‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 189 sur 365 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

De Tunion -de la volonté humaine à celle de Dieu es inspiraUons qui sonl conlre les lois ordinaires; ei de la paix et douceur de cceur, seconde marque de rinspiraUon.

Il se faut donc comporter ainsi , Theotime, es inspirations qui ne sonl extraordinaires que d*iiulanl qu'elles nous incitent à pracliquer avec une extraordinaire ferveur et perfection les exercices ordinaires du chresticn. Miiis il y a d'autres inspirations que Ton appelle extraordinai- I res, non -seulement parce qu'elles font ■ avancer Tame au-delà du train ordinaire, ( mais aussi parce qu'elles la portent à des

LITRE Tin , CHAPITRE XII.

■étions contraires aux loix, règles et coutumes de la tres^saincte Eglise, et qui partant sont plus admirables qu'imitables. La saincte damoiselle que les historiens appellent Eusebe Testrangere, quitta Rome sa patrie , et , s habillant en garçon avec deux autres Glles , s*embarqua pour aller outre mer, et passa en Alexandrie, et de là en l'islede Cô, où se voyant en asseurance, elle re print les habits de son sexe , et se remettant sur mer elle alla au pays de Carie en la ville de Mylasse, où le grand Paul, qui l'avoit trouvée en Cô, et Pavoit prise sous sa conduite spirituelle, la mena; et où par après estant devenu evesque, il la gouverna si sainctement qu'elle dressa un monastère, et s'employa au service de l'Eglise en rofôce qu'en ce temps-là on appeloit de diacresse, avec tant de charité, qu'elle mourut enfin toute saincte, et fut recogneue pour telle par une grande multitude de miracles que Dieu fit par ses reliques et intercessions. De s'habiller des habits du sexe duquel on n'es^t pas et s'exposer ainsi déguisée au voyage avec des hommes, cela est non-seulement au-delà mais contraire aux règles ordinaires do la modestie chreslienne. Un jeune homme donna un coup de pied à sa mère, et touché de vive repentance s'en vint confesser à sainct Antoine de Padoue, qui pour lui imprimer vivement en l'ame l'horreur de son péché , luy dit entre autres choses : Mon enfant , le pied qui a servy d'instrument à vostre malice, pour un si grand forfaict, meriteroit d'estre coupé ; ce que le garçon prit si à cœur, qu'estant do retour chez sa mère , ravy du sentiment de sa contrition , il se coupa le pied. Les paroles du sainct n'eussent pas eu cette force selon leur portée ordinaire , si Dieu n'y eust adjousté son inspiration , mais inspiration si extraordinaire qu'on croiroitquece fust plustost une tentation, si le miracle de la reunion de ce pied coupé, fait par la bénédiction du sainct, ne l'eust autorisée. Sainct Paul, premier hermite, sainct Antoine, saincte Mûrie Egyptiaque , ne se sont pas abismez en ces vastes solitudes, privez d'ouir la messe, de se communier et confesser, et privez, jeunes gens qu'ils esloient encore, de conduite et de toute assistance, sans une forte inspiration. Le grand Simeon Stylite ût une vie quIiOBnie da monde n'eust pu penser ni

entreprendre sans l'instinct et l'assistance céleste. Sainct Jean evesque , surnommé le si'entiaire, quittant son evesché à lin* sceu de tout son clergé, alla passer le reste de ses jours au monastère de Laura , sans qu'on pust oncques avoir de ses nouvelles: cela n'estoit-ce pas contre les règles de la tres-saincte résidence? Et le grand sainct Paulin , qui se vendit pour racheter l'enfant d'une pauvre vefve, comme le pouvoit-il faire selon les loix ordinaires, puisqu'il n*estoit pas sien » ains à son église et au public parla consécration episcopale?

Ces Glles et femmes qui , poursuivies pour leur beauté, défigurèrent leur visage par des blesseures volontaires , afin de garder leur chasteté sous la faveur d'une saincte laideur, ne faisoient-elles pas chose , ce semble, défendue?

Or une des meilleures marques de la bonté de toutes les inspirations , et particulièrement des extraordinaires, c'est la paix et la tranquillité du cœur qui les reçoit : car Tesprit divin est voirement violent, mais d'une violence douce y suave et pai>ible. 11 vient comme tin vent tmpetueux (4) et comme un foudre céleste»

mais il ne renverse point les apostres , il ne les trouble point, la frayeur qu'ils reçoivent de son bruit est momentanée, et se trouve soudain suivie d'une douce asseurance. C'est pourquoi ce feu scuiied swr un chacun d^iceux {%) , comme y prenant et donnant son sacré repos : et comme le Sauveur est appelle paisible ou pacifique Salomon , aussi son espouse est appellée Sulamite tranquille, et fille de paix : et la voix , c'est-à-dire l'inspiration de l'espoux ne l'agile ni la trouble nullement; ains l'attire si suavement , qu'il la fait doucement fondre , et comme escouler son ame en luy : c Mon ame , dit-elle , s'est fondue » quand mon bien-aimé a parlé (3). » Et, bien qu'elle soit belliqueuse et guerrière , si est-ce que tout ensemble elle e>t tellement paisible, qu'emmy les armées et batailles, elle continue les accords d'une mélodie nompareille. t Que verrez-vous, » dit-elle, en la Sulamite , sinon les cœurs » des armées (4)? » Ses armées sont des chœurs , c'est-à-dire des accords des chantres, et ces chœurs sont des armées, parce

(1) Ael. ii,t.*(l)lbid. t.

(•) Caou Caol. v, 6. « (4) Ibld. vu, 1.

TRAITÉ DE TAHOCm DE lilAj.

que les armes de l'Eglise et de l'ame devote ne sont aiifra chose que les oraisons , les hymnes, les cantiques et les psaumes. Ainsi les serviteurs de Dieu qui ont eu les plus hautPS et relevérs inspinitions , ont esté les plus doux et paisibles de l'univers, Abraham , Isaac ol Jarob. Moyse est quaîiflt^ le plus débonnaire d'entre tous (4) les hommes ; David est recommandé par sa mansuétude.

Au contraire l'esprit malin est turbulent, aspre, remuant ; et ceux qui suivent ses su'jjpestions infernales, cuydans que ce aoient inspirations célestes, sont ordinairement coj^noissal les , parce qu'ils sont inquiets , teslus , fiers, entrepreneurs et remueurs d'affaires , qui sous le prétexte de tele , renversent fout sens dessus dessous, censurent tout le monde, tancent un chacun, blasment toutes les choses, ^ens sans conduite, sans condescendance, qui ne supportent rien , exerçans les passions de l'amour-propre sous le nom de la jalousie de rhonneur divin.

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