‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 18 sur 365 · DISCOURS XI · texte numérisé non relu

DISCOURS XI

U pnpeuiié de 1* lucceiiloa , «t d* U dMirIM, ruine enlicremsnt li luianm prétendu» dM hcrellques , c*r I*Egli9e vanMbIc ns peui paru.

Attendant le lieu propre , je semy d'autant plus relen u et ruccourcy en ce dî^cout*, que ce que je deduiray au suivant . t»n une augmentation de ferle prouve à It créance de la perpétuité de l'Église et da sa ferme immutabilité. Nos adversaires, pour 90 soulever et s'affranchir du joug de la sainte soumission qu'on doit à l'Eglise , assurent qu'elle estoit peiie il y a enviroa mille ans et tant d'ennéesj qu'elle estoit morte , ensevelie , et la saincte lumière de lu foy en tiercmL'ni éteinte ; c'est sans doute un grand blasphème , parce que tout cecy est contre le mérite delà passion de Nostre-Seigneur, contre sa providence, contre sa bonté, et contre sa vérité; no Sçait-on pas ce que dit la parole (8) de Nostre-S«igneur mesme : ■ Si je suis uns fois elevi de terre, j'attireray toutes choses A moy:* n'a-t-il pas esté élevé en l'arbre de la croii? n'a-l-il pas souffert une mort viai> ble?Et qui peut dire sans impiété qa*!! Buroit laissé l'Eglise [qu'il avoit attirée )l l'abandon t Comme auroit-il lasché celte précieuse prise , qui luy avoit coustë si clier (3) t Le prince du monde , c'est-à-din ludiable, auroit-il esté chassé avec le sainel baston de la croix pour un temps de troii DU quatre cents ans, afia de revenir mai» trjsLT mille ans? Voulez-vous évacuer de

DE S, niÀligOIS VK' SALES.

cett^ 8ort9 d9 la croixt Estes»vQU3 dog arbitrer de si bonne foy , qu6 de vouloir si înju^iament partager Nostre-Seigneur , et mettre desoroiais une alternative entre sa divine bonté et la malice diabolique de son eqnemy (1)?Non , non , « quand un fort est puissant guerrier, il garde sa forteresse , tout y est en paix , que si un plus (ort survient et le surnngnte, il iuy levé les armes et le dépouille. * Ignorez^-vpqs que {%) Je* su»-Chriât se soitiicquis TEglise par son 9ang? £ t qui pourra la iuy lever ? Pensez- T0u$ qtril soit plus fpible que son adver-r saire? Qa | je vous prie , parlops honora* blement de ce capitaine ; où est ce fortqui osera oster son Eglise d*entre ses noainsî Peut-estre direzrVQus, qu*il peut la garder, mais qu'il ne le veut pas ; c'est donc sa providence , ou sa bonté , ou sa vérité, que louâ attaquez ; la bonté de Dieu (3) a donné des dofiâ aux hommes montant au ciel , eQe leur a donné des apostres , des evan-

r listes « dee pai»^urs et des docteurs pour ppnsoipmatipn des sainct^ , en l'œuvre du mini;stere , pour redification du corps de JesMS- Chris t , >la consommation des taincts eatpittelle faite il y a onze cents ou doux9 cents ans? TediGcation du corps Qjr^tlquede Nostre-Seigpeur, qui est !*& dise, avgitrelle esté parachevée? ou cespe? Se TOUS appeller nouveaux ediScateurs, ou dites que non : $i elle n'ayoit pas esté (i) achevée ( comme de fait elle ne Test pas mesme maintenant ) ppurquoy faite§-vous ce tort à la bonté de Dieu , que de dire , qu'il ait osté et levé aux hommes ce qu'il Irar avoit donné ? c*e9t une des qualitez de la bonté de Dieu , con^me dit sainct Paol , de distribuer ^es dons et ^e^ grâces tao» repentir , c'eet-é-dire , qu'il ne donne

JÊ9 pour oster.

Si 3a divine providence, dès l'instant f Q*eUe eut créé l'homme , avec le ciel et la (err^ , et tout ce qui e#t dans le ciel et sur b terre, conserve tout cela perpétuellement, de telle sorte , que la génération du iBpindre oysillon n'est pas encore éteinte, auedirona-nou^ de ^n Eglise? la produo- Ijoq de tout ce monde ne Iuy couste du premier coup qu'une seule parole, « il dit, et tout fut fiait, » il le conserve avec une

(!) Lac. n. n.

(1) Act. SX. «.—(•) Sphw. IT, 11, It.

W MoB. 11, It.

perpelnelle el immuable proridtnfa ; penr* quoy, je vous prie, eust«il abandonné l'E* glise , qui Iuy a eousté tout son sang, avec tant de peine et tant de travaux? Il a tiré (4) Israël de l'Egypte, et desdeserU de la mer Rouge , de tant de calumitea et de oaptivilez ; et nous croirons qu'il ait laissé engloutir le christianisme dans l'ineràdulité? Il a tant eu soin de son jigûr , e( il méprisera Saru sa maistresse 9 il a tant favorisé la servante, qui devoit estro chasse di la maison , et n'aura tenu compte de son espouse légitime? il aura tant honoré l'ombre , et il abandonnera le corps? 0 que ce seroit bien pour néant que tant et tant (2) de promesses auroient esté faites de la perpétuité de eette Eglise!

C*est de TEglise que le paaimiste chante, « Dieu Ta fondée en son éternité (S) et aur son trosne » ( il parle do TEgltse , trospe du mesme âls de David , en la personne du Père éternel ). « Il sera comme le soleil devant moy , et comme la lune parfpite en mon éternité ; il sera le témoin fidèle au ciel , et je metiray sa race es siècles des siècles ; son trosne sera oomme les jours du ciel , » c'est*àKlire , autant que le del durera, Daniel (4) l'appelle « un royaume, qui ne se dissipera point éternellement. > L'ange dit à NostrorDame (i), quec ce royaume n'auroit point de fin. » Il parle de l'Eglise visible , comme nous le prouvons ailleurs. Isaïe avoitpil pas prédit longtlemps auparavant de Nostre Sei^eur (6) 1 a S^il met et expose sa vie pour le péché, il verra une longue race : c*est^dire d'upe perpétuité interminable (7). Et ailleurs : « le feray une longue allianœ avec eux ; après voua , ceux qui les verront ( il parle de l'Eglioe visible) les connoistront. a liais je vous prie , qui a donné la charge a Luther et à Calvin de révoquer en doute , et mettre àneaot tant de sainotas et solennelles promesses de perpétuité , que Nostpe-Seigneur a fuite:» à son Eglise? n'est-oe pas Jesus-Christluy-mesme (8) qui, parlant de l'Eglise, dit, que (0) « les portes d'enfer

(i)G«net. XXI. 10, 11. M.

(t) Pf. uuu. Oriftor la diekw cjM JuUUt* il •m^

diDlia p«cit , dunec auferatur luat ; qun p«l t qa« ja* titia? nisi lo Ecclesla. S. Aag.

(S) P«. XLVII, t. Pc. LKXXtIII, «r, M.

(4) Dao. Il, 44. — (6) Luc. i, 3S.

(e) la*. •. ks, id. — (9) C. uii. t.

(8) Matt. XVI .iS, — (9) iè. xUliM, f «II.

