui avoil tant aime en sa vie ne {wuvoil mourir que d'amour; car son ame ne pouvant à souhait aimer son cher Jésus entre les disiraclions de celle vie , et ayant achevé le service qui estoil requis au bas aged'iceluy, que restoitil, .sinon qu'il aibl au Père éternel : t 0 père, j'ay occomply l œuvre que vous » m'aviez donnée en charge (3); » et puis au Fils : a 0 mon enfant, comme vodlre Père céleste remit voslre corps en ire mes mains au jour de voslre venue en ce monde , ainsi en ce jour de mon de[)arlde ce monde, je remets mou esprit entre les vostrcs. »

Telle, comme je pense, fut la mort de ce grand patriarclie , homme choisi pour faire les plus tendres et amoureux offices qui fureut uy seront jamais faits à l'en-

(i) Matth. ▼. 7. - (S) MaUh. Jux, ».

(1) J<MB.&VII,4i

UYRE VU , CHAPITRE XOI.

droit du Fils de Dieu, après ceux qui furent toute mienne, et je suis vostre vray fils

pracliquez par sa céleste espouse, vraye mère naturelle de ce mesmo Fils , de laquelle il est impossible d'imaginer que elle soit morte d'autre sorte de mort que de celle d'amour; mort la plus noble de toutes, etdeue par conséquent à la plus noble vie qui fut oncques entre les créatures; mort de laquelle les anges mesnics desireroient de mourir, s'ils estoient capables de mort. Si les premiers chrestions furent dits n'avoir quun cœur et une ame(4) âcause de leur patfaicte mutuelle dileciion;si S.Paul ne vivoit plus luymesme (2) , ains Jesus-Christ vivoit en luy, à raison de l'extrcsme union de son cœuràceluy de son maistre, par laquelle son ame estoit comme morte en son cœur qu'elle animoit, pour vivre dans le cœur du Sauveur; ô vray Dieu! combien e>t-il plus véritable que la sacrée Vierge et son Fils n'avoient qu'une ame, qu'un cœur, et qu'une vie ; en sorte quwcette sacrée mère, vivant, ne vivoit pas elle, mais son Fils vivoit en elle : mère la plus amante et la plus aimée qui pouvoit jamais être , mais aimante et aimée d'un amour incomparablement plus eminent que celuy de tous les ordres des anjios et des hommes , à me-ure que les noms cle mère unique et de fils unique sont aussi des noms au-dessus de tous autres nom> en matière d'amour. Et je dis de mère unique et d'enfant unique , parce que tous les autres enfans des hommes partagent la recognoissance de leur production entre le père et la mère : mais «nceluy-ci, comme toute sa naissance humaine dépendit de sa seule niere , laquelle contribua ce qui estoit requis à la vtrtu du Saincl-Ësprit pour la conception de ce divin enfant, aussi à elle seule futdeu et rendu tout l'amour qui provient do la production ; de sorte que ce ûls et cette mère furent unis d'une union d'autant plus excellente, qu'elle a un nom différent en amour par-dessus tous les autres noms.

Car à qui de tous les séraphins appartientil de dire au Sauveur : Vousestes mon vray fils et je vous aime comme mon vrai ûls? El à qui de toutes les créatures fut-il jamais dit par le Sauveur : Vous estes ma vraye mère , et je vous aime comme ma vraye mère ; vous estes mu vraye mère

AaL iT, U.— (S> Calai, u, M

tout vostre? Si doncques un serviteur amant osa bien dire, et le dit en vérité, qu'il n'avoit point d'autre vie que celle de son maistre, helasl combien hardiment et ardemment devoit exclamer cette mcre :

Je n'ay point d'autre vie que la vie de mon fils, ma vie est toute en la sienne, et la sienne toute en la mienne! Car ce n 'estoit plus union, ains unité de cœur, d'ame et de vie , entre cette mère et ce fils.

Or, si cette mère vescut de la vie de son fi.'s, elle mourut aussi de la mort de son fils : car quelle est la vie, telle est la mort. Lo phœnix, comme on dit , estant fort envieilly, rama^se sur le haut d'une montagne une quantité de bois aromatiques, sur lesquels, comme sur son lict d'honneur, il va finir ses jours : car lorsque le soleil au fort de son midy, jette ses rayons plus ardens, ce tout^niqueoyseau, pour contribuer à l'ardeur du soleil un surcroist d'action , ne cesse point de battre des aisles sur son buscher, jusqu'à ce qu'il luy ait fait prendre feu, et bruslantavec iceluy, il se consume et meurt entre ces Qammes odorantes. De mesme, Theotime, la Vierge- Mere, ayant assemblé en son esprit, par une vive et continuelle mémoire , tous les plus aimables mystères de lu vie et mort de son fils, et recevant lousjours à droit fil parmy cela les plus ardentes inspirations que son fils, soleil de justice, jettast sur les humains au plus fort du midy de sa charité; puis d'ailleurs faisant aussi de son costé un perpétuel mouvement de contemplation , enfin le feu sacré de ce divin amour le consuma tout comme un holocauste de suavité , de sorte qu'elle en mourut; son ame estant toute ravie et transportée entre les bras de la dilection de son Fils. 0 mort amoureusement vitale I ô amour vitalement mortel I

Plusieurs amans sacrez furent presens à la mort du Sauveur, entre lesquels ceux qui eurent le plus d'amour eurent le plus de douleur : Ciir l'amour alors estoit tout détrempé en la douleur, et la douleur en l'amour; et tous ceux qui pour leur Sauveur esloient passionnez d'amour furent amoureux de sa passion et douleur. Mais la douce Mère, qui aimoit plus que tous fut plus que tous outrepercée du glaive(i)

(i;liio,u,w.

de douleur. La douleur du Fils fut alors une espée tranchante qui passa au travers du cœur do la Mère , d'autant que ce cœur de mère estoit collé , joinct et uny à son Fils d'une union si parfaicte , que rien ne pouvoit blesser Tun qu'il ne navrast aussi vivement l'autre. Or cette poictrine maternelle estant ainsi blessée d'amour, nonseulement ne cheroba pas la guerison de sa blessure , mais aima sa biDssure plus que toute guerii^on ; gardant chèrement les traits de douleur qu'elle avoit receus à oause de l'amour qui les avoit descochez dans son cœur, et désirant continuellement d'en mourir, puisque son fils en estoit mort, qui, comme dit toute l'Escriture saincte et tous les docteurs, mourut entre les flammes de la charité, holocauste parfaict pour tous les péchez du monde.

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