CHAPITRE IL
De la eonfomiité de soumission qui procède de l'amour de la bienTeuillance.
La complaisance attire donc en nous les traits des perfections divines, selon que nous sommes capables de les recevoir; comme le miroir reçoit la ressemblance da soleil, non selon l'excellence et grandeur de ce grand et admirable luminaire , mais selon la capacité et mesure de sa glace , si que nous sommes ainsi rendus conformes à Dieu.
Mais , outre cela, l'amour de bienvcuillance nous donne cette sainrte conformité par une autre voye. L'amour de complaisance tire Dieu dedans nos cœurs , mais Tamour de bienveuillance jette nos cœurs
* en Dieu , et par conséquent toutes nos actions et affections, les luy dédiant et con-
' sacrant tres-amoureusement : car la bienveuillance désire à Dieu tout Thouneur, toute la gloire et toute la recognoissance qu'il est possible de luy rendre , comme un certain bien extérieur qui est deu à sa bonté.
Or ce désir se practique selon la com*
(1) Gaet. Caat. ti, i«.
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TRAITÉ DB L*AMOIIII m IHfiU.
plaisance que nous avons en Dieu, en la façon qui s'ensuil. Nous avons eu une oxtresme complaisance à voir que Dieu est souverainement bon; et partiint noufi de* sironSy par l*amour de bienvcuillancc, que tous les amours qu'il nous est possible d'imaginer, soient employez à bien aimer celte bonté. Nous nous sommes pieu en la souveraine exeellence de la perfection de Dieu ; ensuite de cela nous desirons qu'il soit souverainement loué, honoré et adoré. Nous nous sommes délectez à con.-iderer comme Dieu est non-seulement le premier principe , mais aussi la dernière fin , authenr, conservateur et seigneur de toutes choses, à raison de quoy nous souhaitons que tout luy soitsoumis par une souveraine obéissance. Nous voyons la volonlôdeDieu souverainement parfaicte , droite, juste et équitable; et à cette considération nous desirons qu'elle soit la reigle et la loy souveraine de toutes choses, et qu'elle soit suivie , servie et obeie par toutes les autres volontoz.
Mais notez, Theotime, que je ne traite pas icy de l'obéissance qui estdeue à Dieu, parce qu'il e~t noslro Seigneur et minslre , ncsi repère et bienfaicleiir; car celle sorte d'obeissiinre nppiirliont à la vertu de justice, et non p;ïs à l'amour. Non, ce n'est pas cela dont je parle à présent; car encore qu'il n'y eusl n'y enfer pour punir les rebelles, n'y paradis pour récompenser les bons, et que nous n'eussions nulle sorte d'obligations ni de devoir à Dieu (et cecy soit dit par imagination de chose impossible , et qui n'est presque pas imaginable) , si est-ce loulesfois (jne l'amour de bienveuillance nous porteroit à rendre toute obéissance et soumission à Dieu par élection et inclination, voire mosmo par une douce violence auioureuse , en considération de la souveraine bonté, justice et droiture de la divine volonté.
Voyons-nous pas, Theotime, qu'une fille, par une libre élection qui procède de l'amour de bienveuillance ,s'as<ujettit à un espoux, auquel d'ailleurs elle n'avoit aucun devoir ; ou qu'un gentilhomme se soumet au service d'un prince estranger, ou bien jette sa volonté es moins du supérieur de quelque ordre de religion auquel il se rangera ?
Ainsi doncques se fait la conformité de
nostre cœur âvM celuy de DièU , lot^ne parla saincte bienveuillance notis jetions toutes nos affections entre les roaihs de la divine volonté, afin qu'elles soient par icellcs pliées et maniées à son gi^, moulées et formées selon son bon plaisir. Et en ce poinct consiste la tres^profonde obéissance d'amour, laquelle n'a pas besoin d'estre excitée par menaces ou recompenses, ni par aucune loy ou par quelque commande* ment ; car elle prévient tout cela , se soomettant à Dieu pour la seule tres-parfaicte bonté qui est en luy, à raison de laquelle il mcriteque toute volonté luy soitobeissante, sujette et soumise , se conformant et unissant à jamais en tout et partout à ses io* tentions divines.