OOIfTROVERSfiS

ne prevaudroDl point contre elle? » et comme verifiera*t-on cette promesse, si FEglise a esté abolie mille ans, ou plus? que deviendra ce doux adieu que nostre Rédempteur fit à ses apostres : (4) « Ecce » ego vobiscum sum usque ad consumma- » tionem sœculi ? » comme Tentendrons* nous , si nous voulons dire que l'Eglise puisse périr ?

Mais voudrions-nous bien casser la règle de Gamaliel qui , parlant de l'Eglise naissante , usa de ce discours : « 8i ce conseil , ou cet oeuvre est des hommes , il se dissipera ; mais si le dessein est de Dieu , vous nesçauriezle dissoudre. » L'Eglise est asaeurement l'œuvre de Dieu , et comme dirons-nous qu'elle soit dissipée? si ce bel arbre ecclésiastique avoit esté planté de la main d'homme, j'advouërois aisément qu'il pourroit estre arraché ; mais ayant esté planté (2) de si bonne main , comme est celle de Nostre-Seigneur ^ je ne sçaurois consentir à ceux qui ne font que crier à tous propos que l'Eglise estoit perie. Jesus- Christ dit : « Laissez là ces aveugles , car toute plante que le Père céleste n'a pas plantée sera arrachée ; mais celle que Dieu a plantée ne sera point déracinée (3). » Saint Paul nous apprend que a tous doivent estre vivifiez , chacun en son ordre , les prémices sont en Christ , puis ceux qui sont chrestiens. » Enfin, entre Jesus-Christ et les siens , c'est à sçavoir l'Eglise , il n'y a rien entre deux ; car montant au ciel , il les a laissés en terre ; entre l'Eglise et la fin , il n'y aura point d'interruption , d'autant que son Eglise devoit durer jusques à la fin ; et il ne falloit pas que (4) Nostre- Seigneur regnast en elle au milieu de ses ennemis simplement (8) jusques au temps qu'elle eust mis sous ses pieds et assujetty ces mesmes adversaires : mais de grâce 1 comme s'accompliront ces authoritez , si l'Eglise, qui est le royaume de Nostre-Seigneur, avoitesté perduëetdetruite?conuno regneroit son espoux sans royaume? et comme regneroit-ii parmy ses ennemis , s'il ne regnoit en ce bas monde ? Mais je vous prie , si cette espouse fust morte (6) ( au moment où son espoux estoit endormy

(1) Act. ▼. 88. — (8) MaU. UXT. 18.

(8) Cor. XT. 88 et 88. — (4) Ps. cix, 1 •! 88. (i) Cor. XT. 88.

(f) Il nuiDqna Ici qMlqMt moU dtat rorlgtnal qw •ons tTO|M raaplto éê e«a-«l t am mtmmt oà

SOT la croix , elle eust premièrement receu la Tie ; mais si , dis-je , elle fust morte , qui l'eust ressuscitée? Ne sçait-on pas que la résurrection des morts n'est pas un moindre miracle que la création , et beaucoup plus grand que la continuation et conservation? Ne sçait-on pas que la réformation de l'homme est un plus grand mystère que sa formation, parce qu'en la formation « Dieu dit et il fut fait? » Il in spira l'ame vivante , et il ne l'eust pas si tost inspirée que cet bomme terrestre commença de respirer. Mais en la reformation , Dieu employa trente-trois ans , sua sang et eau , et mourut mesme pour mériter et opérer cette reformation. Celuy donc qui sera osé de dire que cette Eglise est morte , doit accuser la bonté , la diligence et la sagesse de ce grand reformateur. Ainsi celuy qui s'erigeroit en nouveau reformateur, ou ressuscitateur de cette Eglise , s'altribuè'roit l'honneur dû à un seul Jesus-Christ , et s# feroit plus qu'un apostre. Les apostres n'ont pas donné ny rendu la vie à l'Eglise , mais la luy ont conservée parleur ministère après que Nostre- Seigneur l'eut établie. Mais Luther est bien plus fort , qui dit que , l'ayant « trouvée morte , il l'a ressuscitée. » En vérité , il mérite, ce me semble , d'estre assis au trosne de témérité. Nostre-Seigneur avoit mis le feu de la charité dans le monde ; les apostres, avec le souffle de leur prédication, l'avoient accru et fait courir par toutes les nations. Mais vous dites , messieurs , qu'il estoit éteint parmy les eaux de l'ignorance et de l'iniquité I Qui le pourra r'alumer? Le souffler n'y sert de rien ! et quoy donc? il faudroit sans doute ou frapper de nouveau avec les doux et la lance sur Jesus- Christ , pierre vivante , pour en faire sortir un nouveau feu , ou dire qu'il suffira que Luther et Calvin soient venus au monde pour le rallumer ! Ce seroit bien , à la vérité , une mission d'un troisiesme Helie ; car ny Helie ny sainct Jean-Baptiste n'en firent jamais tant. Ce seroit bien laisser tous les apostres en arrière , qui portèrent ce feu sacré par le monde ; mais ils ne l'alumerent pas (4). « 0 voix impudente 1 » dit sainct Augustin contre les donatistes . c l'Eglise ne sera point parce que tu n'y ea

(fl) Aif. !■ PmI- fli. «r. t.

DE S. FRANÇOIS DB SALES

poiDt(l)l»c Non, non, » dit sainct Bernard ; f les torrens sont venus , les vents font soii£Qé et Tont combattue' (2) ; mais elle D'est point tombée, parce qu'elle estoit fondée sur la pierre , et la pierre estoit Jesus-Christ. > Dire que l'Eglise a manqué, n'est-ce pas confesser que tous nos devan- I iers sont damnez? OUy , pour le vray : car hors la vraye (3) Eglise, il n'y a point de salut ; hors de cette arche, totit le monde 6e perd. O quel outrage Ton fait à ces bons pères qui ont tant souffert pour nous conserver l'héritage de TEvangile 1 et maintenant les hérétiques , qui sont les enfans égarez , se mocquent d'eux ou les tienoent pour fols et insensés, et mesme pour des reprouvez : ne voilà pas une belle réforme?

Je veux, messieurs, conclure cette preuve atec sainct (i) Augustin, et parler ad ho^ minem à vos ministres : Que nous apporteront-ils de nouveau, ces étrangers? faudrt-tril encor une fois semer la bonne senenee? Nostre - Seigneur dit, que dès (pi'elleest semée , elle croist jusques à la moisson, et eux disent, qu'elle est partout perdue , et que ce n'est plus celle que les apostres avoient semée : nous vous répondrons à cela: lisez- vous? voyez les sainctes Bscritures, ce que vous y lirez sera ce que nous vous soutenons ; il est escrit, et cela t*entend de l'Eglise : que la semence qui fiût fruit au commencement, croistra jusqn*aa temps de la moisson. » En effet, messiears, la bonne semence, ce sont les enfans du royaume de Jesus-Christ ; la zizanie sont les mauvais ; la moisson , c'est la fin du monde : ainsi, ne dites plus que la bonne semence est abolie ou estouffée, car die croist et croistra jusques à la consomdu siede visible.

DISCOURS xn.

d« raisons des hérétiques, qui TeateBt q«« rEglise puisse penr, el qu'elle t esté qaeiqae temps détruite.

