‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 183 sur 365 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Comme noiis nons derons conformer à la diriM Tolonté , qae Ton appelle signifiée.

Nous considérons quelquefois la volonté de Dieu en elle-mesme; et la voyant toute saincte et toute bonne, il nous est aisé de la louer, bénir et adorer, et de sacrifier nostre volonté et toutes celles des autres créatures à son obéissance, par cette divine exclamation : rostre volonté soit faicte en la terre comme au ciel (<). D'autres fois nous considérons la volonté de Dieu en ses ctTcts particuliers , comme è» evenemens qui nous touchent, et es occurrences qui nous arrivent; et finalement en la déclaration et manifestation de ses intentions. Et, bien qu'en vérité sa divine niîîjesté n'ait qu'une très-unique et très* simple volonté, si est-ce quanous la ma^ quons de noms difi'erens, suivant 1^ variété des moyens par lesquels nous la cognoissons; variété selon laquelle nous sommes aussi diversement obligez de nous conduire à icelle.

La doctrine chrestiçitme nous propose clairement les veritez que Dieu veut que nous croyions, les biens qu'il veut que nous espériez, les peines qu'il veut que nous craignions , ce qu'il veut que nous aimions, les commandemens qu'il veut que nous fassions et les conseils qu'il desire que nous suivions. Et tout cola s'appelle la volonté signifiée de Dieu, parce qu'il nous a signifié et manifesté qu'il veut

(1) HaUli. VI, let.

uyâs Tin. qhapitiis mi

et entowi que tout cela soit cru , espéré, ' craint , aimé et practiqué4

Or, d'autant que cette volonté signifiée de Dieu procède par manière de désir » et non par manière de vouloir absolu , nous pouvons ou la suivre par obéissance ^ ou luy résister par désobéissance : car Dieu fait trois actes de sa volonté pour ce ^egard ; il veut que nous puissrons resistef , U désire que nous ne résistions pas , et permet neantmoins que nous résistions si nous voulons. Que nous puissions résister^ cela dépend de nostre naturelle condition et liberté; que nous résistions, cela dépend de nostre malice ; que nous ne résistions pas, c*est selon le désir de la divine bonté. Quand doncques nous résistons, Dieu ne contribue rien à nostre désobéissance , ains lamant nostre volonté en la 4pain(4)de son franc arbitre, il permet qu'elle choisisse le mal. Mais quand -nous obéissons. Dieu contribue son secours, son inspiration et sa grâce. Car la permission est une action de la volonté , qui de soy-mesme est brehaigne , stérile , inféconde , et par manière de dire c'est une action passive , qui ne fait rien , ains laisse faire. Au contraire » le désir est une action active , féconde , fertile, qui eicite , semond et presse. C'est pourquoy Dieu désirant que nous suivions sa volonté signifiée, iTnous sollicite, exhorte, incite ^ inspire, aide et secourt; mais permettant que nous résistions , il ne fait autre chose que de simplement nous laisser faire ce que nous voulons , selon nostre libre élection , contre son désir et intention. Et toutesfois ce désir est un vray désir : car comme peuton exprimer plus naïfvement le désir que l'on a qu'un amy fasse bonne chère , que de préparer un bon et ^f cellent festin , conune fit ce roy de la parabole evangelique, puis l'inviter, presser, et presque contraindre par prières, exhortations et poursuites , de venir s'asseoir à table et de manger? Certes, celuy qui , à vive force , ouvriroit la bouche à un amy , luy fourreroit la viande dans le gosier , et la luy feroit avaler , il ne luy donneroit pas un festin de courtoisie, mais le traiteroit en beste , et comme un chapon que l'on veut engraisser. Cette espèce de bienfait veut estre offert par semonces , remonstrances

et sollicitations » et nen violemment et forcement exercé* C'est pourquoy il se fait par manière de désir , et non de Vouloir absolu. Or c'en est de mesme de la volonté signifiée de Dieu ; car par icelle Dieu désire d'Un Vfây dèëir que nous fbsëions éë qu'il déclare ; et à cette occasion il nous fournit tout ce qui est requis, nous exhortant et pressant de remployer. En ce genre de faveur on ne peut rien désirer de plus \ et comme les rayons du soleil ne laissent pas d'estre vrays rayons, quand ils sont rejettezet repoussez par quelque obstacle, aussi la volonté signifiée de Dieu ne laisse pas d'estre vraye volonté do Dieu , encore qu'on luy résiste , et bien qu'elle no fasse pas tant d'effets comme si on la secondoit. La conformité donc de nostre cœur à la volonté signifiée de Dieu consiste en ce que nous voulions tout ce que la divine bonté nous signifie estre do son intention, croyans selon sa doctrine , osperans selon ses promesses, craignans selon ses mo^naces, aimans et vivans selon ses Ordonnances et adverlissemens , ù quoy tendent les protestations que si souvent nous en faisons es sainotes cérémonies ecclésiastiques , car pour cela nous demeurons de-> bout , tandis qu'ob lit les leçons de l'Evangile, comme prests d'obéir à la saincte signification de la volonté de Dieu , que i*Ëvangile contient. Pour cela nous bai-» sons le livre à Tendroict de l'Hvangile , comme adorans la saincte parole ({ui déclare la volontéxelesie. Pour cela plusieurs saincts et sainctes porloient sur leurs potctrines anciennement TBvangile ëti escHt comme un epithemo d'amour, ainsi qu*dn lit de saincte Cécile, et de fait on trouVa celuy de sainct Matthieu sur le cœur de S. Barnabe trespassé , escritde sa» propre main. Ensuite de quoy, es anciens conciles , on mettoit au milieu de rdssembléo de tous les evesques un gratid throsne , et sur iceluy |e livre des saihcts E^ngiles qui représentent la personne du Sauveur, roy, docteur, directeur j esprit, et unique cœur des conciles et de toute l'Eglise y tant on honoroil la signification de la volonté de Dieu exprimée en ce divin livre. Certes, le grand miroir de l'ordre pastoral, S. Charles, urchevesque de Milan, n'esludioit jamais dans TEicnture saincte^ qu'il ni.> se mist à genoux et teste nue.

