CHAPITRE m
De ToDion de nostre volonté ao bon plaisir ditin, èf alBicUons spirituelles, par la résignation.
L'amour de la croix nous fait entreprendre des afflictions volontaires , comme, par exemple, des jeusnes, veilles, cilices, et autres macérations de la chair, et nous fait renoncer aux plaisirs , honneurs et richesses; et l'amour en ces exercices est tout agréable au bien-aimé. Toutefois il l'est encore bien davantage quand nous recevons avec patience , doucement et agréablement les peines, tourmens et tribulations , en considération de la volonté divine qui nous les envoyé.
Itfais l'amour est alors en son excellence, quand nous ne recevons pas seulement avec douceur et patience les afflictions , ains nous les chérissons , nous les aimons et les caressons à cause du bon plaisir divin duquel elles procèdent.
Or entre tous les essays de l'amour par^ faict , celui qui se fait par l'acquiescement de l'esprit aux tribulations spirituelles est sans doute le plus fin et le plus relevé. La bienheureuse Angele de Foligny fait une admirable description des peines
(I) Ep. ao G«l. ^1, li. U. ad Cor. xii, f.
intérieures esquelles quelquefois elle s'estoit trouvée , disant que son ame estoit en tourment comme un homme qui , pieds et mains liez , seroit pendu par le col, et ne seroit pourtant pas estranglé; mais demeureroit en cet estât entre mortet vif, sans espérance de secours, ne pouvant ni se soustenir de ses pieds , ni s'ayder de ses mains, ni crier de la bouche, ni mesme souspirer ou plaindre. Il est ainsi , Theotime. L'ame est quelquefois tellement pressée d'afflictions intérieures, que toutes ses facultés et puissances eo sont accablées par la privation de tout ce qui la peut alléger et par l'appréhension et impression de tout ce qui la peut attrister. Si qu'à l'imitation de son Sauveur , elle commence à e* ennuyer^ à craindre (4), à s'espouvanter, puis à i'attrister (2) d'une tristesse pareille à celle des mourans , dont elle peut dire : Mon ame egt triête jusques à la mort (3) ; et du consentement de tout son intérieur elle desire, demande et supplie que, s*U est possible^ ce calice soit éloigné (4) d'elle; ne luy restant plus que la fine supresme poincte de l'esprit, laquelle attachée au cœur et bon plaisir de Dieu , dit par un très-simple acquiescement : 0 Père éternel , mais touiesfois ma volonté ne soit faicte, ains lavottre^^). Et c'est /'importance que rame fait cette résignation parmy tant de trouble, entre tantde contradictions et répugnances, qu'elle :>a s'apperçoit presque pas de la faire ^ au moins luy est-il advis que c'est si languidement, que ce ne soit pas de bon cœur ni comme il est convenable , puisque ce qui se passe alors pour le bon plaisir divin , se fait non-seulement sans plaisir et contentement, mais contre tout le plaisir et contentement de tout le reste du cœur, auquel l'amour permetbicn de se plaindre, au moins de ce qu'il ne se peut pas plaindre , et de dire toutes les lamentations de Job et de Hieremie , mais à la charge que tousjours le sacré acquiescement se fasse dans le fond de l'ame , en la supresme et plus délicate poincte de l'esprit : et cet aoquiescement n'est pas tendre, ni doux, ni presque pas sensible, bien qu'il soifiri-i*
(1) Haro. xiY.SS. — (S) MalUi. xxyi, S7. . (8) MatUi. xxTi. S8. — W MatUi. uti, tl.