Vous croyez 4 . que l'Eglise fut tout abolie, quand Adam et Eve péchèrent ; à cela je reponds, qu*Aàam et Eve n'estoienlpus l'Elise, mais le coma)encement de l'Eglise; enoor n'estril pas vray qu'elle se soit per-

1 Un. wtr. Lzx lo Caat — (x) uttl. vit, M. «- 1. c«r. nu. 4. — (*) Aug. d« iraci. Eccl. c «▼.

due alors, dans ces deux personnes, qui ne péchèrent pas contre la doctrine, mais dans les mœurs, et contre un précepte qui ne regardoit que la discipline.

2. Aaron souverain prestre adora (I) le veau d'or, avec tout son peuple? on vous repartira , qu'Aaron n'estoit (2) pas encor souverain prestre ny chef du peuple , il le fut par après ; et Ton adjouste, que le peuple ne fust pas tout perdu ou idolâtre, car les (3) enfans de Levy n'estoient-ils pas enfans de Dieu? Or ceux-cy se joignirent avec Moïse.

3v Elie (i) se plaint d'estre demeuré seul en Israè'l : on réplique qu'Elie n'estoit pas seul en Israël qui fust homme de bien, puisqu'il y en avoit (5) encor sept mille, qui ne s'estoient pas corrompus et abandonnez à l'idolâtrie ; et ce qu'en dit le zèle du prophète, n'est que pour mieux exprimer et exagérer la justice de sa plainte ; et mesme il n'est pas vray , qu'encor que tout Israël eust manqué, l'Eglise pour cela eust esté abolie, car Israël n'est pas toute l'Eglise : au contraire il estoit (6) déjà séparé du peuple fidèle, par le schisme de Jéroboam, et le royaume de Juda en estoit la meilleure et la principale partie ; c'est d'Israël, et non pas de Juda, qu'Azarie avoit prédit, c qu'il seroit sans prestre et sans sacrifice. »

i. Il est escrit en Isaïe , que depuis la plante des pieds jusques au sommet de la teste, il n'y avoit point de santé en Israël. Nous repondons, que ces manières de parler et de détester les vices d'un peuple avec véhémence, sont les effets du zèle d'un homme de Dieu contre les vices ; mais quoy que les prophètes, les pasteurs, et prédicateurs usent de ces exagérations dans leurs discours, il ne les faut pas réduire à la lettre sur chaque particulier, mais seulement sur une grande partie du peuple ; ce qui se vérifie par l'exemple d'fi* lie, qui se plaignoit d'estre seul en Israël, et neantmoins il y avoit encor, comme il le dit luy-mesme, sept mille fidèles. Sainct Paul se plaint aux Philippiens , que chacun recherchoit son propre interest et commodité ; et toutefois à la fin de son epistre, il confesse (7) qu'il y eu avoit plusieurs

(1)Exod. XL. It.

(t) E&oil. xxiix, per tolum «jot IdIL, tl. (8) Exuil. XXXII. t6. — (4) III. tLH- UXi ii' (i) C. XII M et 18. — (S) 11. Ptréllp. x« S. (7) Aâ Phill» II. SI.

CONIROYERSES

trcs-gens de bien de part et d'autre : on sàtt là plainte de t)avid ; « Il n*y sa pas, di- 8oit-iI, un seul homme qui faêse bien ; » et pouMant, it est asseuré qu*il y eut plusieurs justes de son temps : ces façons de parich sont fréquentes dans TEscriture, mais il n*en l^ut pas faire une conclusion particulière pour un chacun, outre qu*on ne prouve, pas par ces textes, que la foy eust manqué en l'Eglise, ny que l'£;;lise fust morte ; car il ne s'ensuit pas qu'un corps, quoy que malade, soit mort enlierement ; et c'est avec ce sel de discrétion qu'il Tant entendre (4 ) ce qui se trouve de semblable dans les menaces et rcprehonsions des prophètes , des prostrés , et des Bainctes E^critu^es.

5. Jeremie (î) défend qu'on se confie au mensonge, disant, n le temple de Dieu, le temple de Dieu. » Mais, messieurs, qui vous a jamais dit que, sous prétexte de l'Eglise, il se faille confier au mensonge ; nous disons au contraire, que cciny qui s'appuye sur le jugement de l'Eglise, s'appuye sur la colonne et fermeté de la vérité ; qui se Be à Taffiibililé de l'Eglise, ne se fîe pas au mensonge, si ce n'est un mensonge ce qyi est escrit : a Les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle : » nous nous confions donc en la saincte parole (3) qui promet une perpétuité à l'Eglise de Dieu.

6. Vous dites qu'il escrit , (i) « qu'il faut que le départ et séparation arrive, et qu'alors le sacrifice cessera, et qu'à grand' peine le Pils de 1 homme trouvera de la foy dans les cœurs, à son second retour vi>ible, quand il viendra on terre juger les hommes, a Tous ces passages (5) s'entendent de la persécution que fera TÂnte- Christ contre l'Eglise, durant les trois ans et demy qu'il régnera : lisez le reste , et vous trouverez, que TE^lise, durant ces trois ans mcsme, no dcffciillira pas, (6) elle sera nourrie et conservée dans les déserts et dans les solitudes, où elle se retirera, comme dit l'Escriture*

Xi) ktg. M irtittti» fecelw.. 1. 1.

(t> Jtnm. Tii, 4.— (i) II. ThtfMl. m» 9»

(V) Dan. xiii 11*

71) MM^. ^ lt\ II. ApiM. 11,1; niMXV^

W Ap<>o. r*. 4.

DISCOURS xin.

LiSf lile n*ft Jamafn e»té didsipée . ny eithèe , «i c'est en viiin qu'on veut une mfuioD extrt*fdintire ^ur U reproduire.

Toute passion humaine a tant de pouvoir s:ir les hommes, qu'elle les pousse à ce qu'ils désirent , devant mcsme que d'en concevoir aucune bonne raison ; et s'il arrive qu*ilsayent dit quelque chose , elle leur fait trouver des apparences de vérité , où il n'y en a point du tout : les anciens avoient sagement remarqué , que bien sçavoir reconnoistre la différence des temps dans lesBscrilures , estoit une tres-solide règle , pour les entendre ; à faute de quoy, les Juifs et les hérétiques se sont equivoquez, attribuant au premier avènement du Messie , ce qui est proprement dit et entendu du second ; ceux de la prétendue reforme se sont encor plus lourdement abusez, quand ils veulent représenter TEglise telle en ce temps (dit sainct Gregloire) qu'elle doit estre du temps de l'Ânt»- Christ ; ils tournent à ce biais ce qui est écrit (\) en l'Apocalypse , « que la femme s'enfuit en la solitude ; » et tirent cette conséquence , que l'Eglise a esté cachée et secrète , pour éviter la tyrannie du pa()e; qu'elle s'est rendue* mille ans invisible , jusques à ce qu'elle s'est reproduite en Luther et en ses adhérents. Mais qui ne void , que cela se doit interpréter (2) de la fin du monde , et de la persécution de TAnte-Christ? le temps y est déterminé expressément de trois ans et demy, et mesme en (3) Daniel , tellement que celuy qui voudroit, par quelque glose mal suivie, confondre en un , ce temps que TEscriture a déterminé en Pautre avec différence , contrediroit tout ouvertement à Nostre- Seigncur, qui dit , « qu'il sera plutost accourcy pour la gloire des eleus. » 0)nimcnt donc osent-ils Transporter celle Escriture à um) intcHigencc si deignée de A*inU«» tron de Taulheur, ni «i contraire aux propres circonstances , sans vouloir regarder à tatit d'autres sentences et paroles sainctes , qui montrent et «ssurent tres-claircment , que TEgii^e ne doit jamais estre réduite en solitude , ny si cachée , qu'elle Boit obligée de disparoistre, ncft pas oiesias

