CHAPITRE IV
De fanion de nosire volonté ta bon plaisir de Dieu par rindifference.
La résignation préfère la volonté de »ieu à toutes choses; mais elle ne laisse as d'aimer beaucoup d'autrus choses ou- -e la volonté de Dieu , Or rindifference si au-dessus de la résignation : car elle 'aime rien, sinon pour Tamour de la olonté de Dieu. Certes , le cœur le plus idifferent du monde peut estre touché de [uelque affection , tandis qu'il ne sçavoit mcore où est la volonté de Dieu. Eiiezer istani arrivé à la fontaine de Haram , vit lien la vierge Rebecca (3) , et la trouva
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sans doute trop plus belle et agréable (4); mais [Pourtant il demeura en indifférence jusqu'à ce que, par le signe que Dieu lui avoit inspiré , il cogneust que la volonté divine l'a voit préparée au fils de san maistre (2) : car alors il lui donna Uê pen* dans d'oreilles et les bracelets d'or (3). Au contraire , si Jacob n'eust aimé en Rachel que l'alliance de Laban, à laquelle son père Isaac Tavoit obligé , il eust autant aimé Lia que Rachel , puisque l'une et l'autre etoient esgalement filles de Laban, etparconséquentlavolontédesonpereeust esté aussi bien accomplie en l'une comme en l'autre. Biais parce que, outre la volontéde son père , il vouloit satisfaire à son goust particulier, amorcé de la beauté et gentillesse de Rachel, il se fascha d'espouser Lia, et la print à contre-cœur par résignation.
Le cœur indiffèrent n'est pas comme cela : car sçachant que la tribulation, quoiqu'elle soit laide comme une autre Lia, ne laisse pas d'estre fille, et fille bien-aimée du bon plaisir divin , il l'aime autant que la consolation, laquelle neantmoinsen ellemesme est plus agréable; ains il aime encore plus la tribulation , parce qu'il ne voit rien d'aimable en elle que la marque de la volonté de Dieu. Si je ne veux que de l'eau pure que m'importe-Uil qu'elle me soit apportée dans un vase d'or on dans un verre, puisqu'aussi bien ne prendray-je que de l'eau? Âinsjel'aimeray mieux dans un verre, parce qu'il n'a point d'autre couleur que celle de l'eau mesme , laquelle j'y vois aussi beaucoup mieux. Qu'importe-t-il que la volonté de Dieu me soit présentée en la tribulation ou en la consolation, paisqu'en Tune et en l'autre je ne veux ni ne cherche autre chose que la volonté divine , laquelle y paroist d'autant mieux qu'il n'y a point d'autre beauté en iceile que celle de ce tres-sainct bon plaisir étemel?
Héroïque, ains plus qu'héroïque l'indifférence de l'incomparable sainct Paul : c Je » suis pressé, dit-il aux Philippiens, de » deux costez, ayant désir d'estre délivré » de ce corps, et d'estre avec Jesus-Christ, B chose trop meilleure; mais aussi de de- » meurer en cette vie pour vous (4). » Bo quoy il futimité par le grand evesque lainct
iivi,v,ia. — (l)lMd.l4.
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TRAITÉ DE L'AVOUR DE DIEU
Martin, qui, parvenu à la fin do la vie, pressé d'un extresme désir d'aller voir son Dieu , no laissa pa? pourtant de Icsmoij^ner qu'il demeureroit aussi volontiers entre les travaux de sa charge, |K)ur le bien de son cher troupeau, comme si après avoir chanté ce cantique:
Qot v<M p«T{l1onf MohalUklM, 0 Dlea dp» armées redooiablcf, Bell» I à bon droiet Mntalmeit HoB ame fond d*«rdear axlresnt, Kt mes leng m patnif ut de meime Aprèfe Totparrls reclamtt; Mon ccBor bondit . ma cbair raTie 8tol« aprèa tous, Dieu dt U fia (!>
il vint par après faire cette exclamation : 0 Seigneur, neantmoins si je suis encore re* quis au service du salut de voslre peuple, je ne refuse point le travail : vostre volonté soit fuietc. Admirable indilTorence de Tupostre I admirable celle de cet homme apostolique. Ils voyent mille travaux ouverts en terre; l'un et Tautre leur est indiffèrent au choix , et il n'y a que la volonté de Dieu qui puisse donner le contre-poids à leurs cœurs. Lo paradis n'est point plus aimable que les misères de ce monde, si le bon p1ai>ir divin est esgalement là et ioy. Les travaux leur sont un paradis si la volonté divine se trouve en iceux ; et lo [Kiradis un travail , fi la volonté de Dieu n'y est pas. Car, comme dit David, ils ne demandent ny au ciel ny en la terre que do voir le bon plaisir de Dieu acx^omply. « 0 Seigneur, » qu'y a-t-il au ciel pour moy. on quo » veux-je en terre, sinon vouï4(2)?»
Le CGBur indiffèrent est comme une boule de cire entre les mains de son Dieu , pour recevoir Bcmbhiblement toutes les impressions du bon plaisir éternel : un cœur sanschuix, esgalemenldisi>oséà tout, sans aucun autre object de sa volonté que lu volonté de son Dieu , qui ne met ()oint >on amour es choses quo Dieu veut, ainsen la volonté de Dieu qui le- veut. C'est jwurqnoy quand la volonté de Dieu e**t en plusieurs ch0)»e8^ il choisit, à quelque |»rix que ce soit, celle où il y en a lo plus. Le bon plaisir de Dieu est au mariage et en la virginité : mais parce qu'il est plus en la virginité, leoœurindifTercrt choisit la virdnité, quandelleluydcvroilcoustcr la vie, comme elle fit à la cliere fille spirituelle de sainct Paul, saincte Thecle, à saincte Cécile, à
(1) HtUi. lAu. — (I) PmUb. uan, M.
saincte Agathe , et mille autres. La volonté de Dieu est au service du pauvre et du riche, mais un pou en celuy du pauvre; le cœurindifferentchoisirace parti. I.a volonté de Dieu est en la modestie exercée entre les consolations , et en la patience practiquéc entre les tribulations, l'indifférence préfère cello-cy , car il y a plus de la volonté de Dieu. En somme , le bon plaisir de Dieu est le souverain object de l'ame indifférente; partout où elle lo voit, elle courte l odeur de ses parfums (1), et cherche tousjours Tendroit où il y en a le plus, sans considération d'aucune autre chose. Il est conduict par la divine volonté comme par un lien Ires-aimable, et partout où elle va, il la suit : il aimcroit mieux l'enfer avec la volonté de Dieu , que le paradis sans la volonté de Dieu. Oiiy mesme il prefereroit l'enfer au paradis, s'il sçavoit qu'en celuylà il y eust un peu plus du bon plaisir divin qu'en celuy-cy : en sorte que si , par imagination de chose impossible, il i^çavoit que sa damnation fust un peu plus agréable à Dieu que sa salvation , il quilteroit sa salvation et courroit à la damnation.