‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 191 sur 365 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Brieff e méthode pour cognoietre la Vûlonté

de Dieu.

S. Basile dit que la volonté de Dieu nous est tesmoignée par ses ordonnances on commandemens , et que lors il n'y a rien à délibérer, car il faut faire simplement ce qui est ordonné; mais que pour le reste il est en nostre liberté de choisira nostre gré oe que bon nous semblera , bien qu'il ne faille pas faire tout ce qui est loisible, ains seulement ce qui est expédient; et qu'enfin, pour bien discerner ce qui est convenable, il faut ouïr Tadvis du père spirituel.

Mais , Theotime , je vous adverlis d'une tentation ennuyeuse qui arrive maintesfois aux âmes qui ont un grand désir de suivre en toutes choses ce qui est le plus selon la volonté de Dieu. Car l'ennemi , en

(1) Patitt. un, 14. - (ft) Ibid. ts.

TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU

outesoccurences , les met en doute si c'est la volonté de Dieu qu'elles fassent une chose plustost qu'une autre ; comme , par exemple ; si c'est la volonté de Dieu qu'elles mangent avec l'amy, ou qu'elles ne mangent pas ; qu'elles prennent des habits gris ou noirs, qu'elles jcusnont le vendredy ou le samedy , qu'elles aillent à la récréation ou qu'elles s'en abstiennent, en quoy elles consument beaucoup de temps; et tandis qu'elles s'occupent et embarrassent à vouloir discerner ce qui est meilleur , elles perdent inutilement le loisir de faire plusieurs biens , desquels l'exécution seroit plus à la gloire de Dieu , que ne sçiiuroit estre le discernement du bien et du mieux auquel elles se sont amusées.

On n'a pas accoutumé de peser la menue monnoye, ains seulement les pièces d'importance. Le trafic seroit trop ennuyeux et mangeroit trop de temps , s'il falloit peser les t'ois , les tiards , les deniers et les pites. Ainsi ne doit-on pus peser toutes sortes de menues actions pour sçavoir si elles valent mieux que les autres. Il y a mesme bien souvent de la superstition à vouloir faire cet examen ; car à quel pro- 1)0S mettra-t-on en dilDculté -^'il est mieux d'ouïr la messe en une église qu'en une autre , de liler (pie de coudre, de donner l'aumosne à un lionime qu'à une fiMume? Ce n'est pas bien servir un maistre, d'rmplover autant de temps à considenT C(»

qu'il faut faire comme à faire ce (|ui est requis. Il faut mesurer noslre attention à l'importance de ce que nousentieprt»non>: ce seroit un soin déréglé de prendre autant de peine à délibérer pour faire un voyage d'une journée, comme puurceluyde trois ou (|iiatre cents lieues.

Le choix de la vocation , le dessein de quelque alTaire de grande conséquence, de quelque œuvre de longue haleine , ou de quelque dépense bien grande , le changement de séjour, l'élection des conversations, et telles semblables choses, méritent qu'on pen>e >erieusement ce qui est plus selon la volonté divine. Mais es menues actions journalières , esquelles mesme la faute n'est ni de conséquence ni irrepalable, qu'est-il besoin de faire l'embesoigné , l'atlenlif et l'empesché à faire des importunes consultations»? A quel propos me mcttray-je en dépense pour apprendre

si Dieu aime mieux que je dise le rosaire ou l'office de Nostre-Dame , puisqall ne sçauroit y avoir tant de différence entre l'un et l'autre, qu'il faille pour cela faire une grande enqueste? que j'aille plustost à l'hospilal visiter les malades, qu'à vespres; que j'aille plustost au sermon qu'en une église où il y a indulgence? Il n'y a rien pour l'ordinaire de si apparemment remarquable en l'un plus qu'en l'autre, qu'il faille pour cela entrer en grande délibération. Il faut aller tout à la bonne foy et sans subtilité en telles occurrences ; et, comme dit S. Basile , faire librement ce que bon nous semblera , pour ne point lasser nostre esprit, perdre le temps, et nous mettre en danger d'inquiétude , scrupule et superstition. Or j'entends tousjours, quand il n'y a pas grande disproportion entre une œuvre et l'autre , et qu'il ne se rencontre point de circonstance considérable d'une part plus que de l'autre.

Es choses mesmes de conséquence il faut estre bien humble , et ne ()oint penser de trouver la volonté de Dieu à force d'exa-. men et de subtilité de discours. Mais après avoir demandé la lumière du Sainct-Bsprit , appliqué noslre considération à la recherche de son bon plaisir , pris le conseil de nostre directeur, et, s'il y eschoit, de deux ou trois autres personnes spirituelles , il s(; faut résoudre et déterminer au nom do Dieu , et ne faut plus par après révoquer en doute nostre choix, mais le cultiver et soutenir dévotement, paisiblement et consliimment. Et, bien que le* diflicultez, tentations et diversitez d'even<'mens,qui se rencontrent au progrezde l'exécution de nostre dessein , nous pourroieut donner quelque défiance d'avoir bien choisi , il fjut neantmoins demeurer fermes, et ne point regarder tout cela, ains considérer que si nous eussions fait un autre choix, nous eussions peut-estre trouvé cent fois pis; outre que nous ne sçavons pas si Dieu veut quo nous soyons exercez en la consolation ou en là tribulation , en la paix ou en la guerre. La resolution estant sainctement prise, il ne faut jamais douter de la salncteté de l'exécution : car , s'il ne tient à nous , ello ne peut manquer : faire autrement c'est une marque d'un grand amour-propre, ou d'enfance , foiblesse , ou niaiserie d'esprit.

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