(S) Apoc xu, I et Ik — (t) cap. uv» •■

DF S. FRANCOlf? DE SALES.

pour pou de temps ; ce qui no' s'en tend pas Jos Ei;li>e6 parlicu!icn»s, mais de Puniverfcllc. Je no veux plu^ rcpoler importiinemenl tant de passages collez cy-dossus, où ITi^Iise est dite (1) semblable au soleil , à la iune , (2) à rarc-en-ciel , à une reine , à une monlagne aussi grande que le inonde , (3) et un grand nombre d'aulres : je me contenleray de vous mettre en avant raulhorité de deux grands colonels ou capitaines de Tancienne Eglise , et des plus fermes qui furent jamais, sainct Auguslin et sainct Jerosme. Ecoutons (4) sainct Augustin. David avoil dit : « Le Seigneur est grandement loilable en la cité de noslre Dieu , assise en la saincte montagne ; l'Eglise est cette saincte cité , élevée sur la montagne, qui ne se |)eut cacher; c'est la lampe , qui ne peut ostre celée ou couverte tous le boisseau ; elle est connue de tous, et célèbre par tout. » Et le prophète adjou&te : c Le mont Sion est fondé avec grande joye dans l'univers. Et de fait , Nostre-Seignenr enseigne que (5) personne B'alhmie la lampe pour la couvrir sous un muy : comme donc aaroit-il mis tant de hmieres en l'Eglise , pour les cacher en eertaJns déserts inconnus ? » David pouriml : (6) « Voicy le mont qui remplit l'univers , et environne la face de la terre ; voicy la cité, de laquelle il est dit : la cité ne se peut cacher, qtiand etio est située iur le mont. Les donatistes (les calvinistes} et aaires hérétiques , rencontrent le mont ; quand on leur dit , montez : ce n*esi pas , disent-ils , une montagne; ce qui fait qu'ils iTy heortent et trébuchent misérablement, IQ lieu d'y établir et chercher une demeore. • (7) Isaïe , qu'on lisoit hyer (8) , •nnonce aux leçons de TofiQce : « Vous ferrex dans les derniers jours , il y aura va mont préparé sur le coupeau des montagnes, pour estre la demeure du Seineur, oji tous les peuples viendront en imle. » Est-il rien de plus apparent qu*une montagne? mais nos égarez se font des monts inconnus , parce qu'ils sont assis en m coin de la terre : qui d'entre vous conmnst le mont Olimpe ? personne certes ,

(t, Pt. &UT. Il «i it. — (*) DlB. II. U.

U) A«f . Ib Ps. Xhfii, ti Icact. I. la Ep. Joan. (l) Malt. V, II. — (•) Ane. tneL I. U £p. Jmb. rt C. 11, 1. — (I) Oa tqu qve l'aattv €»n»otottct dk- CNcft daiu le uàft éê Taveal.

quoy qu'il soît beaucoup élevé; non plus que les habitans de l'Olimpo sçnvent ce que c'est que noslre mont (4) Chidabbo , parce que les montagnes particulières sont retirées en certains quartiers. Maisie mont d'Isaïo n'est pas de mesme; c'est un mont dominant , qui (2) a remply toute la face de la terre ; la pierre do ce mont , taillée et incisée sans œuvre d'homme , n'est-ce pas Jésus-Christ , descendu do la race juifve sans œuvre de mariage? cette pierre n'a-t-elle pas abîittu tous les royaumes du monde? c'est-à-dire, toutes les dominations des idoles et des démons : ne s'accrust-elle pas jusques à remplir tout l'univers ? C'est donc de ce mont qu'il est dit , « Il est préparé sur la cime des collines ; » c'est un mont élevé sur le sonlmet de tous les monts, qui s'humilient , ou qui se brizenl contre son pied : qui peut ignorer la cité mise sur ce mont ? il est vray qu'il est inconnu , mais c'est seulement à ceux-cy, qui haïssent l'Eglise ; car comme ils marchent par les ténèbres , ils ne sçavent oii ils vont, ils se sont séparez de l'unité du corps ; ils se sont aveuglez dans leur ignorance ; et voila nos preuves par les paroles de sainct Auguslin contre les donatistes -, après tout , comme l'Ej^lise présente exprime pariai t(>ment lEglisc ancienne :

ainsi \e^ hérétiques de noslre asge ressemr blent pareillement aux anciens hérétiques, sans changer autre chose que les noms ; d'où s'ensuit que les raisons anciennes combattent les lulherienset les calvinistes, comme elles faisoient autrefois les donatistes.

Mais voyons comme sainct Jerosme entre en cette liste de son costé; en vérité, messieurs , il vous est aussi redoutable que l'autre, car il fait voir clairement, que celle dissipation prétendue , cette retraite et bannissement de l'Eglise , abolit la gloire de la croix de Kostre-Seigneur, puisque parlant (3) à un schismatique reilny à TEglise il luy dit ces paroles : a Je me réjouis avec toy, et rends grâces à Jesus-Christ , mon Dieu , de ce que tu t'es réduit do bon courage de l'erreur et de la fausseté , au goust et sentiment de tout lo monde , et que tu ne dis pas comme quol-

Cl) Chidabbe est une monUrne près éê TboBoa M Savoie. — (Si Dan. ti. M«t U.

vUj UlcMP. ad Tenu* LacUar.

iO

GONTROYERSES

qiie8*uo8 : 0 Dieul sauvez-moy, carie sainct a maoqué et a defailly. Leur voix impie évacué' la croix de Jesus-Christ , s'ils assujetissent le fils de Dieu au diable , et si le regret que le Seigneur a témoigné contre les pécheurs est entendu de Jesus-Christ , aussi bien que de tous les hommes : mais gardons-nous de croire que Dieu soit mort pour néant, le puissant est lié et saccagé , la parole du Père est accomplie , (4) demande-moy et je te donneray les nations pour héritage , et pour tes possessions les bornes de la terre ; où sont , je vous prie , ces gens trop religieux , ou plutost trop prophanes , qui sont plus de la synagogue que deTEglise? comme seront détruites les citez du diable et les idoles , à la consommation des siècles? comme seront abattus^ si Nostre-Seigneur n*a point eu d*Eglise , ou s'il l'a eue en la seule isle de Sardaigne, ou autre lieu caché ? certes il est trop appauvry. » Hé 1 si Sathan possède une fois l'Angleterre, la France, le Levant, les Indes , les nations barbares et tout le monde ; comment auront esté retressis et resserrez les trophées de la croix en un seul coin du monde? Voila ce que dit S. Jerosme. Mais que diroit ce grand per sonnage , de ceux qui non-seulement nient qu'elle ait esté générale et universelle , mais qui soutiennent encor hardiment, qu'elle n'est qu'en certaines personnes inconnues , sans vouloir déterminer un seul petit bourg , où elle se fust préservée depuis mille ans ? n'est-ce pas bien avilir le glorieux mystère de la rédemption? Le Père céleste , pour la grande humiliation et anéantissement que son fils avoit souffert en sa passion et sur la croix , avoit rendu son nom si auguste , que toute (2) nation se devoit plier pour sa révérence ; mais ceux-cy ne prisent pas tant la croix , ny les actions du crucifié ; ils estent du compte de sa gloire les générations de mille ans : le Père luy avoit donné en héritage beaucoup de gens, parce qu'il avoit livré sa vie à la mort , il avoit livré son corps à la croix , et avoit esté mis au rang des impies, des mechans et des voleurs : mais ceux-cy luy diminuent beaucoup ses honneurs , et rognent si fort sa portion, qu'à grand'peine en l'espace de mille ans, aura-t-il eu certain» serviteurs secrets et cachez , ou pour

