CHAPITRE XIV
Qae la glorieuse Vierge moamt d'an tmoor extresmement doux et tranquille.
On dit d'un costé que Nostre^Dame révéla à Sle Mathilde que la maladie de laquelle elle mourut ne fut autre chose qu'un assaut impétueux du divin amour. Mais Sic Brigido el S. Jean Daninscènc tcsmoi* gnent qu'elle mourut d'une mort extresmement paisible ; et l'un et Taulre est vray , Theotime.
Les esloiles sont mervcillcusomentbelles à voir, et jettent des duriez agréables ; mais si vous y avez pris garde , c'csl pur brillemens , esLincellemens et cslurb qu'elles produisent leurs rayons , coniine si elles enfantoient la lumière avec eflort à diverses reprises , soit (juc leur clarlé estant foible ne puisse pas agir si continuellement avec esgalité , soit que nos yeux imbecilles ne Cassent pas leur veuë' conslanle et ferme à cause de la grande distance qui est entre eux et ces astres. Ainsi pour l'ordinaire les saincts qui moururent d'amour sentiront une grande variété d'accidens et symptômes de dilection avant que d'en venir uu tre:?pas, force eslans , force assauts , force extases, force langueurs, force agonies, et sembloit que leur amour eofantast par effort et à plusieurs reprises leur bienheureuse mort:
ce qui se fit à cause de la débilité de leur amour» non encore absolument parfaict ,
TRAITE DE L'AMOUR DE MEV
qui ne pouvoit pas euntinuer sa dileetkm avec une esgale fermeté.
Hais ce fut tout autre chose en la trèssainte Vierge. Car comme nous voyons croistre la belle aube du jour, non à diverses reprises et par secousses , ains par une certaine dilatation et croissance continue , qui est presque insensiblement sensible ; en sorte que vraiment on la voit doistre en clarté , mais si esgalementque nul n'apperçoit aucune interruption , séparation ou discontinuation de ses accroissemens : ainsi le divin amour croissoil à chaque moment dans le cœur virginal de nostre glorieuse dame , mais par des croi^ssances douces , paisibles, et continues, sans agitation , ni secousse , ni violence quelconque. Ah 1 non , Theotime, il ne faut pas mettre une impétuosité d'agitation en ce céleste amour du cœur maternel de la Vierge ; car l'amour de aoy-mesme est doux , gracieux , paisible et tranquille. Que s'il fait quelquefois des assauts , s'il donne des secousses à l'esprit , c'est parce qu'il y trouve de la résistance. Mais quand les passages de l'ame luy sont ouverts sans opposition ni contrariété , il fait ses pruî];rès paisiblement avec une suavité nr^mparoille. Ainsi donc la saincte diloclion cm[)loyoil sa force dans le cœur virginal de sa Mère sacrée , sans effort ni violenlo impoluo.-ité , d'autant qu'elle ne troir^oit ni résistance ni empeschement quelcon«iue. Car comme l'on voit les grands fleuves faire des bouillons et rejaillissemens avec grand bruit es endroits raboteux , esquels les rochers font des bancs et cscueils qui s'opposent et empeschent re.-couiemeni des eaux , ou au contraire se trouvans en Ja plaine ils coulent et flottent doucement sans effort : de mcsme le djvin amour trouvantes âmes humaines plusieurs empeschemens et résistances , comme à la vérité toutes en ont, quoique différemment , il y fait des violences , combattant les mauvaises inclinations, frappant le cœur, poussant la volonté par diverses agitations et différons efforts , afin de se faire faire place, ou du moins outrepasser ces obstacles.
Mais en la Vierge sacrée , (ont favorisoit et secondoit le cours do l'aniour céleste. Les pro};i'ès el . ccroi-siMncns d'iccluy se faisoient inoouiperabluinent |Jus