LIVRE Vn. CHAPITRE XIV
rftDds qu'en tout le reste des créatures , rogrès neantmoins infiniment doux, paiibles et tranquilles. Non , elle ne pasraa as d'amour ni de compassion auprès de I croix de son Fils , encore qu'elle eust lors le plus ardent et douloureux accès 'amour qu'on puisse Imaginer : car bien ne l'accès fust extresmo , si fut-il toute* )Î8 esgalement fort et doux tout ensemble, oissant et tranquille , actif et paisible , omposé d'une chaleur aiguë , mais suave.
Je ne dis pas , Theotime , qu'on l'ame e la tres-saîncle Vierge il n'y eust deux lorlions , et par conséquent deux appeiti , l'un selon l'esprit et la raison supeieure , l'autre selon les sens et la raison Dférieure ; en sorte qu'elle pouvoit sentir les répugnances et contrarlotez do l'un à 'autre appétit ; car ce travail se trouva nesme en Nostre^igneur son Fils. Mais e dis qu'en cette céleste Mère toutes les iffections estoient si bien rangées et orlonnées, que le divin*amonr exerçoit en tlle son empire et sa domination tres-paiiblement , sans estre troublée par la diversité des Yolontez ou appétits , ni par la ontrarieté des sens ; parce que les repuinances de l'appelit naturel , ni les mou- ^mens des sens , n'arrivoienl jamais jus- [oes au péché , non pas mesmc jusques au «ché véniel ; ains au contraire tout cela «toit sainctement et fidèlement employé m aainct amour pour l'exercice des autres rertus , lesquelles pour la pluspart ne peurent estre practiquées qu'entre les diiBultez , oppositions et contradictions.
Les espines , selon l'opinion vulgaire, Kmt non-seulement différentes , mais aussi »Dtraires aux fleurs ; et semble que , s'il \*j en avoit point au monde , la chose en roit mieux; qui a fait penser à sainct kmbroise que sans Ig péché il n'en seroit )oiiit. Mais toutefois , puisqu'il y en a , le )Oii laboureur les rend utiles , et en fait les bayes et clostures autour des champs )t jeunes arbres , auxquels elles servent de lefense et remparts contre les animaux, ynsi la glorieuse Vierge ayant eu part à toutes les misères du genre humain , ex- ^té celles qui tendent immédiatement au [>ecbé, elle les employa tres-utilement pour l'exercice et l'accroissement des sainctes vertus de force , tempérance , justice et prudence , pauvreté , humilité, souffrance,
compassion : de sorte qu'elles ne donnoient aucun empeschement, ains beaucoup d'oc* casions à Tamour céleste de se renforcer par de conlinueU exercices etavancemens; [ et chez elle ,. Magdeleine ne se diverlil point de l'attention avec laquelle elle reçoit les impressions amoureuses du Sauveur , pour toute l'ardeur et sollicitude que Marthe peut avoir. Elle a choisi Tamour de son Fils, et rien ne le luy este.
L'aymant, comme chacun sçait , Theotime , tire naturellement à soi le fer par une vertu secrette et tres-admirable : mais pourtant cinq choses empeschent cette opération : 1« la trop grande distance de l'un à l'autre ; 2® s'il y a quelque diamant entre deux ; ^ $\ \e fer est engraissé ; 4* s'il est frotté d'un ail : 5<» si le fer est trop pesant, Nostre cœur est fait pour Dieu ui l'allèche continuellement, et ne cesse ejetter en luy les attraits de son céleste amour. Mais cinq choses empeschent la saincte attraction d'opérer : 4® le péché qui nous esloigne de Dieu ; 2" l'alTeclion aux richesses ; Z" les plaisirs sensuels ^ i« l'orgueil et vanité ; 5* l'amour propre avec la multitude des passions desreglées qu'il produit , et qui sont en nous un pesant fardeau , lequel nous accable. Or nul de ces empeschemens n'eut lieu au cœur de la glorieuse Vierge : 4® tousjours préservée de tout péché ;2<> toujours trespafivre de cœur ; 3° tousjours tres-pure ; ï^ touBJour» 1res- humble ; B* tousjours maitresso paisible de toutes ses passions , et tout exempte delà rébellion que l'amour propre fait à l'amour de Dieu. Et c'est pourquoy, comme le fer, s'il estoit quitte de tous empeschemens et mesme de sa pesanteur, seroit attiré fortement , mais doucement et d'une attraction esgale, par l'aymant , en sorte neantmoins que l'attraction seroit tousjours plus active et plus forte à mesure que l'un seroit plus près do l'autre , et que le mouvement seroit plus proche de sa fin ; ainsi la tres-saincte Mero n'ayant rien en soy qui empeschast l'opération du divin amour de son Fils , elle s'unissoit avec iceluy d'une union incomparable , par des extases douces , paisibles et sans efforts ; extases esquelles la partie sensible ne laissoit pas de faire ses actions , sans donner pour cela aucune i incommodité à l'union de l'esprit : oomma
TRAITÉ DE L'AHOtIR RE DIED.
réciproquement la paiTaicte application de Bon esprit ne donnoit pas fort grand iivertisspment aux sens. Si que la mort de celle Vierge fu( plus douce qu'on ne se pout imn<;iner, son Filsfattirant suavement à t'odeur de letparfumt (1) , eielle s'escoulant Ires-amlablement après la senteur Borri^e cl'iceux dedans le sein de la bonté de son Fils. Et. bienqueceltesaincle ame aimast eitresmement son tres-ssinct, tres-pureUre^almable corps , si le quittât-elle ncnnlmoins sanit peine ny résistance
quelconque , comme la charts Judith, quoiqu'elle aimast grandement les habits de penilence et de viduilé. les qaitia neuomoinsel s'en despouilla avec plaisir pour se reveslir de ses habits nuptiaux quand elle alla se rendre victorieuse d'Uolopfaprnes , ou comme Jonathss , quand , pour l'amour de David , il se despouilEi de ses vestemens. L'amour avoit donni près de la croii A cette divine espou» lessupresmes douleurs de la mort; cerlet il esloit raisonnable qu'enfin la mort Iny doonast les souveraines délices de l'amour.
LIVBE HVITIESME.
DE L'AMODB DE COrîFOnHITÉ. PAR LEQimL KOnS UNISSONS NOSTBE VObONlt A CELLE DE DIED. QUI NOCS EST SIGNIFIÉB PAR SES COHHANDEHENS, CONSEILS ET INSPIRATIONS.