mieux dire point du tout selon leur doctrine; mais je m'adresse à vous, ô devanciers , qui portastes le nom de chrestiens , et qui avez crû estre en la vraye Eglise ; ou vous aviez la vraye foy, ou vous ne l'aviez pas. 0 misérables 1 vous estes tous damnez , et si vous l'aviez , pourquoy le cachiez- vous aux autres? que n'en (4) laissiez-vous des mémoires , que ne vous opposiez-vous à l'impiété et à l'idolastrie? ne sçaviez-vous pas que Dieu a recommandé à un chacun le salut de son prochain?

Certes on croit (2) de cœur pour la justice: mais qui veut obtenir le salut, il faut faire (3) la confession de sa foy : et comment pourriez-vous dire : (i) J'ai crû , et par ce j'ay parlé. 0 misérables , en toute manière 1 qui ayant un si beau talent l'avez (5) enfoiiy en terre : s'il est ainsi , vous estes dans les ténèbres extérieures : mais si au contraire , ô Luther 1 ô Calvin 1 si aa contraire la vraye foy a tousjours esté publiée et continuellement prescbée par tous nos devanciers , vous estes misérables vous-mesmes , qui en avez forgé une toute nouvelle , et qui pour trouver quelque excuse à vos volontez et à vos phantaisies, accusez indignement tous les chrestiens , ou d'impiété s'ils ont mal crû , ou de laficheté s'ils se sont tus.

Discotms XIV.

L'Eglise ne peut errer, et c'est en vtiii qu'on •appose une mission eitraordintire pour la corriger de ses erreurs.

En ce temps mesme que le perfide Absalon (6) voulut former la conspiration contre son père David, il s'assit à la porte du palais, etdisoitâ lous ceux qui passoient : « 11 n'y a personne constitué de la part du roy, pour vous ouïr : hé 1 qui me constituera juge sur la terre, afin que tous ceux qui auront quelque négociation, viennent à moy, et que je juge justement : » ainsi il sollicitoit et séduisoit le courage des Israélites. 0 combien d'Absalons se sont trouvez en nostre asge 1 qui pour séduire et distraire les peuples de l'obeïssance de l'Eglise et des pasteurs, et soliciter les cœurs des chrestiens à la rebeUioA « ont

(1) Ecd. XTU. It. — (i) Bom. ZTU, Vk (8) Lao. XII. 8. — (4) Pê. oxYi, U (S) Mail. XXV. 21 et 80.

(i)I. Reff.XT.I 4 MB

DE S. FRANÇOIS DE SALES

frié par toutes les advenues d'Allemagne et de la France : « Il n'y a personne établi de Dieu , pour ouïr les doutes de la foy, et les résoudre : TEglise mesme, et les magistrats n*ont point le pouvoir de déterminer ce qu'il faut tenir en la foy, et ce qu'il faut rejetter : car l'Eglise peut errer en ses décrets et en ses règles. » 0 Dieu I quelle plus dommageable et plus téméraire persuasion pouvoient-ils inspirer au christianime, que celle-là? Si donc l'Eglise peut errer, ô Calvin ! ô Lutber I à qui auray-je recours en mes difficultez? à l'Escriture, disent-ils ; mais que feray-je pauvre homme? c'est sur l'Escriture mesme où j'ay difficulté : je ne suis pas en doute s'il faut ajouter foy à l'Escriture, ou non, je sçay et je suppose que c'est la parole de vérité ; ce qui me tient en peine, c'est rintelligence de cette Escriture , ce sont les conséquences qu'on en peut tirer, lesquelles estant sans nombre, et ce semblo oontraires sur un mesme sujet, un chacun peut prendre l'équivoque diversement selon son sens : je demande et je désire sçamr qui de tous ses sens est le vray et le alutaire? Mon Dieul qui me fera conooistre la bonne exposition parmy tant de mauvaises? qui me fera voir la solide Térité au travers plusieurs apparences? Je suis persuadé que chacun se voudroit embarquer sur le navire, qui est le vaisseau du Sainct-Esprit. D'ailleurs, je sçay qu'il o*y en a qu'un , et que celuy-là seul peut prendre port , car tout le reste court au naufrage. Ha l hélas 1 que le danger est grand de se méprendre? la vanité, l'avarice, et la téméraire promesse des patrons eo déçoit la pluspart , car tous se vantent d'en estre les maistres : celuy qui dit, que Dieu ne nous a pas laissé des guides en un eheoiin si périlleux et si difficile, impose à Dieu , et croit qu'il nous veut perdre ; celuy qui dit qu'il nous a embarqué à la mercy des vents et de la mer, sans nous donner un bon et sage pilote, qui sçache bien prendre le point de la carte et de la boussole, est comme s'il disoit, que faute de prévoyance le péril est très-grand : odny qui dit que nostre Maistre nous a envoyé en l'école de son Eglise, sçachant que l'erreur y estoit receuë et enseignée, cunclud assez, qu'il a voulu nourrir nostre fice et nostre ignorance. Mais de gracel

qui jamais a estimé une académie où le maistre enseigne Terreur et le mensonge, et où personne ne fut jamais son auditeur? Certes, telle seroit la saincte Eglise, si les particuliers avoient tousjours esté dans limposlure; car si l'Eglise erre elle-mesme, qui n'errera? et si chacun y erre avec elle, ou peut errer, à qui m'adresseray-je pour estre instruit? sera-ce à Calvin? mais pourquoy pluslost qu'à Lutber , ou à Bronce , ou à Pasi mon tain ? Nous n'aurions plus sans doute à qui recourir en nos difficultez, si l'Eglise erroit : mais qui considérera , (4) de bon sens, le crédit tres-authentique que Dieu a donné à l'Eglise, inférera certainement, que celuy qui dit, qiie l'Eglise peut errer, peut dire que Dieu erre , ou se plaist dans l'erreur, et veut qu'on erre, ce qui ne peut estre qu'un grand blasphème. N'est-ce pas Jesus- Christ qui noiis enseigne : « Si ton (rero a péché contre toy, dis-le à l'Eglise : si quelqu'un n'entend point TEglisc, qu'il te soit comme un infidèle et un étranger ? » Voyez-vous comme Nostre-Seigneur nous renvoyé à l'Eglise en nos differens, quels qu'ils soient : mais bien plus, quand les sujets sont de plus grande conséquence. A dire vray, si je suis obligé, après l'ordre de la correction fraternelle , d'aller à l'Eglise, pour réduire en justice un vicieux qui m'aura offensé, combien plus seray-je obligé d'y defferer celuy qui appelle toute TEglise une Babilone, une adultère, une idolâtre, une mensongère, une parjure?