TRAITÉ DE L'AMOUH DE DIKU.

pour tesmoigner le respect a^ec lequel il falloit entendre et lire la volonté de Dieu signiGée.

CflAPlTRE IV.

De la conformité de nostre Tolonté atec celle que Diea a de nous sauver.

Dieu nous a siguifiée en tant de sortes et par tant de moyens qu*il vouloit que nous fussions tou*^ sauvez, que nul ne le peut igncHT. A cette intention, il nous a faits à son image et semblance par la création , et s'est fait à noslre image et semblance par rincarnation; après laquelle il a souTferl la mort j)Our racheter toute la race des hommes et la sauver, ce qu'il fit avec tant d'amour, que, comme raconte le grand sainct Denys, apostre de la France, il dit un jour au sainct homme Carpus, qu'il estoit prestde pastir encore une fois pour sauver les hommes , et que cela luy seroit ajçreable , s'il se pouvoit faire sans le péché d'aucun homme.

Or, bien que tous ne se sauvent pas, cette volonté neantmoins ne laisse pas d'estre une vraye volonté de Dieu , qui agit en nous selon la condition de sa nature et de la nostre : car si\ bonté le porte à nous communiquer libéralement le secours de sa grâce, afin que nous parvenions au bonheur de sa tçloire ; mais noslre hature requiert que sa libéralité nous laisse f'ïi liberté de nous en prévaloir pour nous sauver, ou do les mépriser pour nous perdre.

« J'ay demandé une chose, disoit le » prophète, et c'est celle-là que je requer- » ray à jamais : que je voye la volupté (iu »Seii;iieur,elqueje visite son temple (1).» Maiscjuelle est la volupté de la souveraine bonté, jcinon de se respandre et communiquer ses perfections? Certes, se^delices %ont destre avec les en fans des hom- »iif.«f (2), pour verser ses grâces sur eux. Hien n'est si agréable et délicieux aux gens libres que de faire leur volonté. Noslre saiictificaticn eut la volonté de Dieu 3), cl noslre salut son bon plaisir : or il n'y a nulle différence entre le bon plaisir et la bonne volupté, ni par rx)nsequent donc entre la bonne volupté et la bonne volonté divine; ains la volonté que Dieu a pour le

(1) P». xxTi, ♦. — (1) ProTerb. tiii, 81. (S) I. ad TbosiAl. iT, S.

bien des hommes est appelé hwMM (I), parce qu'elle est aimable, propice, fiivo-. rable , agréable , délicieuse : et , comme les Grecs , après S. Paul , ont dit, c'est ooe vraye philantropie . c'est-à-dire une bienveuillance ou volonté tout amoureuse envers les hommes.

Tout le temple céleste de l'Eglise triomphante et militante resonne de toutes parts les cantiques de ce doux amour de Diea envers nous. Et le corps tres-sacré du Sauveur, comme un temple tres-sainct de sa divinité, est tout paré de marques et ensei* gnes de cette bienveuil lance. C'est pourquoy, en visitant le temple divin , nous voyons ces aimables délices que son cœur prend à nous favoriser.

Regardons donc cent fois le jour cette amoureuse volonté de Dieu; et fondans nostre volonté dans icelle , oserions dévotement: 0 bonté d'infinie douceur! que ; vostre volonté est aimable, que vos faveurs { sont désirables! vous nous avez créez pour I la vie éternelle ; et vostre poictrine maternelle, enflée des mamelles sacrées d'un amour incomparable, abonde en laictde miséricorde, soit pour pardonner aux penitens, soit pour perfectionner les justes. Ilél pourquoy donc no collons-nous pas nos volontez à la vostre , comme les petits enfans s'attachent au sein de leurs mères, pour succer le laict de vos éternelles benedidions.

Thcotime, nous devons vouloir noslre salut, ainsi que Dieu le veut: or il veut noslri' salut par mnniero de désir, et nous le devons aussi inces>ammontd<'sirer ensuite de son désir. Non-seulement il veut, mais en effort il nous donne tous les moyens recpiis pour nous faire parvenir au salut; et nous, ensuite du désir que nous avons d'estre sauvez, nous devons non-seulement vouloir, mais en efîect accepter loul^»s les grace> qu'il nou- a préparées et qu'il nous offre. Il suffit de dire : Je désire d'estre sauvé; niiiis il ne snfBt pas de dire : Je doftire embrasser les moyens convenables pour y parvenir; ains il faut d'une resolution absolue vouloir et embrasser les »ra» ces que Dieu nous départ : car il faut que nostre volonté corresponde à celle de Dieu. Et d'autant qu'elle nous donne les moyens de nous sauver, nous les devons recevoir

(1) Ad Rom- XII f.

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