CHAPITRE PREMIEB
Cnnime la Bonne terre ayant rweu le grain Icrcn'IcnNi saison aMCfn(«p/e[1), ainsi II' rccfir qui a pris de la compliiisnnce en Dieu ne se peut cmpfticlier de vouloir réciproquement donner à Dieu une autre compliiisance. Niilncnousp[ai>làqui nous ne (le?irona de plaire. Le vin frais rafraiscbit pour un temps ceux qui le boivent : ■nais soudain qu il a esléc^cliauiTé parTestoniacli diins lequel il entre, il reïchaufTe réciproquement; et plus l'esluniacli luy donne de chaleur, plus il en rend. Le véritable amour n'e^t jamais ingrat, il tasclie -, de complaire â ceux esqucis il se cumplaist; et de ta viunl la conformité des :im;ms, qui nous fui t estre tels que ceque nous aimons. Le tres-devot et trcs-sage roi Siilomon devint idoliistre et fol, qiiond il arma les femmes idol;istres et folles, et eut autant d'idule* que ses femmes en «voient (2J, L'I'^senlure appelle pour cela elTeminez les huuimes qui tuuu'nt epcrduement les femmes |)Our leur sexe, parre que l'amour les transforme d'Iionimes en femmes quant aux mœurs et liuuieitra.
Or celte Iransformalion se fait insensible* ment par le complaisance, laquelle estant en nos cœurs, en engendre une antre poiu donner à celiiy de qui nous l'avons rccene. On dit qu'il y a l's Indes un peiil 'animal terrestre qui se plaisl lanlavecles poissons et dans la mer, qu'à Furcc do venir souvent nager avec eux, enlin il devient poisson, cl d'animal terrestre il est rendu tout à fait animal marin. Ains à fore« de se plaire en Dieu , on devient ronfurme à Dieu , et nostre volonté se transforme en celle de la divine majesté par la complaisance qu'elle y prend. L'amour, dit sainl Clirysustume, ou il trouve ou il fait la ressemblance; l'exemple de ceux que nous aimons a un doux et imperceptible empire et uneaulori té insensible sur nous; il u-t forcé ou de les quitter, ou do les imiler. Ccluy qui, attiré de la suavilé di-s parfums, entre en la boutique d'un p;trfumeur, en recevant Ih |ilaisir qu'il pieud à sentir ci-s oileurs , il se parfume soy-mc me . et au sunir de là il donne p;irL auxiiuiresdu ; laiMJ- qu'il a reeea, répandant entre eux la senteur des parf.nio qu'il a lunlr^iriée. Avec lo plaisir que no^lre cœur prend en lu chu- 1- aimée, il tire à Mjy les qualilez d'iceilc ; car lu delfClatioD ouvre le i«-ui . t emmo la tristesse le res>erre , iluul l'ËBCrilure ^acrte
LITRE nu y CHAPITRE II.
ise souvent du mot de dilater, au Heu de »Iuy de resjouyr. Or le cœur se trouvant Hivert par le plaisir, les impressions des ]ualitez desquelles le plaisir despend en> trent aisément en Tesprit : et avec elle les autres encore qui sont au mesme snbject, bien qu'elles nous déplaisent, ne laissent pas d'entrer en nous parmy la presse du plaisir, comme celuy qui sans robe nup- Haie (4) entra au festin parmy ceux qui estoient parez. Ainsi les di-ciples d'Arisiote se plai^oient à parler bogue comme luy, et ceux de Plaion tenaient lesespaules courbées à son imitation. En somme, le plaisir que Ton a en la chose est un certain fourrier, qui fourre dans le cœur amant les qualitcz de la chose qui plaist. Et pour cela la sacrée complaisance nous transforme en Dieu que nous aimons; et à mesure qu'elle est grande , la transformation est plus parfaicte. Ainsi les saincts qui ont grandement aimé ont esté fort vistement et parfaictement transformez, l'amour transportant et transmettant les mœurs et humeurs de l'un des cœurs à l'autre.
Chose estrange , mais véritable ! s'il y a deux luths unisones, c'est-à-dire de mesme son et accord , l'un près de l'autre, et que Ton joue d'un d'iceux, l'autre, quoiqu'on ne le touche point, ne laissera pas de résonner comme celuy duquel on joue ; la convenance de l'un à l'autre , comme par un amour naturel, faisant cette correspondance- Nous avons répugnance d'imiter ceux que nous haïssons, es choses mesmes qui sont si bonnes ; et les Lacedemoniens ne voulurent pas suivre le bon conseil d'un méchant homme, sinon après qu^un homme de bien i'auroit prononcé. Au contraire, on ne peut s'empescher de se conformer à ce qu'on aime. Le grand apostre dit , comme je pense en ce sens , que la loy fCut point mise aux Justes (2). Car, en veriié , le juste n'est juste , sinon parce qu'il a le sainct amour; et s'il a l'amour, il n'a pas besoin qu'on le presse par la rigueur de la loy, puisque l'amour est le plus pressant docteur et solliciteur pour persuader au cœur qu'il possède l'obéissance aux volontez et intentions du bienaimé. L'amour est un magistrat qui exerce sa puissance sans bruit , sans prévôts ni
(1) ■•Itk. mwi. It. — (•) I. ad Tin. i, t.
sergents; par cette mutuelle complaisance par laquelle, comme nous nous plaisons en Dieu, nous desirons aussi réciproquement de luy plaire. L'amour est l'abrégé de toute la théologie, qui rend très-sainclement docte l'ignorance des Paul , des Antoine, des Hilarion , des Simeon , des François, sans livres, sans précepteurs , sans art. En vertu de cet amour, la bien-aimée peut dire en asseurance, mon bien-aimé est tout mien , par la complaisance de la* quello il me plaist et me paist; et moyje suis toute à lui (^ >,parbicnveuillancedelaquelle je luy plais et le repais. Mon coeur se paist de se plaire en luy, et le sien se paist de quoy je luy plais pour luy; tout ainsi qu'un sacré berger il me paist, comme sa chore brebis , entre les lys de ses perfections esquelles je me plais; et pour moy, comme >a chère brebis , je le pais du laict de mos affections, par lesquelles je luy veux plaire. Quiconque se plaist véritablement en Dieu désire de plaire Gdellement à Dieu , et, pour luy plaire , de se conformer à luy.