et qu'il no fait d'autant plus justement , qu'avec (2) sa malice et son arliûce, il fait effort pour débaucher et infecter toute une province, puisque le vice d'heresie est si contagieux, que comme un chancre il se va toujours insinuant dans les parties nobles. Quand donc j'en verray quelqu'un qui me dira que tous nos pères, nos ayeulx et nos bisayeulx ont esté idolastres , qu'ils ont corrompu l'Evangile , et qu'ils ont pratiqué toutes les mechancetez qui s'ensuivent de la chutte de la religion, l je m'addresseray à l'Eglise, dont le jugement me doit estre recommandable. Mais ô Dieu 1 si elle peut errer, ce ne sera plus moy, ny l'homme qui sera coupable d'erreur, ce sera le Fils de Dieu mesme, qui l'authorise et luy donne son crédit, puis*

(1) latt. zvui, 17.— (Ê) Tl» n 11

CONTROVERSES

({u'il Dous commande d*aller à son tribu- | nal, pour y poursuivre et recevoir justice, j U faut c^ïrtes do deux choses Tune ; ou que ; Jésus-Christ ne connoisse pas ce qui s*y \ fait, ou qu'il nous veuille décevoir; ou que | c*est là, en conscience, que la vraye justice s'administre, ou que c'est à tort que les Benlences y sont irrévocables. L'Eglise a condamné Beranguaire ; celuy qui le voudroit justifier scruit contre l'Eglise, et je l'eslimerois comme payen et publicain :

obéissons donc au Seigneur, qui ne nous laisse pas la liberté en cet endroit , mais nous commande souverainement d'écouter son Eglise. Sainct Paul déclare (4) la mcsme vérité quand il appelle l'Eglise une colonne de fermeté et de vérité, pour signifier que la vérité est soutenue' fortement on TEglise. Il dit ailleurs : « La verilé n'est soutenue que par inler\alle, elle tombe souvent; mais en l'Eglise elle est sans vicissitude , et immuablement , sans chanceler, parce que l'Eglise est stable et perpétuelle. » Si vous répliquez que sainct Paul veut dire en cet endroit, que TEscrilure a esté remise en garde à l'Eglise, et rien plus, certes c'est trop ravaler la similitude qu'il propose; car c'est bien plus de soutenir la vérité , que de garder le deposl de l'Escriture. Les Juil's gardent une partie de PEscriture, et beaucoup d'hérétiques pareillement la tiennent et la conservent à leur manière ; mais pour cela, ils ne sont pas lescolomnes de fermeté et de vérité ; Técorce de la lettre n'est ny véritable ny fausse ; elle n'est telle, que selon le sens qu'on luy baille, bon ou mauvais. Supposons que la vérité consiste au sens, qui est comme la moële; il s'ensuit, si l'Eglise est gardienne de la vérité, que le sens de l'Escriture luy est remis, et qu'il le faut chercher chez elle, et non pas en la cervelle de Luther, ou de Calvin , ou de quelqu'autre : ainsi elle ne potirroit errer aucunement , ayant tousjours chez elle le sens de l'Escriture. El de fuit, si l'on eust mis dans ce sacré depost la lettre sans le sens , on auroit mis la bourse sans l'argent, la coquille sans le noyau , la guaisne sans Pépée, la boè'tte sans l'onguent , la fetiille sans le fruit, et l'ombre sans lé corps. Mais dites-moy; si l'Eglise tient en sa garde tes Escritures,

ClUTiB.ui.lt.

pourquoy est-ce que Luther les a prises et transportées hors de chez elle? pourquoy est-ce que vous méprisez de les prendre de ses mains , et pourquoy non les Machabées, l'Ecclésiastique, et tout le reste, comme l'Epistre aux Hébreux? car elle proteste avoir aussi chèrement en sa garde les un» comme les autres : écoutons les paroles de sainct Paul, qui ne peuvent souffrir le sens oblique et forcé que vous leur donnez; il parle de l'Eglise visible et connue , car où addresseroit-il son Timothée pour converser : il l'appelle la mai' son du Seigneur : elle est donc bien fondée , bien rangée , et bien couverte contre tous les orages et les tempestes ; elle est une colomne de fermeté et d$ vérité la verilé donc est chez elle, elle y loge, elle y demeure, et qui la cherche ailleurs, la pert de veuë (\); elle est tellement asseurée, remparée et fermée, que toutes les portes d'enfer (2), c'est-àdire, toutes les forces ennemies, ne sçauroienl s'en rendre maistresses ; mais ne seroit-ce pas ville gagnée pour l'ennemy, si Terreur y entroit touchant les choses qui sont pour l'honneur et le service de son espoux? S'il est vray que Noslre-Seigncur est le chof de l'Eglise, n*a-l-on point de honte de dire que le corps d'un chef si sainct et si vénérable, soit adultère, prophané et corrompu? c'est en vain qu'on fuit une exception de l'Eglise invisible, car il n'y a point icy bas d'Eglise qui ne soit visible, comme j'ay montré cy-dessus ; le Fils de Dieu en est le chef. Ecoutez la voix de (3) S. Paul : « Et ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam , » non sur une église ou sur deux, comme vous l'imaginez; mais sur toute l'Eglise. Il dit luy-mesme : (4) a Là où deux , ou trois, se trouveront assemblez au nom de Nostre-Seigneur, il se trouvera au milieu d'eux. Qui osera donc advancer cette fausseté, que l'assemblée universelle de l'Eglise , depuis mille ans et plus, ait esté abandonnée à la mercy de l'erreur et de l'impiéié? Je conclus de toutes res preuves, que s'il est impossible que l'Eglise catholique soit dans l'erreur de quelque article de la foy (soit que nous le voyions exprez d«ns TEscriturc, soit qu'il en soit tiré par quelqae

^ JteU. avi. it.

(^ KjMm. 1, 1. - (!) EpbM. I, u. — (4) lUU. urttt.

DE S. FRANÇOIS D& AALES.

dcdustioÉ) oo par iradîiioii) nous devons croire à son aulhorilé, sans aucunement oonlreresler« ou diépuier, ou douter de sa décision ; mais luy porter l'obéissance et l'homniaffe qui est dû à oeltc reine, à qui Nosire-Seigneur a oommAndé de régler nostre fby par le eainct Ef^prit, qu*il luy a donn^ : comme ç*buroit esté une impiété trèd^ande aux apoitresde contester contre leur lilaiatrfl, autant le seroit-ce a celui qui contesteroit contre TEglise ; parce que siiePèfe^ditdu Fils i « Ipsum audiie; » It Fils • dit de TEgliae : « Si quia Eeclesiam nmaudMrit } ait tibi «oui ethnicas et pu-

DISCOÙRS XV,

U mUsion det befeilques est abusÎTe , polft()it1lâ ent raine le crédit deTEidlte atth«rtelte.

