CHAPITRE Xm
Troisiesme marque do IMnjtpiratfon , qui Mt la Mincie obéissance i l'Eglise ei aux supérieurs.
A la paix et douceur du cœur est inseparabiomnnt conjoincte la tres-saincte humilit(^. Mais je n'appelle pas humilité ce ceromonicux assomblage de paroles , de gestes, de baisement de torre, do révérences, d'inclinations, quand il se fait, comme il advient souvent» sans aucun sentiment intoriour de sa propre abjection et de la juste estime du prochain. Car tout cela n'est qu'un vain amusement des foibles esprits, et doit plutost estre nommé phanlosnie d'humilité , qu'humilité.
Je parle d'une humilité noble, réelle, moelleuse, solide, qui nous rend souples à la correction , maniables et pronipls à l'obeissance. Tandis que l'incomparable Simeon Stylite estoil encore novice à Tolède, il se reiîdit impliable à Tadvis de ses supérieurs , qui ie vouloient empeseher de pratiquer tant d'étranges rigueurs , par lesquelles il sevissoit desordonnement contre soy-mesme; si que enfin il fut pour cela chassé du monastère, comme peu susceptible de la mortification du cœur, ei trop
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adonné â celle du corps. Hais etlant pi» après rappelé et devenu plus dévot et pins sage en la vie spirituelle , il se comporta bien d'une autre façon, ainsi qu*il tesmoigna en l'action suivante. Car lorfK]ue les hermites espars parmy les déserts voisins d'Anliocbe sceurent la vie extraordinaire qu'il faisolt sur sa colomne , en laquelle il sembloit estre ou un ange terrestre , oa un homme céleste , ils luy envoyèrent un député d'entre eux , auquel ils donnèrent ordre de lui parler de leur part en celle sorte : Pourquoy est-ce, Simeon, que laissant le grand chemin de la vie dévote frayé par tant de grands et saincts devanciers, vous en suivez un autre incogneu aux hommes , et tant esloigné de tout ce qui a e-lé veu et ouy jusqu'à présent? Quittez, Simeon, cette colomne, et range^vous meshuy avec les autres à la façon de vivre et A la méthode de servir Dieu, usitée pir les bons pères prédécesseurs. Que si Simeoi acquiesçoit à leur advis, et pourcondee» cendre à leur volonté, se monstroit prompt à vouloir descendre, ils donnèrent charge au député de luy laisser la liberté de per» severer en ce genre de vie jà commencée; d'autant que par son obéissance , disoieot ces bons pères, on pourra bien cognoistre qu'il a entrepris celle sorte de vie par l'inspiration ^ivine : mais si au contraire il resistoit , et que mesprisant leur exhortation , il voulust suivre sa propre volonléf ils résolurent qu'il le falloit retirer par force, et luy faire abandonner sa colomne. Le député donc estant venu à la colomne, il n'eu-t pas sitost fait son ambassade, que le grand Simeon, sans delay, sans réplique quelconque, se print à vouloir descendre avec une obéissance et humilité digne de sa rare sainctelé. Ce que voyant le délégué : Arreslez , dit-il, ô Simeon, demeure» lA, persévérez constamment, et ayez bon courage, poursuivez vaillamment voslre entreprise ; voslre séjour sur cotte colomne est de Dieu.
Mais voyez, Theotime , je vous prie, comme ces anciens et saincts anachorètes, en leur assemblée générale, no trouvent point de marque plus asscurée de l'inspiration céleste en un subject si extraordinaire , comme fut la vie de ce i>ainGt Stylite, que de le voir simple » doux e^ maeiih ble sous les loix de la tres-saincte obéis-
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ÊÊDC» : auigl Difiu, iMnissaot la «oumiasion de oe grand homme, lui donna la graoe de pojraeverer trente ans entiers sur une co* îomne haute de trente-six coudées , après avoir de^yà esté sept anà sur les autres colomnes de six, de douze, et de vingt pieds de hauteur, et ayant auparavant esté dix ans aur une petite pointe de rocher au lieu appelé la Mandre. Ainsi cet oiseau de pa» radis, vivant eu l'air sans toucher terre, fut un spectacle d*amour pour les anges, et d'admiration pour les humains. Tout est asseuré en Tobeissance, tout est suspect lu^rs de Tobeissance.
Quand Dieu jette des inspirations dans on cœur, la première qu'il respand est celle 4e Tobeissance. Mais y eut^l jamais une ^us illustre et sensible inspiration que celle qui fut donnée au glorieux S. Paul ? Or le chef principal d*icelle fut qu'il allast en la cité , en laquelle, il apprendroit par la bouche d'Ànanie ce qu'il avoit à faire : etcf t Ananie, homme grandement célèbre, èstoit, comme dit S. Dorothée, evesque de Damas. Quiconque dit qu'il est inspiré, et refuse d'obéir aux supérieurs et suivre kurs ad vis, il est un imposteur. Tous les prophètes et prédicateurs qui ont esté inspirés de Dieu ont toujours aimé l'Ëglise , toujours adhéré à sa doctrine , toujours SUDSi esté approuvez par icelie, et n*ont jamais rien annoncé si fortement quo cette vérité , que le$ lèvres du prestre gariaiênt la icience , et qu'on devoit requérir la loy de ea bouche (4). De sorte que les missions extraordinaires'sont des illusions diaboliques , et non des inspirations célestes, si elles ne sont recogneues et approuvées par les pasteurs qui sont de la mission ordinaire. Car ainsi s'accorde Moyse et les prophètes. S. François, S.Dominique, et les autres pères des ordres religieux vindrent au service des âmes par une inspiration extraordinaire, mais ils se souâmirent d'autant plus humblement et cordialement à la sacrée hiérarchie de TE* glise. En somme les trois meilleures et plus asseurées marques des légitimes inspirations, sont la persévérance contre l'incoDStance et légèreté , la paix et douceur de cœur contre les inquiétudes et empressemens , l'humble obeissanee contre Topiniastreté et bigcarrerie.
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Et poor oonclare tontce que nous avofis dit de l'union de nostre volonté à (selle do Dieu , qu*on appelle, signifiée , presque toutes les herbes qui ont les fleurs jaunes , etmesme la chicorée sauvage, qui lésa bleues, les tournent tousjours du côté du soleil, et suivent ainsi son contour : mais l'heliotropium ne contourne pas seulement ses fleurs, ains encore toutes ses feuilles à la suite de ce grand luminaire. De mcsmc tous les esleus tournent la fleur de leur cœur, qui est Pobeissance aux commandemens, du côté de la volonté divine : mais les âmes vivement esprises du sainct amour ne regardent pas seulement cette divine bonté par l'obéissance aux commandemens , ains aussi par l'union de toutes leurs affections , suivant le contour de ce divin soleil en tout ce qu'il leur commande, conseille et inspire, sans reserve ni exception quelconque , dont elles peuvent dire avec le sacré psalmiste : « Seigneur, vous » avez empoigné ma main droite , et m*a- » vez conduit en vostre volonté, et m'avez » recueilli avec beaucoup de gloire (4). J'ai » esté fait comme un cheval envers vous, » et je suis tousjours avec vous (2). » Car comme un cheval bien dressé se manie aisément, doucement et justement, en toutes façons , par l'escuyer qui le monte ; aussi l'ame amante est si souple à la volonté de Dieu , qu'il en fait tout ce qu'il veut.