Yeritabtement > messieurs , je a'ay pas bnoinde longs argumenspour Aiire voir qw wê ministres ont avHy la eaincteté et Il nigeaté de l'EgKse , puis quIJs publient Imit et clair , qu'elle a demeuré huit ou neuf cents ans en adultère ^ et qu*eli« est defeoiiè anti«<;hrestienne depuis le temps de sainct Grégoire^ jusques A Widef ^ que leza tient po«r le premier restaurateur du christiamaaie. Calvin se voudroit bien cou^ vrir d*iiiie distinction in^ginaire») en aou* teMint que t l'Eglise peut errer dans les ekoacs «on nécessaires au salut , non dans les autres » qui sont essentielles à la foy : maie Seae paeae plus avants et sans biaiser oonfasae librement, « qu'elle a erré en toal , ai qu'elle n'estoit plus Eglise , ny poinr ies choses qui regardent l'usage^ ny pour les choses qui sont easentielles et B« salut. » Il advouë néantque t hors l'Eglise il n'y a poiat de salvation ; » et ^'ensuit de son dire (quoy qn'il se tourne et ceoloume de tous cestez ) q«e pataqw l'Egliae a erré aux choaes ne* esiWHrea, «n ne s'est pu sauver ches elle daasie tempade son adultère, fin eAst il est impossible qu'elle s'égare dans las choses ■eceasaires pour le salut » saas qu'elle nous deloumedesohOKW necessairea é«a I at ; car autreaMnt, si elle avoit ce qui est nécessaire pour le aalut, elle seroit la vraye Eglise, àmoinsqvit f«st possible de se pou«voir sauver hors de la vraye Eglise , ce qui Base peut accorder^ aetonlaaentimani de

Base mesme , qui proteste assea franchement avoir appris cette doctrine, de ceux qui l'ont instruit en sa religion prétendue reformée ; c'eî^t-à-dire de Jean Calvin. Et de vray, si Calvin eust cru que l'Eglise romaine n'euat pas erré es choses neces* saires (i salut, il eust eu grand tort de s'en séparer; c^ry pouvant opérer son saint, et supposé que le nécessaire et l'esjtentiel do vray christianisme s'y fust trouvé, il eust esté obligé en conscience d'y demeurer pour se sauver, parce que le salut ne pou<* voitestre en deux lieux differrns et oppo^ sea» On me répliquera peuUestre, que Bozo tient que l'Eglise romaine, telle qu'elle est aujourd'huy , erre dans les choses nécessaires, et que pour œla mesme il s'en est séparé; mais qu'il ne tient pas pour cela que la vraye Eglise ait jamais erré ; toutefois un ministre ne peut s'échapper de ce costé^à; car alors quelle autre Eglise y avoit-il au monde? H y a deux cents , trois cents, quatre cents, et cinq cents ans, qu'on ne reronnoissoil parmy les chres^ tiens, que l'Eglise catholique romaine, et toute telle qu'elle est a présent; il n'y en avoit point d'autre, et cela hors de doute : par conséquent c'estoit la vraye et la seule Eglise : mais s'il est Certain qu'elle errait, il n'y avoit donc plus de vraye Eglise au monde? Beie l'idvouè, et donne pour toute raison , que ce pitoyable et gênerai anéantissement estdtt arrivé par une erreur intolérable, et mesme dans les choses nécessaires à salut. Il est mesme vray qu'il a son refuge à la conservation chimérique d'une Eglise iavisible, dont nous avons fait voir la vanité cy-devant, et mesme dans le peint que nous examinons, puisque quand ils confessent quu l'Eglise visible peut errer^ à mesme temps ils violent l'Eglise, à laquelle Nostre-Seigneur nous r'envoye pour eclaircir nosdifficultex^ et que sainct Paul appelle coiomme et ftUier de la foériié : car ce n'esl que de l'Eglis^ visible de laquelle s'entendent ofts témoignages, sinon que quelque obstiné voulust dire, que No8tre''Scigneur noua eust renvoyés é une aocielé invisible, imperoopti* bie , et du tout inoonnuè' , ou qae sainct Paul euai enseigné son TimothéB de converser avec une assemblée de laqatiW il n'eust pu avoir aucune connoissance. Mais je vou8|uria« A';eaU:a jNièià roiiipr^ loûtfe

CONTROVERSES

respect et toute la révérence due à cette e»pouse du Roy céleste? n'est-ce pas réduire à Terreur toutes les troupes de nos anciens pères, qui depuis tant de siècles, avec tant de sang, avec tant de sueur el de travaux, ont deffendu TEglise, et les traiter comme des errans , des* bannis , des révoltez et des conjurez contre sa couronne ? D'est-ce pas remettre sur pied tant d 'hérésies et tant de fausses opinions que l'Eglise avoit CQndamnées , et l'accuser d'avoir entrepris sans la raison de souveraineté sur son état, absolvant ceux qu'elle avoit condamnez, et condamnant ceux qu'elle avoit absous ; en voicy des exemples.

Simon Magus soutenoit , au rapport de Vincent de Lerins , que « Dieu estoit cause de péché (4) , » Calvin et Beze le confessent. Le premier au traité de l'éternelle prédestination ; le second en la reponce à Sebastien Castillio : car quoy qu'ils nient le mot , ils en défendent le vray sens , et en effet ils sont convaincus de ce|te hérésie (si hérésie on la doit appeller, non pas plutost un athéisme) par tant de doctes hommes , qui les ont combattus par leurs propres paroles , que je perdrois le temps de m'y arrester.

Judas , dit sainct Hierosme, a cru que les miracles qu'il voyoit opérer par la vertu et de la main de Nostre-Seigneur, n'estoient que des illusions diaboliques; je ne sçay , messieurs, si vos ministres sont plus modestes; quand on leur produit des miracles, ils les appellent des prestiges et des sorcelleries. Ces miraculeuses merveilles que Nostre-Seigneur a faites par ses serviteurs , au lieu de vous ouvrir les yeux, helasl qu'en dites-vous? quelles railleries n'en faites- vous point?

LespepuiiinSy dit saint Augustin ( c'està-dire les montanistes ou les phryges, comme les appelle le Code ) , admettoient à i'a dignité de la prestrise , mesme les femmes , cela se void dans vos frères Anglois qui tiennent Elisabeth leur reyne pour chef de leur Eglise?

Les manichéens , au rapport de sainct Hierosme (2) , nioient le libéral arbitre ; Luther a fait un livre contre la liberté de la nature humaine , qu'il a intitulé de Pravo arbitriO' Pour ce qu'en dit Calvin , je m'en

(1) Vinc. Urin. c. m. 4.

(t) Hleron. libris iûotvê adfMM» JotiAlanrak

rapporte à vous , et n'en veux poiiit d'antres témoins.

Les donatiites croyoient que l'Eglise de Dieu s'estoit perdue en tout le monde , et qu'elle estoit demeurée seulement chex eux ; vos ministres parlent de même sorte ; ceux-là disoient qu'un méchant homme ne pou voit baptiser ; Wiclef en tient tout autant que ces hérétiques : et ce point est si ridicule que vostre ministre BÎeze a tenu pour un insensé ce reformateur.

Pour ce qui touche leur diêeipliiMf voicy les caractères de leurs vertus; ils donnoient le tres-precieux sacrement aux chiens; ils jetloient le sainct cresme aux pieds, renversoient les autels; rompoient les calices sacrez, et les vendoient aux prophanes : ils rasoient par irrision la teste aux prostrés , pour leur lever la sacrée onction ; ils osloient et arrachoient le voile aux sainctes Vierges pour les prophaner. Jovinian , selon le témoignage de sainct Augustin (Libro de hœreêibus; aâ quod-vult'Deum , cap. 28 ) , vouloit qu'on mangeast en tout temps, et contre les deffenses de l'Eglise , de toutes sortes de viandes ; il disoit que les jeusnes n'estoient point méritoires devant Dieu (que tous les élus estoient égaux en la gloire ; que la virginité n'estoit pas plus excellente que le mariage , et que tous les péchez estolenl égaux. Or chez (4) vos maistres on enseigne le mesme : Figilance , comme escrit sainct Hierosme dans son livre contre cet hérétique , et dans sa deuxiesme epistre » ne vouloit point qu'on honorast les reliques des saincts ; il tenoit fortement que les prières n'estoient point proûtables; que les prostrés ne dévoient pas vivre dans le* célibat ; que la pauvreté volontaire estoit un abus. Et vous , messieurs , que ne ditesvous point sur ces articles?

Euiiachiui, en l'année 32i, méprisa témérairement les jeusnes ordinaires conn mandez de l'Eglise , les traditions ecclésiastiques , les lieux sacrez et reliques des saincts martyrs , et les basiliques dédiées à leur dévotion. Le récit en est fait par le concile Jengrense in prœsiatione , où , pour ces erreurs reconnue» et avouées , il fut anathematizé , et condamné. Voyezvous combien il y a de temps qu'on a con-

(l) f.aUier. $nn. de naUIi. B. M. lUrtyrlt Peiri Epi», tntrt •. Et Gtlrin. In anUtfoik. MM* •.

DE S. niAivçois m sales.

dimné foé reformtfteora? Bmnomiuê ne Toolat point céder à la pluralité, ny à la dignité , ny à l'antiquité comme témoigne sainct Basile contre luy, I. 4 . Il disoit que la seule foy suffisoit à salut , et justifioit le fidelle , c'est sainct Augustin qui le luy reproche, ffœresi, 4i. Sur le premier point voyez Beze en son Traitté des marques de VEglUe, Touchant le second, n*est-ii pas d'accord avec cette célèbre sentence de Luther, que Beze tient pour bienheureux réformateur. « Vides quàm dives ait homochristianus, sive baptizatus, qui etiam volens , non potest perdere salutem suam , quantiscumque peccatis lig9lu8, nisi noiit credere (4). »

Ârrius , au récit de sainct Augustin , nioit la prière pour les morts , les jeusnes ordinaires , et la supériorité des evesques par dessus le simple peuple : vos ministres soutiennent tout cela.

Lucifer^ selon la remarque de sainct Hierosme , appelloit son Eglise seulement la vraye Eglise , et disoit que l'Eglise ancienne estoit devenue un lieu de prostitution ; n'est-ce pas ce que preschent vos ministres dans vos assemblées?

Les pelaçieni (2) se tenoient si asseurez et si certains de leur justice , qu'ils promettoient le salut aux enfans des fidelles qui moaroient sans baptesme ; ils croyoient que tous péchez estoient mortels : pour le premier, c'est un ordinaire langage dans la doctrine de Calvin , In aniidoto Le second el troisiesme sont si communs parmy tons, qu'il est superflu d'en dire autre chose.

Les manieheenê (3) rejetloient les sacrifices de l'Eglise , et les images, c'est ce que font vos gens.

Les mesêoliens meprisoient tous les ordres sacrez , ils ruinoient les Eglises et les autels, comme l'observe sainct Damascene, Bœres. 80 , et Ignalius (qui apud Theod<h refiim dieiturimpassibilis) viEucharisims etoblationesnon admittit, quôd non coniiteatur Eucharistiam esse carnem Salvatoris nostri Jesu Christi , quse pro peccatis nostris passa est, quam Pater sua benignitale suscitavit. » Contre lesquels a écrit ttinct Martial , ad Burdegatenses.

(l)Utll. I. d««tp.Bibn.

Q) BlMVtt. •dT«rra» P«l. I. S. t. Aaf. llh. «Mt. JiUt- ■B. CL 11 •! ni. Bieroa . 1. 1.

fH) Avfwt 1. 10 eQoin Ftattun.

Berengélre fouhit avancer la mesme hérésie long-temps après , mais il fut condamné par trois conciles , aux deux derniers desquels il abjura l'impiété de son erreur.

Julien V Apostat meprisoit fort le signe de la croix. Aussi faisoitXenair chezKicephore , 1. 46 , c. 27 : les mahometans n'en font pas moins , Damascene , Hœres» 400. Mais qui voudra voir cecy bien au long , qu'il voyeSander, I. 8, c. 57, et Bellarmia in notis Ecelesiœ. Voyez-vous, messieurs, les colomnes déjà depuis long-temps ébranlées sur lesquelles vos ministres ont jette et formé leur reformation ? Or, de graco , cette seule alliance d'opinions, ou pour mieux dire cet étroit parentage et consanguinité , que vos premiers maistrcs ont eu avec les plus anciens et les plus mortels ennemis de l'Eglise, ne vous devroit-elle pas détourner de les suivre en vous rangeant ainsi malheureusement sous leurs enseignes? Je n'&y pas cité une hérésie qui n'ait esté tenue pour telle en l'Eglise ancienne, que Calvin et Beze confessent avoir esté la vraye Eglise, à sçavoir dans les premiers cinq cents ans du christianisme. Hé I je vous prie , n'est-ce pas fouler indignement aux pieds la majesté de l'Eglise , que de produire comme une rcformalion et réparation tres-necessaire et tres-saincte , ce qu'elle a détesté tant de fois lorsqu'elle estoit encor en ses plus pures années, et qu'elle avoit terrassé, combattu, foudroyé, ruiné, et séparé de la vraye doctrine?

L'estomac délicat de cette céleste cspouse n'avoit pu soutenir aux premiers siècles la violence de ces venins ; elle les avoit rejetiez avec tant d'effort, que plusieurs de ses saincts martyrs en avoient signé la fausseté de leur propre sang ; et maintenant vous . les luy présentez comme une précieuse médecine. Les saincts et doctes personnages que j'ay citez ne les eussent jamais mis dans le rang des hérétiques, s*ils n'eussent vu le corps de l'Eglise les tenir pour tels ; c'esloient des hommes tres-orthodoxes , et qui estoient considérez de tous les evesi]ues et docteurs catholiques de leur temps, (|ui montrent dans leurs escrits, que ce (]u'ils tenoient pour hérétique , l'estoit effectivement. Imaginez-vous donc cette vénérable antiquité, dans le ciel , autour du maistre qu'ils ont servy, et où ils re-

COffTRUfEUSES

gardent avec pitié voe reformaiîooe; ils y sont allez à Dieu en combattant les opinions que vos ministres vous prescbent , ils ont tenu pour hérétiques œux dont vous suivez les exemples; pensez -vous que ce qu'ils ont jugé erreur, hérésie et blasphesme chpz les arriana , manichéens et autres Jieducteurs , soit end maintenant par eux pour articles de reformation et restauration? Qm ne voit que c'est ici le plus grand mépris que vous pouviez faire à la majesté de l'Eglise? Si vous voulez venir à la succession de la vraye et sainete foy de ces premiers siècles , oe révoquez

pat en douta ce qu'elle a ii flolennellemeiit etably et constitué ; personne ne peut e«tre héritier en partie , il le faut cstre en tout , ou en rien. Acceptez d'héritage fidAlle* ment , les charges ne sont pas si grandes , qu*un peu l'humilité n*en fasse la raison ; il ne faut que renoncer généreusement à ses passions , et à ses opinions , et passer paisiblement du différent que vous avez avee TBglise, à son unité; les hommes sont appelez pour estre héritiers de Dieu , cohéritiers de Jesos4^hrist, en Theureuse compagnie de tous las bienheureui.

Amen.

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